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Dans le laboratoire de Jules
Hoffmann à Strasbourg, les chercheurs du CNRS ont décrypté,
chez la drosophile, des mécanismes mis en jeu très rapidement
après une blessure septique. Ils alertent les acteurs de limmunité
spontanée chargés de juguler lintrusion dagents
infectieux dans lorganisme. Selon les résultats de létude,
publiés cette semaine dans lhebdomadaire américain
Science (17 septembre 1999), ces mécanismes présentent
des parallèles frappants avec la défense antimicrobienne
innée de lhomme.
Les défenses immunitaires des mammifères comportent à
la fois des mécanismes innés et des mécanismes adaptatifs.
Ces derniers reposent sur des récepteurs du non-soi, infectieux
ou non, qui composent le vaste répertoire de récepteurs
spécifiques de la mémoire immunitaire. A linverse,
la réponse immunitaire innée est dépourvue de spécificité
stricte et de mémoire, mais joue un rôle primordial dans
les défenses antimicrobiennes immédiates et oriente la réponse
adaptative, souvent efficace quelques jours seulement après la
blessure. Alors que la réponse adaptative a fait lobjet de
recherches extrêmement poussées, le rôle de la réponse
innée a été largement sous-estimé.
Comme dans dautres problématiques biologiques, la drosophile
sest avérée être un excellent modèle
pour étudier les bases génétiques et moléculaires
de la réponse innée. En 1996, le laboratoire CNRS de Jules
Hoffmann à lInstitut de biologie moléculaire et cellulaire
de Strasbourg, a montré lexistence de parallélismes
frappants entre la réponse immunitaire de cet insecte et la réponse
immunitaire innée des mammifères. La drosophile produit
en réponse à une infection microbienne une batterie de petits
peptides cationiques à forte activité antibactérienne
et antifongique. Les chercheurs du laboratoire strasbourgeois avaient
montré par des études génétiques que la synthèse
de ces peptides était sous le contrôle dune voie de
signalisation déjà connue.
En particulier, ils avaient observé que le récepteur transmembranaire
Toll jouait un rôle crucial dans la survie à certaines infections.
Ces travaux avaient incité léquipe du Professeur Janeway
de luniversité de Yale, aux Etats-Unis, de rechercher des
homologues de Toll chez les Mammifères. La première molécule
fut décrite en 1998 dans des lignées de cellules humaines.
Un inducteur universel de la réponse inflammatoire, une des composantes
essentielles de la défense innée, est le lipopolysaccharide
bactérien (LPS). Les bases moléculaires de cette induction
sont restées longtemps obscures. Il existe des lignées de
souris qui sont insensibles au LPS, mais succombent rapidement à
des infections bactériennes. Or, lannée passée,
des chercheurs de Dallas, a pu montrer que ces souris présentaient
une mutation de lhomologue murin de Toll. Entre-temps, divers groupes
en Californie remarquaient lexistence dune famille de récepteurs
Toll chez les mammifères. Comme chez la drosophile dailleurs.
Les chercheurs de léquipe strasbourgeoise ont poursuivi leurs
travaux sur le rôle de Toll dans la réponse antimicrobienne
de la drosophile, en association avec le groupe de généticiens
du Professeur Ashburner de Cambridge. Selon les résultats, publiés
cette semaine dans Science, Toll est chez cette mouche, activé
par le produit final dune cascade protéolytique. Les chercheurs
ont analysé des mouches mutantes dans lesquelles ces cascades protéolytiques
étaient spontanément actives et ont observé une activation
constitutive du récepteur Toll et une induction permanente de la
réponse immunitaire, en labsence de microorganismes infectants.
Le produit final de la cascade protéolytique est une cytokine clivée,
du nom de Spaetzle. Une blessure septique entraîne rapidement le
clivage de cette cytokine. Les motifs structuraux des parois des microorganismes
seraient donc reconnus par des protéines dans le sang circulant
qui activent des protéases et, par une cascade damplification
extrêmement rapide, transforment de nombreuses molécules
Spaetzle en ligands capables dactiver le récepteur Toll.
Dans cette optique, Toll ninteragirait pas directement avec les
microorganismes. En est-il de même chez les mammifères ?
La question est aujourdhui posée.
Contact chercheurs
:
Jean-Marc Reichhart & Jules Hoffmann
Laboratoire " Réponse Immunitaire et Développement
chez les Insectes "
Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire, Strasbourg
Tél : 03 88 41 70 34 / 70 77
Mél : reichhart@ibmc.u-strasbg.fr
/ jhoff@ibmc.u-strasbg.fr
Contact presse :
Séverine Duparcq
Tél : 01 44 96 46 06
Mél : severine.duparcq@cnrs-dir.fr
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