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Le 26 mai 1999 à
4h48 (heure locale), le détecteur Babar a observé ses premières
collisions, résultant du choc entre les faisceaux d'électrons
et de positons fournis par l'accélérateur PEP-II du laboratoire
du Stanford Linear Accelerator Center, situé près de San
Francisco en Californie. Ce succès couronne les efforts des équipes
du CNRS et du CEA qui participent depuis cinq ans à la construction
et à la mise au point du dispositif expérimental constitué
par PEP-II et Babar. Il marque le début du dernier épisode
en date d'une longue traque d'un phénomène appelé
violation de symétrie CP.
Découverte il y a 35 ans, la violation de symétrie CP révèle
l'existence d'une légère différence de comportement
entre certaines particules de matière et leurs antiparticules.
Cette brisure de symétrie permet d'envisager des scénarios
cosmologiques susceptibles d'expliquer l'absence d'antimatière
dans l'univers observable et, en dernière analyse, notre existence.
Tout aussi fascinant est le fait que la violation de CP impliquerait l'existence
d'une asymétrie entre le passé et l'avenir, une "flèche
du temps" au niveau subatomique.
Depuis la découverte du phénomène en 19641,
qui a valu un Prix Nobel à J. Cronin et V. Fitch, les nombreuses
expériences, toutes réalisées en observant des désintégrations
particulières de mésons2 K neutres,
ne permettent pas d'aboutir à une compréhension théorique
complète de la violation de CP. La nouvelle expérience Babar
qui démarre aujourd'hui suscite un grand intérêt car
les désintégrations des mésons beaux B (plus lourds
que les mésons K) qu'elle va étudier offrent des possibilités
inédites de tester, dans ce secteur, la validité du modèle
théorique actuellement en vigueur et de mesurer certains de ses
paramètres fondamentaux.
Il a fallu pour cela construire PEP-II, un collisionneur d'électrons
et de positons d'un type nouveau, avec deux faisceaux d'énergies
différentes et de très grandes intensités. Ce collisionneur
a été réalisé par les physiciens et ingénieurs
des laboratoires américains de Stanford, Berkeley et Livermore.
Outre leur participation à la mise en oeuvre de l'accélérateur,
les équipes françaises ont joué un rôle majeur
dans la conception, la réalisation et le fonctionnement du détecteur
très performant Babar. Réalisé en un temps record,
de 1994 à 1998, dans le cadre d'une collaboration internationale
de 600 physiciens et ingénieurs, cet
appareillage complexe se caractérise par de nombreuses innovations
technologiques tant
instrumentales que logicielles.
Munis de ces deux formidables outils, les physiciens de Babar s'apprêtent
au cours des cinq
prochaines années à scruter le cur de la matière.
La collaboration Babar comprend des équipes des laboratoires
du CNRS/IN2P3 (Laboratoire de l'accélérateur linéaire,
Orsay; Laboratoire d'Annecy-le-Vieux de physique des particules; Laboratoire
de physique nucléaire des hautes énergies, Ecole polytechnique;
Laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies,
Universités Paris 6/7) et du CEA/DSM (Département d'astrophysique
de physique nucléaire, de physique des particules et instrumentation
associée, Saclay).
1 par James Christenson, James Cronin, Val Fitch
et René Turlay.
2 les mésons sont des particules comportant
un quark et un anti-quark.
Contact presse
CNRS/IN2P3 :
Geneviève Edelheit
Tél : 01 44 96 47 60
Contact presse CEA :
Corinne Borel
Tél. : 01 40 56 18 35
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