Le véhicule intelligent, atout maître de la sécurité routière
Le renforcement de la sécurité routière passera inévitablement par une amélioration de nos véhicules.
En effet, une voiture capable de reconnaître l'état de la route, de prévenir le conducteur du moindre problème et d'adapter son comportement réduirait considérablement les risques d'accident. "Dans quelques années, de nombreux indicateurs rejoindront le compte-tour et le compteur de vitesse sur nos tableaux de bord, prévoit Nacer Kouider M'Sirdi, responsable de l'équipe Transports, Routes et Véhicules intelligents (TRVI) du LRV(1) . Par exemple, un petit cadran évoluera du vert au rouge en passant par le jaune selon l'adhérence de la route." Dans cette optique, son équipe de recherche étudie plus particulièrement le nombre et le type de capteurs, ainsi que les composants informatiques, à installer sur un véhicule selon les capacités de réactions souhaitées.
Pour cela, les chercheurs du TRVI disposent d'un outil remarquable appartenant au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées (LCPC) de Nantes et qui ferait pâlir d'envie le professeur «Q», fournisseur de James Bond en gadgets de tout poil. Il s'agit d'une Peugeot 406 sur-équipée de capteurs en tous genres. Des accéléromètres sont placés dans la carrosserie, sur les roues et les pare-chocs de ce véhicule d’essais ; des capteurs de vitesse angulaire mesurent chaque rotation, même infime, du prototype. De même, les débattements de suspensions(2) sont constamment surveillés. "En outre, la voiture dispose d'une centrale inertielle, d’un GPS différentiel et de plusieurs capteurs qui mesurent ses déplacements suivant les trois directions de l'espace ainsi que ses mouvements angulaires, explique N.K. M'Sirdi. Enfin, des télémètres laser mesurent également la distance entre le pare-choc avant et le sol."
L'intérêt de ces capteurs n'est pas mince puisqu'il permet d'estimer la forme précise de la chaussée(3) , rendant ainsi les simulations plus réalistes. De plus, ils pourraient devenir un outil efficace pour les constructeurs de routes qui se doivent de repérer les défauts pour les réparer. Les chercheurs envisagent d'ailleurs que nos véhicules de demain soient capables de communiquer avec les infrastructures routières. Un exemple ? "Votre voiture détecte que la chaussée est particulièrement glissante ou présente un défaut, explique le scientifique. Après vous en avoir averti, elle se met en relation avec le réseau via des bornes situées à côté de la route. Résultat? Les automobilistes sont prévenus du danger dix kilomètres à l'avance par des panneaux lumineux."
Le robot peut prendre le contrôle du véhicule !
Mais les problèmes liés à l'état de la route ne sont pas les seuls que les chercheurs tentent de résoudre. Ils étudient en effet comment le véhicule pourrait percevoir tout défaut présent en son sein, qu'il s'agisse d'une défaillance mécanique ou humaine. "Un pneu prêt à éclater ou une usure des amortisseurs seraient ainsi détectés automatiquement, note N.K. M'Sirdi. De même, si le conducteur a tendance à s'endormir ou mange de manière inconsidérée, son véhicule pourrait le rappeler à l'ordre."
Plusieurs degrés de réaction sont alors possibles : un simple avertissement à l’aide d’un vibreur ou d’un diffuseur de parfums pour le réveiller, des conseils un peu plus appuyés jusqu'à une prise de contrôle du véhicule si le chauffeur n'obtempère pas. Certains systèmes pourraient déjà être utilisés, comme celui visant à brider la vitesse en cas de dépassement de la limite autorisée. "Malheureusement, la loi ne le permet pas encore, au nom du respect des libertés individuelles" regrette le chercheur.
Si la robotique est au service de la sécurité routière, son coût reste un frein important !
Actuellement, l'équipe du TRVI travaille dans le cadre du projet ARCOS 2004 à une amélioration de la sécurité des poids-lourds. En effet, ceux-ci sont encore trop souvent impliqués dans les accidents entraînant mort d'homme. Son but ? Concevoir des observateurs, ou estimateurs embarqués, spécifiques à la problématique des camions. "Il s'agit en fait de la partie informatique du système qui déduit les informations nécessaires à partir des données fournies par les capteurs, explique notre chercheur. Ensuite, elle détecte les situations «accidentogènes» après une analyse du comportement et un diagnostic, et en tire les conséquences. A elle de tirer la sonnette d'alarme en cas de besoin."
Alors, à quand un parc automobile doté de toutes ces technologies ? "Je crains qu'il ne faille encore s'armer de patience. Les industriels et même les clients ne sont pas prêts à investir dans ces systèmes malgré toute la sécurité qu'ils engendrent. J'en veux pour preuve l'échec commercial d'une voiture sortie récemment par un constructeur français. Véritable bijou technologique, elle trouve très peu d'acquéreurs car beaucoup la jugent trop chère." La sécurité aurait donc un prix. Cependant, le coût des technologies ne cessant de baisser, l'espoir est grand de voir prochainement la famille des véhicules philanthropes arpenter joyeusement les routes. En toute sécurité.
(1) Laboratoire de Robotique de Versailles.
(2) Il s'agit des oscillations verticales d'un essieu par rapport au châssis. Celles-ci dépendent de la flexibilité des suspensions.
(3) Les capteurs permettent d'établir un profil de la route à l'aide d'estimateurs embarqués.
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Contacts :
N.K. M'Sirdi, Laboratoire de Robotique de Versailles, msirdi@robot.uvsq.fr
Site Web du laboratoire :