Communiqué de presse

Un lien pharmacologique entre l'épilepsie et l'anxiété ?

Paris, le 11 octobre 2001

 
Existe-t-il un lien entre l'épilepsie et l'anxiété ? Les travaux du groupe animé par Georges Chapouthier, directeur de recherche au CNRS et Patrice Venault, maître de conférences à l'Université Paris V, dans le cadre de l'unité "Vulnérabilité, adaptation et psychopathologie" (CNRS, Universités Paris 6 et 7), sur le site de la Pitié-Salpêtrière, conduisent à en constater l'existence.

L'épilepsie est une tendance pathologique à faire des convulsions, dont on connaît depuis longtemps les rapports avec un grand médiateur inhibiteur du cerveau, le "GABA". C'est un "frein cérébral" qui, en bloquant la circulation des impulsions nerveuses, empêche que le cerveau ne "s'emballe". C'est justement une sorte d'emballement qui se produit dans l'épilepsie, suite à une insuffisance de l'activité GABA. De nombreux traitements de l'épilepsie sont d'ailleurs des molécules qui accroissent l'action du GABA.

L'anxiété, normale quand elle est modérée, peut elle aussi devenir pathologique. Or, on a pu montrer qu'elle aussi dépend du GABA : les mêmes molécules qui s'opposent à l'action du GABA produisent de l'anxiété lorsqu'elles sont administrées à doses moyennes et déclenchent des convulsions quand elles sont administrées à doses fortes. C'est précisément à l'aide d'une de ces molécules qui s'opposent à l'action du GABA, la bêta-CCM, qui selon la dose, produit des comportements anxieux ou des convulsions, que les chercheurs ont pu démontrer le lien entre épilepsie et anxiété.

L'expérience de Georges Chapouthier, Patrice Venault et leurs collaborateurs, a consisté à sélectionner deux lignées de souris, l'une très résistante, l'autre très sensible à la bêta-CCM, convulsante à fortes doses et anxiogène à des doses plus faibles. Les chercheurs ont sélectionné dix couples de souris qui convulsent rapidement à l'injection du produit et dix couples qui ne présentent pas de convulsions après le même traitement.

En quelques générations, ils ont obtenu deux lignées de souris, l'une très résistante à la bêta-CCM (BR), l'autre très sensible (BS). Les deux groupes ont été soumis à trois séries de tests, traditionnellement utilisés pour mesurer le degré d'anxiété. Ces tests, réalisés en collaboration avec le laboratoire de Jean Constentin à Rouen, mettaient les souris dans les situations suivantes :
1 - Un labyrinthe surélevé comportant une zone fermée et une zone ouverte sur le vide. L'animal y circule librement : le fait de rester plus longtemps dans la zone ouverte indique une absence d'anxiété.
2 - Le test du "clair obscur" : l'animal a le choix entre deux boites de plexiglas reliées entre elles, l'une brillamment éclairée, l'autre sombre. Une préférence pour l'obscurité traduit un état d'anxiété.
3 - Le test de l'escalier : il s'agit d'un petit escalier de bois comportant cinq marches. La souris les monte librement et accompagne son mouvement de redressements. Le nombre de marches gravies est rapporté au nombre de redressements. Une grande activité de redressements sans augmentation des marches gravies, traduit un haut niveau d'anxiété.

Le résultat des tests a mis en évidence l'existence de différences considérables entre les deux lignées mais a révélé des réactions inverses de celles que l'on pouvait attendre a priori. C'est en effet le groupe BR (résistant à la bêta-CCM) qui s'est avéré le plus anxieux, alors que le groupe BS, le plus sensible aux convulsions provoquées par la bêta-CCM est aussi le moins anxieux. Une interprétation possible de cette "corrélation inverse" serait que la lignée BR est plus sensible aux effets anxiogènes spontanés tandis que la lignée BS l'est aux effets convulsants.

Ces résultats, qui soulèvent encore de nombreux problèmes quant à leur interprétation de détail et à l'analyse des mécanismes sous-jacents, suggèrent néanmoins l'existence, chez la souris, d'un lien physiologique fort entre les mécanismes qui contrôlent les convulsions épileptiques et certaines formes d'anxiété. Des études ultérieures devront montrer si ce lien existe aussi chez l'homme.


Références :Trends in Pharmacological Sciences, volume 22, n° 10, octobre 2001, pp 491-493.



Contacts chercheurs :
Unité "Vulnérabilité, adaptation et psychopathologie "
Georges Chapouthier - Tél : 01 40 77 97 05 - Mél : chapout@ext.jussieu.fr
Patrice Venault - Tél : 01 40 77 98 31 - Mél : venault@ext.jussieu.fr

Contact département Sciences de la vie :
Françoise Tristani - Tél 01 44 96 40 26 - Mél : francoise.tristani@cnrs-dir.fr

Contact presse :
Martine Hasler - Tél : 01 44 96 46 35 - Mél : martine.hasler@cnrs-dir.fr