Communiqué de presse

Quand les mésanges n'arrivent plus à suivre les bouleversements de leur habitat

Paris, le 30 mars 2001

 
Pour la première fois, une étude menée par des chercheurs, en particulier du CNRS, a permis de quantifier le surcoût de la dépense énergétique des mésanges ne parvenant pas à s'adapter à des milieux naturels en perpétuel bouleversement. Ces résultats de recherche parus dans la revue Science du 30 mars 2001 alertent sur les conséquences que peuvent avoir les transformations du paysage et les changements climatiques sur le fonctionnement des populations naturelles.

Au printemps, les oiseaux des régions tempérées, tels les mésanges, connaissent une brève période durant laquelle la nature abonde en ressources alimentaires, conditionnant ainsi leur période de reproduction. Pour diverses raisons, attribuées notamment à la modification des habitats naturels et au réchauffement climatique, certains oiseaux viennent à nicher avant ce moment propice, alors que la nourriture est encore rare. Ce défaut de synchronisme entre l'offre et la demande alimentaires entraîne chez les mésanges adultes une forte dépense énergétique pour nourrir leurs petits. Un déterminisme génétique expliquerait la difficulté d'adaptation des mésanges dans des milieux en mutation.

Jamais évalué de façon tangible auparavant, ce surcoût énergétique a pu être estimé grâce aux mesures effectuées sur des mésanges de la région de Montpellier et de Corse, par Jacques Blondel et son équipe du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (unité de recherche CNRS), en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Sherbrooke (Canada) et de l'Université d'Aberdeen (Ecosse).

Dans cette expérience, la méthode de l'eau doublement marquée à l'aide d'isotopes de l'hydrogène et de l'oxygène a permis de calculer le taux métabolique de l'organisme, exprimé en "monnaie" énergétique, par exemple une quantité de kilojoules par jour. Plus concrètement, des mésanges adultes se sont vues injecter cette eau doublement marquée, puis ont subi un prélèvement sanguin quelque temps après, de manière à connaître les concentrations initiales des isotopes. Un second prélèvement a été effectué 24 heures plus tard, permettant de mesurer la diminution des concentrations initiales, et par conséquent de mesurer la quantité d'énergie dépensée.

Dans la théorie, il a été démontré antérieurement que lorsque les oiseaux sont bien adaptés à leur milieu, la quantité maximale de travail qu'ils peuvent durablement accomplir ne doit pas dépasser 3 à 4 fois le taux métabolique de base, faute de quoi ils hypothèquent leur propre survie et celle de leurs petits. Ce plafond correspond d'ailleurs au travail maximum que peut fournir un travailleur de force comme un bûcheron ou un terrassier. Or les mesures réalisées sur une population mal adaptée à son milieu ont révélé que le coût énergétique du mauvais synchronisme entre l'offre et la demande alimentaires se traduit par une "surdépense" énergétique étonnamment élevée puisqu'elle peut aller jusqu'à 7 fois le taux métabolique de base. L'espérance de vie des mésanges de cette population s'en trouve réduite de moitié par rapport à celle de populations bien adaptées.

Ces résultats obtenus sur ce modèle biologique que sont les mésanges sont lourds de significations pour l'avenir lorsque l'on sait que la modification des habitats risque de s'intensifier et que le réchauffement climatique en cours est lui aussi source de décalages dans les cycles de développement entre partenaires des chaînes trophiques.

Référence : Science, 30 mars 2001 : "Energetic and fitness costs of mismatching resource supply and demand in seasonally breeding birds", D.W. Thomas, J. Blondel, P. Perret, M. Lambrechts, J.R. Speakman.


CNRS - Contact chercheurs :
Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive
de Montpellier

  • Jacques BLONDEL
    Tél : 04 67 61 32 10
    Mél : blondel@cefe.cnrs-mop.fr

  • Marcel LAMBRECHTS
    Tél : 04 67 61 32 15
    Mél : lambrechts@cefe.cnrs-mop.fr

    CNRS - Contact département des sciences de la vie :
    Thierry PILORGE
    Tél : 01 44 96 40 26
    Mél : thierry.pilorge@cnrs-dir.fr


    CNRS - Contact presse :
    Stéphanie BIA
    Tél : 01 44 96 43 09
    Mél : stephanie.bia@cnrs-dir.fr

     
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