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Le CNRS, tuteur de la robotique
L'humanité n'est qu'à l'aube de l'ère robotique. Ce verdict sans appel est celui de Philippe Coiffet, l'un des pères fondateurs de la robotique en France, aujourd'hui directeur de recherche CNRS au Laboratoire de Robotique de Versailles (LRV) et écrivain. Cependant, forte d'avancées scientifiques majeures cette jeune discipline a déjà connu d'importantes évolutions.
En France, tout commence dans le Sud au début des années 70, principalement à Montpellier avec Philippe Coiffet et à Toulouse grâce à Georges Giralt qui fonde un important groupe de recherche CNRS au LAAS. En quinze ans, la discipline va s'étendre à la France entière; la plupart des universités entament des recherches, poussées par une demande importante de l'industrie qui se réjouit des progrès promis par les robots manufacturiers. Deux projets nationaux, auxquels participe le CNRS, baptisés Spartacus et ARA (Automatisation et Robotique Avancées) soutiennent la recherche.
Ce dernier programme, initié et dirigé par Georges Giralt et coordonné par Philippe Coiffet, dure de 1980 à 1985 et contient quatre sous-projets d'envergure qui contribuent alors à la renommée internationale de la robotique française. Ara disposait d’un budget annuel de plusieurs millions de francs de l’époque, ce qui en faisait alors le plus grand programme de recherche en Europe !
La fin des années 80 marque un tournant: l'industrie se contente de ses robots et se retire peu à peu de l'échiquier. Les travaux se concentrent alors sur un autre type de machines, les robots mobiles. "Heureusement, certains laboratoires comme le LAAS travaillaient déjà depuis longtemps sur ces robots, raconte Georges Giralt, aujourd'hui directeur de recherche émérite. Ce n'était pas le cas de tous les pays: aux États-Unis, tous les projets sur le sujet étaient interrompus. Nos chercheurs furent donc contactés dès la fin des années 80 pour développer les premières applications." D'une manière générale, la France a toujours disposé d'une recherche en robotique performante et reconnue à l'étranger. Certes, la dernière décennie l'a vue céder la première place européenne à l'Allemagne mais "les collaborations entre les laboratoires français et l'étranger restent nombreuses et équilibrées, précise Georges Giralt. Outre le CNRS, la robotique sous-marine développée par l'Ifremer est un exemple des fleurons qui nous valent une grande considération internationale."
Aujourd’hui, le programme Robea (lien vers l’article) a pour but d’encourager la recherche en robotique dans toutes ses composantes, même si certaines sont privilégiées. En effet, certaines évolutions ne peuvent être ignorées, comme par exemple l’essor de l'imitation des systèmes vivants ou biomimétique : "Des robots qui ne disposent que de roues ou de chenilles ne peuvent accéder qu'à la moitié des terres émergées, explique Philippe Coiffet. Les doter de la marche humaine ou animale est donc un objectif intéressant. D'autre part, la faculté qu'ont les êtres vivants de s'adapter à leur environnement est un modèle pour les scientifiques qui cherchent à rendre les robots autonomes. Enfin, nous sommes entrés dans une logique de service qui pourrait devenir une logique "grand public": chacun aurait alors un robot personnel de forme humaine ou animale."
Cette approche, qui renvoie à l'idée du robot esclave, souffrait il y a seulement vingt ans d'un rejet philosophique qui semble moins fort de nos jours, mais qui a permis à un pays comme le Japon de prendre une certaine avance en matière d'humanoïde. Au pays du Soleil Levant, la tradition shintoïste amène en effet à respecter les objets à forme humaine ou animale et à leur attribuer certains caractères du vivant. Pour autant, l'alliance des recherches nipponne et française n'a peut-être jamais été aussi solide qu'aujourd'hui, comme le prouve la naissance d'un laboratoire international associé, le Joint Robotics Laboratory (JRL), fruit d'un partenariat entre le CNRS et son homologue japonais, l'AIST , qui se focalisera sur les robots humanoïdes. Aujourd'hui, ceux-ci ont déjà de nombreuses attitudes humaines comme leur manière de se relever après être tombé. Et dire que la robotique n'est qu'à l'aube de son humanité !
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Contacts :
Philippe Coiffet, LRV, pcoiffet@robot.uvsq.fr Georges Giralt, LAAS, giralt@laas.fr
Site Web du JRL :
Site Web de l’AIST :