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Communiqué de presse Le premier séquençage en France du génome complet d'une bactérie pathogène (Rickettsia conorii) révèle un nouveau mécanisme d'évolution des protéines | |||
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Paris, le 13 octobre 2000 |
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Trois
équipes françaises* viennent de réaliser
le séquençage complet du génome de la bactérie
Rickettsia conorii, une bactérie pathogène intracellulaire
stricte (qui ne peut survivre qu'au sein de la cellule) transmise par
les tiques. Ce séquençage constitue une "première"
en France pour un microorganisme pathogène. Il a été
suivi d'une analyse bioinformatique approfondie qui a permis la découverte
d'un nouveau type de séquences d'ADN mobiles aux propriétés
inattendues. Ces travaux sont publiés dans la revue Science du
13 octobre 2000.
Les éléments mobiles (famille des morceaux d'ADN ayant la capacité de changer de place dans le génome et de s'y dupliquer au cours de l'évolution) et répétés (plusieurs exemplaires existent dans le génome) qui ont été décrits à ce jour (comme les transposons) limitent leur multiplication et leur insertion à l'intérieur de la fraction non codante du génome (régions intergéniques ou introns), modifiant et augmentant ainsi la fraction d'ADN sans rôle apparent ("junk DNA"). Le nouveau type de segment mobile d'ADN mis en évidence est, lui, capable de s'insérer au sein même de la région codante des gènes, et donc de modifier les protéines correspondantes d'une manière qui reste compatible avec leur repliement et leur fonction originale. Ce petit segment d'ADN (150 nucléotides de long) semble pour l'instant propre aux Rickettsies. Il semble constituer un "parasite moléculaire ultime" dont la multiplication à l'intérieur de la fraction utile du génome bactérien peut y causer une évolution extrêmement rapide par la création de motifs et de domaines protéiques nouveaux, en contraste avec les mécanismes déjà connus qui ne rendaient compte que de la duplication et du réassemblage de gènes préexistants. La poursuite des travaux sur ce "parasite intra-protéique" a maintenant pour objet de déterminer si sa présence dans les génomes des Rickettsies est lié au mode de vie particulier et/ou à la pathogénicité de ces bactéries, ou s'il a constitué un facteur primordial et général de l'évolution de tous les génomes et de l'émergence de nouveaux gènes. La persistance de ce parasite moléculaire dans les seules Rickettsies pourrait alors être liée au caractère ancestral de ces bactéries dont un lointain ancêtre est justement à l'origine de la mitochondrie et de l'émergence des cellules eucaryotes (à noyau) dont sont constitués les organismes supérieurs (animaux et plantes). La détermination de la structure tridimensionnelle de certaines des protéines parasitées est également en cours (Chantal Abergel, Vincent Monchois), afin de comprendre la propriété de "tolérance structurale" qui caractérise la séquence de ce nouvel élément mobile. Ce travail démontre que la trentaine de génomes bactériens entièrement déchiffrés est encore loin d'illustrer la totalité des mécanismes ayant participé à l'évolution des organismes vivants, et que le séquençage systématique de microorganismes, même proches, peut révéler des surprises capables de remettre en cause des concepts établis . Ce résultat favorise la continuité des activités de séquençage microbiologique tant au Genoscope qu'au sein des différentes Génopoles. Même si l'ère post-génomique est née, celle de la simple génomique n'est pas encore révolue.
Résumé
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