Communiqué de presse

Une vaste collaboration franco américano-nigérienne
Découverte en Afrique des premiers restes complets de dinosaures sauropodes

Paris, le 10 novembre 1999

 

Communiqué de presse commun CNRS-MNHN

En 1906, les paléontologues découvraient au Niger les premiers restes de dinosaures sauropodes africains. Aujourd’hui, l’Américain Paul Sereno de l’université de Chicago, le Nigérien Bourahima Moussa du CNRS, le Français Didier Dutheil du Muséum National d’Histoire Naturelle et une vaste équipe internationale présentent une espèce nouvelle de dinosaures, datant de 135 millions d’années environ, dont les premiers restes complets à 95% ont été mis au jour dans le Nord du pays : le sauropode végétarien Jobaria tiguidensis. D’autres restes d’une nouvelle espèce de sauropode, appelée Nigersaurus taqueti et datée de 110 millions d’années, ont été découverts dans la région. L’étude est publiée cette semaine dans l’hebdomadaire spécialisé Science (12 novembre 1999).

Au Crétacé inférieur, il y a 135 millions d’années, vivaient dans les plaines marécageuses des environs d’In Gall, dans le nord du Niger, des troupeaux de dinosaures végétariens. Ces animaux appelés Jobaria tiguidensis étaient malgré leurs 17 mètres de long, des êtres extrêmement graciles et indolents dont le cou flexible et les dents en forme de spatules permettaient de pincer les petites branches des arbres avec une grande facilité. Des restes d’un animal, complets à 95%, ont été découverts en 1996 et récemment analysés par une dizaine de spécialistes américains, français et nigériens.

Selon les auteurs, " les proportions du corps de Jobaria sont analogues à celles d’un éléphant dont les os supportent très bien que l’animal se dresse sur les pattes arrières pour se nourrir ou lors des ébats amoureux ". Mais leur seule taille ne suffisait pas à impressionner l’adversaire. Ces dinosaures de la famille des sauropodes représentaient des proies particulièrement faciles pour les théropodes carnivores. Des traces de dents sur les os de quelques jeunes dinosaures témoignent des attaques passées d’Afrovenator abakensis.

Outre des dents spatulées très spécialisées, ces sauropodes avaient une allure extrêmement primitive avec notamment un museau court, un cou composé d’une petite douzaine de vertèbres et des épines neurales simples. La colonne vertébrale et la queue de l’animal étaient comparables à celles de Camarasaurus, un sauropode américain du Jurassique supérieur assez connu des chercheurs. Les paléontologues pensaient jusque-là que la lignée de sauropodes à dents spatulées avait disparue à la fin du Jurassique, plus de 20 millions d’années plus tôt. La découverte de Jobaria tiguidensis, du nom de la falaise de Tiguidi sous laquelle l’animal a été trouvé, prouve le contraire. La lignée archaïque à laquelle appartenait l’animal aurait divergé quelques 30 à 40 millions d’années plus tôt, au Jurassique moyen, et n’aurait pratiquement pas évolué depuis.

Des restes d’une autre espèce nouvelle de dinosaure sauropode, plus petite cette fois, ont été localisés par système GPS dans la région de Gadoufaoua : ceux de Nigersaurus taqueti et ses 13 mètres de long. L’animal possédait en plus d’un museau court et de narines externes non rétractées, des dents de remplacement très nombreuses, disposées en files sur plusieurs séries. Le squelette mis au jour dans la région ressemble pour certains points à Rayososaurus d’Amérique du Sud et Rebbachisaurus du Maroc. Cette découverte est dédiée, son nom l’indique, à Philippe Taquet, directeur du laboratoire de paléontologie du Muséum National d’Histoire Naturelle et premier découvreur de l’animal en 1976.

Ces nouveaux dinosaures découverts au Niger dans des niveaux stratigraphiques différents, fournissent un cadre historique au chapitre peu documenté des sauropodes africains du Crétacé inférieur. Au total, au moins trois lignées de sauropodes auraient survécu à cette époque en Afrique : la lignée primitive de Jobaria, une lignée de diplodocidé représentée par Nigersaurus et la lignée de titanosaure basale de Malawisaurus.

Ces trois familles de dinosaures auraient évolué à des vitesses différentes. Une analyse phylogénétique de 70 dinosaures non aviens, étalonnée sur une échelle des temps géologiques, montre que les transformations du squelette sont souvent épisodiques et non graduelles.

Référence : Paul C. Sereno, A.L. Beck, Bourahima Moussa, Didier Dutheil, H.C.E. Larsson, G.H. Lyon, R.W. Sadlier, C.A. Sidor, DJ Varrichio, G.P. Wilson et J.A. Wilson. " Cretaceous sauropods from the sahara and the uneven rate of skeletal evolution among dinosaurs ", Science, 12 novembre 1999.

Photos disponibles auprès des chercheurs


Contact chercheur CNRS :
Bourahima Moussa
Centre des sciences de la Terre - Dijon
Tél : 03 80 39 63 82
Mél : Bourahima.Moussa@u-bourgogne.fr

Contact chercheur MNHN :
Didier Dutheil
Laboratoire de paléontologie - Paris
Tél : 01 40 79 30 48
Mél : dutheil@ephe.mnhn.fr

Contacts presse :

CNRS : Séverine Duparcq
Tél : 01 44 96 46 06
Mél : severine.duparcq@cnrs-dir.fr

MNHN : Amélie Jolivet
Tél : 01 40 79 54 42
Mél : jolivet@mnhn.fr

 

 

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