Communiqué de presse

Michel Lazdunski, spécialiste des canaux ioniques,
Médaille d'Or du CNRS pour l'année 2000

Paris, le 28 septembre 2000

 
La direction générale du CNRS a attribué la Médaille d'Or du CNRS pour l'année 2000 à Michel Lazdunski, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Nice - Sophia Antipolis, directeur de l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS. Spécialiste mondial des canaux ioniques, Michel Lazdunski est l'auteur, avec son équipe, de travaux internationalement reconnus tant sur le plan fondamental que sur celui de leurs applications pharmacologiques et pathologiques, qui vont de la compréhension des mécanismes des antihypertenseurs, des antidiabétiques ou des anesthésiques gazeux aux mécanismes de perception de la douleur en passant par les arythmies cardiaques, les crises convulsives ou l'ischémie cérébrale.


Michel Lazdunski est né le 11 avril 1938 à Marseille. Ingénieur chimiste en 1959, puis Ph. D. en chimie-physique en 1962, il obtient un doctorat ès sciences en biochimie en 1964. Il entre au CNRS en 1962 comme attaché de recherche à l'Institut de biochimie du CNRS à Marseille. Dès 1964, il dirige un petit groupe de physicochimie des protéines dans cet institut. Lorsqu'en 1967 se crée à Marseille le Centre de biochimie et de biologie moléculaire du CNRS, il prend la tête du groupe de physicochimie des protéines et enzymologie, qu'il anime jusqu'en 1973. Il crée alors à Nice le Centre de biochimie du CNRS qu'il dirige jusqu'en 1989, année au cours de laquelle il fonde l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS (IPMC) à Sophia Antipolis, dont il est le directeur depuis l'origine.

Parallèlement à sa carrière scientifique, Michel Lazdunski a consacré beaucoup de son temps à l'enseignement. Il est nommé professeur à l'Université de Marseille en 1965, puis à la chaire de biochimie de l'Université de Nice pour y créer à la fois les activités d'enseignement et de recherche. Il est nommé professeur à l'Institut universitaire de France en 1991 dès la création de cet organisme, titulaire de la chaire de pharmacologie moléculaire.

Tout au long de sa carrière, Michel Lazdunski a participé comme membre ou président à de nombreux comités nationaux du CNRS, de l'INSERM et des ministères de la Recherche et de l'Education nationale, à de nombreux conseils scientifiques ou d'administration d'associations caritatives françaises, à des conseils scientifiques organisant l'effort européen de recherche en biologie (Comité des sciences de la vie et de la santé de la CEE, conseils de l'Organisation européenne de biologie moléculaire). Il est actuellement membre du Conseil scientifique du CNRS, président de l'action du ministère de la Recherche pour la création de jeunes équipes, membre du Comité national de coordination des sciences du vivant. Il participe par ailleurs aux comités éditoriaux de nombreux journaux scientifiques internationaux.

Médaille d'argent du CNRS en 1976 pour ses travaux portant sur l'enzymologie et la structure des protéines, Michel Lazdunski est lauréat de plusieurs prix prestigieux, tels que le Grand prix de l'Académie des Sciences pour la recherche biologique (Prix Charles Léopold Mayer) en 1983, le Prix de l'International Society for Cardiac Research en 1984, le prix de la Fondation Athéna-Institut de France en 1991, Grand prix de l'Académie des Sciences pour la recherche d'intérêt médical. Son équipe a reçu le Neuroscience Award de la Fondation Bristol-Myers la même année. Il est membre de plusieurs Académies : Academia Europaea depuis 1989, Académie des Sciences française depuis 1991 et membre correspondant étranger de l'Académie Royale de Médecine de Belgique (1991).

Il est officier de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du mérite.


Les travaux de Michel Lazdunski

Le début de la carrière de Michel Lazdunski, pour lequel la médaille d'argent du CNRS lui a été attribuée, a porté sur l'analyse des propriétés de structure spatiale des protéines, des interactions protéines-protéines et des mécanismes de catalyse enzymatique. Depuis environ 25 ans, il consacre l'essentiel de sa recherche aux canaux ioniques. Leur première fonction est d'être les microgénérateurs d'électricité biologique qui permettent aux cellules du système nerveux de communiquer entre elles et avec leurs organes cibles, aux cellules musculaires et vasculaires de déclencher leur contraction, aux cellules cardiaques de déclencher la contraction rythmique, aux cellules du système endocrine de déclencher la sécrétion d'hormones. Ces canaux ioniques sont des macromolécules protéiques situées dans les membranes cellulaires et permettent le transit sélectif de sodium, de potassium ou de calcium de l'extérieur vers l'intérieur de la cellule ou vice-versa. Si on les trouve dans les cellules des systèmes excitables (systèmes nerveux, cardio-vasculaire, hormonaux), on les trouve aussi dans des cellules qui ne génèrent pas de bioélectricité (rein, poumon, système immunitaire …). Ils jouent là un rôle d'une autre nature telle la régulation du niveau de sodium dans la sang via les cellules rénales ou la sécrétion de chlorure et par voie de conséquence de fluide aqueux par les cellules pulmonaires.

L'équipe dirigée par Michel Lazdunski a joué un rôle de pionnier dans l'exploration de la nature moléculaire et du fonctionnement de ces canaux ioniques en combinant des approches expérimentales de biochimie, de biologie moléculaire et cellulaire, d'électrophysiologie et de pharmacologie. Elle a d'abord développé un arsenal de toxines extraites de venin de scorpions, d'anémones de mer, de serpents, d'abeilles, d'araignées, d'algues planctoniques, de plantes dont beaucoup sont aujourd'hui utilisées mondialement comme outils d'exploration des systèmes nerveux, cardio-vasculaire et musculaire. Ces toxines ont servi d'hameçons pour identifier, purifier, analyser la fonction des canaux ioniques qui leur servent de cible. Elles fournissent par ailleurs des modèles d'étude de maladies musculaires, d'arythmies cardiaques, de crises épileptiques, d'insomnie. Certaines d'entre elles peuvent, par exemple, à très faibles concentrations, stimuler l'apprentissage et la mémoire. Appliquées chez l'insecte, d'autres ont des propriétés d'insecticides.

Toute une série de médicaments ont aussi pour cible les canaux ioniques. L'équipe de Michel Lazdunski a joué un rôle essentiel dans l'analyse du mode d'action des bloqueurs des canaux calcium, grande classe thérapeutique contre l'hypertension. Elle a aussi démontré que les sulfonylurées antidiabétiques utilisées par des millions de patients, mais dont le mécanisme d'action était inconnu, avaient en fait pour cible une classe particulière de canaux perméables au potassium dans les cellules pancréatiques qui sécrètent l'insuline. De multiples autres types de canaux perméables au potassium sont présents dans le système nerveux. Ce sont eux qui donnent à chaque type de neurones sa personnalité électrique. Michel Lazdunski et son groupe ont identifié récemment une classe nouvelle de canaux potassium qui jouent un rôle central dans le contrôle du potentiel de repos des cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière. Ils sont présents dans les neurones associés au processus de mémorisation comme dans ceux liés aux activités motrices. En démontrant que cette classe de canaux est la cible des anesthésiques généraux volatils, Michel Lazdunski et son équipe ont éclairé un mystère vieux de 150 ans, date de l'introduction de l'éther et du chloroforme. En stimulant l'activité de cette nouvelle classe de canaux ioniques, les anesthésiques volatils hyperpolarisent les cellules nerveuses et freinent la communication entre les neurones par la voie des neurotransmetteurs. Cette découverte permet d'envisager la création de nouveaux agents anesthésiques plus sûrs et plus efficaces. Cette nouvelle classe de canaux ioniques est aussi la cible de molécules neuroprotectrices puissantes avec des applications potentielles contre l'ischémie rétinienne provoquée en particulier par le glaucome, contre l'ischémie de la moelle épinière qui conduit à la paraplégie, contre l'ischémie cérébrale qui conduit à une mort neuronale rapide, particulièrement dans les structures qui contrôlent la mémoire à court terme.

Les canaux perméables au potassium sont également essentiels pour le fonctionnement cardiaque et ont été très étudiés par Michel Lazdunski et ses collègues à l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS. L'équipe a tout particulièrement identifié la structure et le fonctionnement d'un nouveau canal essentiel pour le maintien du rythme cardiaque normal et dont la mutation conduit au syndrome de QT long et à des arythmies en situation de tachycardie conduisant à des syncopes et à la mort subite. Ce même canal est exprimé dans l'oreille interne de sorte que l'ablation d'un des gènes codant pour ce canal ou la survenue de certaines mutations peuvent à la fois conduire à une pathologie cardiaque et à une surdité. Ce type de recherche débouche sur deux types d'applications thérapeutiques potentielles : la recherche difficile de nouveaux types d'anti-arythmiques agissants sur une cible désormais bien identifiée ; l'identification des effets d'arythmies produites de façon secondaire par une variété de médicaments utilisés dans d'autres pathologies.

Les canaux ioniques sont également essentiels pour la perception sensorielle qu'il s'agisse du goût, des perceptions mécaniques (toucher), des générations de chaud ou de froid ou de la perception de la douleur. L'équipe de Michel Lazdunski a réalisé l'identification moléculaire des canaux ioniques qui convertissent une stimulation mécanique en signal électrique. Elle a également identifié une classe de canaux très exprimés dans les nocicepteurs, cellules sensorielles spécialisées dans la perception de la douleur, dont l'activité est déclenchée par une acidose extracellulaire qui se produit dans les situations d'inflammation, dans les hématomes, lors d'une ischémie cardiaque ou lors de crampes musculaires et dans certaines tumeurs. Ce nouveau type de canal, qui répond à une stimulation acide, permet la génération d'un signal électrique qui part des terminaisons sensorielles pour aller vers la moelle épinière puis les régions du cerveau qui intègrent la sensation de douleur.

Les canaux ioniques présents dans les tissus non excitables ont aussi fait l'objet de recherches par Michel Lazdunski et son équipe qui ont isolé des gènes associés à un canal ionique rénal qui laisse passer le sodium et participe largement à la régulation de la concentration de sodium dans le sang laquelle est elle même importante dans une pathologie très répandue, l'hypertension. Son équipe a également beaucoup contribué à l'analyse d'un canal transportant l'ion chlorure qui est muté chez les patients atteints de mucoviscidose. Elle a en particulier découvert la première molécule capable d'activer ce canal ionique pulmonaire dont l'activité est diminuée ou pratiquement abolie par la maladie, ouvrant ainsi une voie possible de recherche thérapeutique vers la découverte de substances à activité médicamenteuse.

En résumé, au cours de ces 25 dernières années, l'équipe de Michel Lazdunski a non seulement décodé les propriétés moléculaires de structure et de fonctionnement des canaux ioniques, mais a également réussi, en utilisant un arsenal pharmacologique très divers et sophistiqué, à apporter un éclairage nouveau sur le rôle de ces canaux ioniques et d'autres systèmes de transport d'ions dans une variété de pathologies telles l'hypertension, les anomalies de rythme cardiaque, l'insuffisance cardiaque, l'ischémie cérébrale et de la moelle épinière, l'épilepsie, les pathologies musculaires, le diabète, la mucoviscidose, les atteintes rétiniennes dues au glaucome, etc… L'ensemble de ces travaux font de Michel Lazdunki et de son équipe les spécialistes mondiaux des canaux ioniques et de leur pharmacologie.




Contact département des sciences de la vie :
Thierry Pilorge - Tél : 01 44 96 40 26
Mél : thierry.pilorge@cnrs-dir.fr

Contact chercheur :
Michel Lazdunski, directeur de l'IPMC
Tél : 04 93 95 77 03
Mél : lazdunski@ipmc.cnrs.fr

Contact presse :
Martine Hasler - Tél : 01 44 96 46 35
Mél : martine.hasler@cnrs-dir.fr