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Communiqué de presse Un trésor princier en hibernation | |||
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Paris, le 4 octobre 1999 |
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Une expédition archéologique
franco-italo-kazakhstanaise
organisée au Kazakhstan oriental, notamment par
l'équipe "Mission
archéologique française en Asie centrale" du CNRS et
le Ministère des Affaires Etrangères, a permis la mise en
uvre d'une nouvelle méthode de fouille. Cette
méthode
dite de "fouille en blocs gelés" a rendu possible
l'analyse
d'une tombe princière de la première moitié du
4è
siècle avant J.-C., encore prise par le gel. Ainsi
sauvegardés
de la décomposition, les restes corporels, l'architecture
funéraire
et la remarquable conservation des chevaux sacrifiés
harnachés
de cette tombe antique, marquent une nouvelle étape dans
l'histoire
de l'art et de la civilisation en Eurasie. En 1997, un kourgane ou tumulus de pierres laissant présager une tombe gelée a été repéré près du village de Berel', dans la vallée de la Bukhtarma. Parce que cette région de l'Altaï a toujours connu de rudes hivers, plusieurs sépultures enfouies sous de grands kourganes ont déjà été retrouvées gelées ; en effet, aussitôt après l'inhumation, des lentilles glacées se forment, empêchant toute décomposition. Une campagne de fouille a été lancée dès l'automne 1998 afin d'obtenir des informations sur le degré de préservation des vestiges conservés dans la fosse, l'importance du pillage antique, et sur l'état de la lentille gelée après violation de la tombe sous le kourgane en question. De nombreux indices, comme les grandes dimensions du kourgane, celles d'une belle chambre funéraire construite en planches, ainsi que la présence de grandes cornes de bouquetin postiches en bois doré sur des chevaux sacrifiés indiquaient déjà qu'il s'agissait de la tombe d'un membre important de l'aristocratie locale. Après une pause hivernale, afin de prévenir l'enclenchement d'un processus de décomposition à l'arrivée des beaux jours, une seconde campagne a été organisée en mai-juin 1999. Cette campagne a institué une nouvelle méthode de fouille, qui, du terrain au laboratoire, relève encore du défi technique. La méthode inaugurée a permis d'extraire les blocs gelés du terrain dans le but de poursuivre la fouille au laboratoire d'Almaty, tout en maintenant la chaîne du froid. Un camion frigorifique attendait sur le terrain, tandis qu'une chambre froide était installée au sein du laboratoire. Les résultats obtenus ont permis d'établir que le kourgane avait été construit au-dessus d'une vaste fosse rectangulaire, profonde de 6 mètres environ par rapport à la surface actuelle. Le fond de la fosse est divisé en deux moitiés presque égales, la moitié nord occupée par des chevaux sacrifiés, la moitié sud par la chambre funéraire. Dans la partie sud, sur un lit de petites dalles de pierre, reposait un lourd sarcophage monoxyle en mélèze, autrefois éventré par des pillards. Son premier occupant, un jeune homme, avait été dépouillé de ses atours et poussé vers le fond du sarcophage. Après le pillage, une seconde inhumation eut lieu au même endroit ; il s'agissait d'une femme âgée, dans le même état de conservation que le jeune homme. Leur squelette conservant encore certains tissus et des cheveux, de nombreux prélèvements et analyses biologiques restent donc possibles, notamment en parasitologie, afin d'expliquer, entre autres, cette pratique funéraire inhabituelle qu'est la double inhumation. La fosse aux chevaux située dans la moitié nord renfermait une douzaine de ces animaux, immolés avec leur somptueux harnachement, et disposés sur deux niveaux. Bien qu'une partie de ces chevaux ait été déplacée par les pillards, la plupart des chevaux ont été sauvegardés par le gel qui a même préservé leur peau et la couleur de leur robe. Ces chevaux feront également lobjet dune série d'analyses biologiques. Par ailleurs, le nombre et la qualité des ornements des harnachements en bois sculpté doré et en étoffes polychromes offrent d'ores et déjà des éléments indispensables à la compréhension de l'histoire de l'art. Cette fouille démontre un synchronisme certain avec les tombes du haut plateau d'Ukok placées au débouché naturel vers l'amont de la Bukhtarma. Ne s'agit-il pas des mêmes tribus parcourant l'espace de leur territoire lors de leurs migrations saisonnières ? La civilisation de ces grands nomades cavaliers scythes orientaux n'était ni isolée, ni confinée à l'Altaï ; elle participait à de vastes courants d'échanges reliant, au 4e siècle av. J.-C., la Perse achéménide à la Chine. Ne devons-nous donc pas nous interroger devant la surprenante étendue de ces relations "internationales", pour des pasteurs nomades encore récemment considérés par la science comme "barbares"? 1 - Le Centro Studi Ricerche Ligabue (Venise, Italie) avec l'appui de l'ENI-AGIP et l'Institut d'Archéologie Margulan (Académie des Sciences du Kazakhstan) ont été partenaires de cette expédition. 2 - Unité mixte de recherche Archéologie et sciences de l'antiquité , Maison René Ginouvès, Nanterre. Contact
chercheur
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