Communiqué de presse

Les "Trioxaquines" : nouvelles molécules actives contre le paludisme

Paris, le 17 novembre 2000

 
Une équipe de recherche du CNRS1 de Toulouse, dirigée par Bernard MEUNIER, vient de publier dans ChemBioChem daté du 17 novembre 2000, ses travaux de recherche portant sur la préparation de nouvelles molécules actives contre le paludisme, appelées "trioxaquines". Cette nouvelle classe de composés antipaludiques brevetés par le CNRS offre une alternative aux traitements à la chloroquine, devenue inopérante dans certains cas de paludisme résistants.

Chaque année dans le monde, on enregistre plus de 300 millions de nouveaux cas cliniques de paludisme ou malaria2. Cette maladie tue plus de 1 million de personnes par an, les principales victimes sont les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes3. Plasmodium falciparum, le parasite responsable de formes graves du paludisme est devenu résistant à la chloroquine, un médicament bon marché qui a été efficace pendant plus de 40 ans. Plusieurs médicaments sont actuellement actifs mais certains présentent une toxicité rendant leur utilisation dangereuse. D'autres, comme l'artémisinine et ses dérivés4 sont extraits à partir d'une variété d'armoise utilisée en médecine traditionnelle chinoise, ce qui rend leur approvisionnement coûteux et aléatoire.

Récemment, l'équipe de Bernard MEUNIER du Laboratoire de chimie de coordination du CNRS a travaillé à la préparation de nouvelles molécules actives contre le paludisme, appelées "trioxaquines". Ces produits contiennent deux fragments distincts - une aminoquinoléine et un trioxane - liés en une molécule unique, agissant selon des mécanismes différents. Cette méthode est en quelque sorte une "bithérapie covalente". Elle permet d'obtenir une famille de molécules bimodales très actives in vitro contre le paludisme à des concentrations inhibitrices (CI50) comprises entre 10 et 20 nanomolaires5. On pourra ainsi lutter contre les formes chloroquino-résistantes, responsables de cas de paludisme mortels.
Les premiers résultats sont très prometteurs et les études sur les activités biologiques des "trioxaquines" chez l'animal sont en cours. Une nouvelle société, PALUMED S. A., a été fondée ces jours-ci à Toulouse afin de prendre en charge le développement pré-clinique de cette nouvelle classe de composés antipaludiques brevetés par le CNRS. Ces trioxaquines, molécules de synthèse relativement simples à élaborer, devraient être produites à des coûts plus avantageux que l'artémisinine.
La lutte contre le paludisme est un "investissement éthique" crucial, essentiellement pour les populations actuellement exposées à cette maladie tropicale, mais également pour les voyageurs se rendant dans les contrées à risque.

Trioxaquines :

 
1. Représentation schématique
2. Structure moléculaire


1Laboratoire de chimie de coordination du CNRS: Odile DECHY-CABARET, Françoise BENOIT-VICAL, Anne ROBERT

2nom anglo-saxon du paludisme

3Source OMS - 1999

4artéméther, artééther, artésunate

5concentration nanomolaire : correspond à une concentration de 10-9 mole/litre


Contact chercheur :
Bernard MEUNIER
CNRS - Laboratoire de chimie de coordination, Toulouse.
Tél : + 33 5 61 33 31 46
Fax : + 33 5 61 55 30 03
e-mail: bmeunier@lcc-toulouse.fr

Contact presse :
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CNRS - Délégation à l'information scientifique et technique.
Tél : + 33 1 44 96 43 09
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Contact département :
Laurence MORDENTI
CNRS - Département des Sciences chimiques.
Tél : + 33 1 44 96 41 09
e-mail : laurence.mordenti@cnrs-dir.fr