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Bourse
Michel Seurat 1997
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La Bourse Michel Seurat
1997
a été attribuée à Philippe Droz-Vincent
pour
son travail de recherche sur " les élites urbaines au
Levant
: étude à partir des cas jordanien et syrien ".
Cette
distinction lui sera remise le jeudi 2 avril 1998 à 17 h, au
cours
dun cérémonie officielle au siège du CNRS,
par Marie-Claude Maurel, directeur du département des Sciences
de lhomme et de la société.
La Bourse Michel Seurat,
dun montant annuel de 100 000 F, a été
créée
par le CNRS en juin 1988 " pour honorer la mémoire de
ce chercheur
du CNRS, spécialiste des questions islamiques, disparu dans des
conditions tragiques. Ce programme vise à aider
financièrement
chaque année un jeune chercheur, français ou
ressortissant
dun pays du Proche-Orient, contribuant ainsi à promouvoir
connaissance réciproque et compréhension entre la
société
française et le monde arabe ". Lappel à
candidatures
porte sur " les sociétés ou les cultures
contemporaines
du Proche-Orient ".
Le Levant est une zone
géographique
aisément définissable, bornée par le monde
turc et
kurde au nord, le monde iranien à l'est, le monde de la
péninsule
arabique au sud, l'Egypte à l'ouest, zone qu'on peut retrouver
dans les études géographiques sous le nom de
Croissant fertile.
Il s'agit d'une zone majoritairement sunnite, avec des villes
importantes.
Les réformes administratives ottomanes ont permis
lémergence
d'élites urbaines (de type différent selon les zones)
dans
ces villes.
Les élites sentendent ici au sens classique de "
minorités
stratégiques " (Raymond Aron), situées aux
points stratégiques
de la société, ce qui oblige à une description du
tissu social plus précise que ne le serait une description
en simples
termes de classes
sociales par exemple. Les travaux monographiques importants mettent en
évidence une large catégorie de la population allant des
élites dirigeantes nationales à des élites
plus locales
qui leur servent de relais, mais qui entrent toutes en jeu dans le
fonctionnement
d'un régime politique.
La recherche menée par Philippe Droz-Vincent s'intéresse
uniquement à un type bien précis d'élites :
les élites
urbaines ou notables. Elle montre leur émergence se
référant
aux travaux d'Albert Hourani sur la politique des notables à la
fin de l'Empire ottoman. Ceci permet de repérer un groupe
relativement
stable qui détient des positions politiques, administratives ou
économiques importantes en Syrie depuis les réformes
ottomanes
jusque dans les années 50. En Jordanie, des élites
urbaines
et propriétaires terriennes apparaissent aussi avec la
réaffirmation
ottomane, et même si le roi Abdallah s'appuie au
départ sur
des fonctionnaires palestiniens et syriens, il aura à
rencontrer
les élites urbaines, en particulier dans les années
quanrante
et cinquante.
Létude se limite aux cas syrien et jordanien, et
inclut des
comparaisons avec l'Iraq et l'Egypte. Dans les années soixante,
des régimes politiques nouveaux se mettent en place en Syrie et
en Jordanie, plus puissants, plus interventionnistes et en tout cas
avec
des velléités et des capacités d'intervention
dans
le tissu social bien plus importantes que celles des régimes
qui
les ont précédés. Ces transformations ne sont pas
sans conséquences sur le groupe social repéré
plus
haut. La Syrie, après l'instabilité des années
cinquante
et la période des coups d'Etat, voit arriver au pouvoir une
nouvelle
couche dirigeante d'origine rurale et souvent issue de
minorités
religieuses, qui n'a rien à voir avec les notables urbains
de la
période précédente. Cette nouvelle couche
dirigeante
va évincer ces notables urbains politiquement puis
économiquement
(nationalisations, réformes agraires). En Jordanie,
après
linstabilité des années cinquante, due certes
à
des facteurs externes (" guerre froide arabe ", pacte de
Bagdad)
mais aussi à des facteurs internes (dont les notables
urbains sont
partie prenante aux côtés de la contestation
palestinienne),
un nouveau type de régime se met en place, centralisé
autour
du roi Hussein. Ce dernier va alors coopter un certain nombre de
notabilités
urbaines transjordaniennes pour asseoir son pouvoir.
Cette étude tente de comprendre comment les élites
urbaines
se sont recomposées, quelle a été leur
attitude face
à ces transformations des régimes. Si les
évolutions
ont été beaucoup moins violentes en Jordanie, par
rapport
à la Syrie où les notables urbains ont dû bien
souvent
choisir l'exil ou mettre profil bas pour un certain temps, il est tout
à fait remarquable de constater que par delà les
différences
de régime (monarchie, république), les nouveaux
régimes
ont eu à gérer des rapports souvent difficiles avec les
notabilités urbaines dans les deux cas.
Philippe Droz-Vincent na pas pour objectif de faire une
monographie,
de suivre des familles, voire de décrire des trajectoires
individuelles.
Il ny a là que travail préalable car il
convient de
remonter au niveau politique. Les derniers travaux de Michel Seurat
portaient
sur le rapport entre villes et régimes politiques dans une
région
où " a pesé le poids de l'armature urbaine dans la
constitution de cette ère de civilisation " (M. Seurat
dans
Esprit, février 1986), et pourrait-t-on ajouter, dans les
constructions
politiques qui se sont mises en place dans la région du Levant.
Michel Seurat a bien montré dans ses derniers travaux, en
particulier
ceux sur le quartier de Bab Tebbaneh de Tripoli,
lextériorité
de la ville, voire d'un quartier bien particulier, par rapport
à
son environnement géographique mais aussi politique (le pouvoir
central perçu comme extérieur) et la
résistance de
la ville à la pénétration par l'Etat ou par
diverses
dynamiques sociales suite à la mise en place de nouveaux types
de pouvoirs décrits plus haut. Létude veut
décrire
ces dynamiques à partir d'un matériau empirique
collecté
selon les modalités décrites plus haut : les notables
urbains
et leurs recompositions. Elle souhaite montrer ainsi comment on a
assisté
en Syrie depuis les années soixante à la "
dissolution
de la politique des notables " qui a constitué la
classe politique
syrienne jusque dans les années cinquante et leur remplacement
par une classe politique d'un type nouveau et comment en Jordanie on a
assisté à " lincorporation des notables
"
(si seule la composante urbaine est abordée ici, il faudrait
ajouter
pour être complet les élites d'origine
bédouine) dans
une classe politique transjordanienne soudée autour du roi.
Ce travail invite donc de manière indirecte à une
meilleure
compréhension des mécanismes de fonctionnement des
régimes
politiques de la région. Tout régime, même le plus
autoritaire, cherche à se dégager des poches de soutien
au sein de la société ; cette étude tente donc de
comprendre ces dynamiques à partir d'un secteur bien
précis,
les notables urbains.
Philippe Droz-Vincent effectue une thèse " les
élites
urbaines au Levant : étude à partir des cas jordanien et
syrien ", dirigée par Gilles Kepel et Ghassan
Salamé,
directeurs de recherche au CNRS (CERI, CNRS-FNSP, Institut
détudes
politiques, Paris), dans le cadre du programme doctoral "
Monde arabe
et musulman " à lInstitut détudes
politiques
de Paris.
Contact:
Annick TERNIER, communication Sciences de lhomme et de la
société,
tél. : 01 44 96 43 10
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