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Communiqué de presse Le cerveau possède-t-il un modèle des lois de Newton ? | |||
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Paris, le 25 juin 2001 |
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Comment
peut-on prévoir la trajectoire d'une balle en chute libre et synchroniser
l'activité musculaire en vue du moment du contact ? Deux théories
s'opposent sur cette question. Selon la première, seules des informations
sensorielles sont requises qui permettent d'estimer directement le temps
qui sépare la perception de la saisie d'une balle (time-to-contact,
TTC) ; selon la deuxième, une connaissance implicite, inscrite
dans le fonctionnement des réseaux du cerveau, des lois de la physique
interviendrait. Les chercheurs du Laboratoire Européen de Neurosciences
de l'Action1 (LPPA,
CNRS - Collège de France, Paris, et Centre de biomédecine
spatiale, IRCCS Santa Lucia Rome) viennent de montrer que, lorsqu'ils
sont en apesanteur, les astronautes effectuent le mouvement de saisie
d'une balle comme s'ils étaient sur Terre. Les données démontrent
que pour estimer le TTC, le cerveau a recours à un modèle
interne de l'accélération de la gravité qui complète
les informations sensorielles et permet la prédiction.
L'anticipation et la prédiction sont des propriétés fondamentales du système nerveux. De même attraper un objet en chute libre est une tâche commune que la plupart d'entre nous ont rencontrée au cours de leur vie. Beaucoup d'objets en verre ont ainsi été sauvés par l'anticipation rapide de la direction et de la vitesse de leur chute inattendue. Il est remarquable de constater que lorsque nous attrapons un objet qui tombe, le cerveau n'attend pas que l'objet touche la main pour produire une contraction des muscles fléchisseurs du bras qui compensent le choc. Environ un tiers de seconde avant l'impact, le cerveau produit une contraction qui est exactement celle nécessaire pour contrecarrer la force de l'impact qui, elle-même, est due au poids de l'objet combiné à l'accélération de sa chute. Les psychologues ont montré que cette anticipation apparaît chez l'enfant vers 1 an. Elle est donc construite, au moins en partie, au cours de la première enfance par l'interaction, au cours de l'activité, entre le cerveau et le monde physique. Ces
observations suggèrent que les lois de la pesanteur sont inscrites
dans les mécanismes de contrôle du mouvement. Une façon
de tester cette hypothèse est de trouver une situation ou la gravité
n'a plus d'influence ni sur le mouvement du corps ni sur le mouvement
des objets dans l'environnement. Cette condition est fournie par les vols
en microgravité. A bord d'un vaisseau spatial en orbite les objets
n'accélèrent plus "vers le bas". C'est ainsi que,
depuis dix ans, le LPPA et ses collaborateurs ont étudié
cette hypothèse en utilisant les conditions uniques des vols orbitaux
(sur la station MIR et à bord de la navette américaine).
Ils ont montré, par exemple, la persistance en microgravité
des mouvements permettant une anticipation empêchant un sujet de
tomber lorsqu'il lève un bras. Dans un autre exemple, un cosmonaute
arrivant pour la première fois dans la station spatiale Mir a soulevé
le bras pour saluer ses collègues déjà à bord.
L'appareil photo qu'il portait a glissé de sa prise. Le cosmonaute
a rapidement déplacé sa main "vers le bas" pour
empêcher l'appareil photo de tomber mais, naturellement dans l'environnement
0g, l'appareil photo s'est déplacé sur une ligne horizontale
! Les chercheurs du Laboratoire européen de Neurosciences de l'Action (LENA), en coopération avec les agences spatiales CNES, ASI et NASA, ont testé ces hypothèses en demandant à des sujets d'attraper une balle projetée du plafond vers le plancher, avec trois vitesses initiales différentes. Les astronautes ont effectué cette expérience sur Terre et pendant leur séjour de 16 jours en microgravité à bord de la navette spatiale (Vol STS-90 : NEUROLAB). La synchronisation des mouvements de la main par rapport à l'arrivée de la balle a été mesurée grâce à un système de mesure développé par le CNES et Matra Marconi Space (le KINELITE) qui comprend des caméras liées à un ordinateur couplées à des amplificateurs physiologiques mesurant l'activité musculaire. Si le cerveau mesure l'accélération directement par la vision, la synchronisation des mouvements avec l'arrivée de la balle devrait être la même sur terre et en orbite, parce que le cerveau pourrait estimer l'instant exact de l'arrivée de l'objet. Au lieu de cela, les chercheurs ont observé des variations systématiques dans la synchronisation des mouvements exécutés en microgravité. Grâce à une analyse mathématique de ces changements de synchronisation, ils ont conclu que le cerveau fonctionne en prévoyant les effets de la pesanteur sur la balle plutôt qu'en mesurant l'accélération directement. Le fait que cette anticipation persiste même en apesanteur est le point le plus intéressant de cette expérience. Elle suggère qu'en effet le cerveau dispose, grâce à l'expérience de la petite enfance, des "modèles internes" des lois qui régissent la chute des corps et peut être, de façon plus générale les lois de la mécanique newtonienne. Un début d'adaptation aux nouvelles lois a été observée. Il faudrait un vol plus long pour en évaluer l'évolution.
Référence : McIntyre, J., Zago, M., Berthoz, A. et Lacquaniti, F. 2001. Does the brain model Newton's laws ? Nature neuroscience, juillet 2001. Contact
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