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Communiqué de presse Témoin
du passé, | |||
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Paris, le 22 février 2000 |
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A la différence d'autres exemples d'art rupestre dans le monde, les peintures pariétales récemment découvertes à Bornéo par une équipe du CNRS ne sont pas seulement l'affirmation de pratiques rituelles ; elles présentent manifestement une dimension esthétique parfaitement élaborée. A la manière de l'art corporel, "Gua Tewet", la cavité découverte en mai 1999 offre une combinaison d'empreintes de mains négatives délibérément construite. Sous l'éclairage de la littérature ethnographique, ce nouvel ensemble de peintures serait la traduction d'un "parcours initiatique" ou d'un lien clanique, familial ou foncier. Par ailleurs, ces peintures évoquent une culture picturale proche de celle des Aborigènes d'Australie. D'une grande richesse pour l'histoire de l'art rupestre, Bornéo fera l'objet cette année d'une autre mission de repérages.
Pour les préhistoriens, et si l'on se réfère à la "liturgie" ethnographique, les empreintes de mains négatives relèvent d'un patrimoine culturel commun à l'ensemble des communautés archaïques ; celles-ci mettaient déjà en uvre une chaîne opératoire de gestes spécifiques, bien plus complexes qu'un simple tracé positif. Pratiques magiques, rituels d'invocation, d'appropriation de forces chtoniennes, d'initiations, de thérapeutiques relevant du chamanisme, telles sont les hypothèses couramment émises quant à la symbolique générique des empreintes pariétales. Le cas de la grotte ornée de Gua Tewet présente quelques spécificités notables. D'une part, un motif est surajouté à l'intérieur des mains négatives, d'autre part, leur juxtaposition "en arbre de vie" diffère de celle des précédentes grottes, où les mouvements présentent un caractère circulaire. Une telle disposition est très probablement l'expression intentionnelle d'un lien, d'une continuité familiale, voire clanique ou foncière. Au-delà de l'action incantatoire, ce qui apparaît comme nouveau à Gua Tewet, est la répétition systématique de l'empreinte négative, indissociable d'une préoccupation esthétique. La main négative vient parfois souligner certaines figures animales filiformes ou en filigrane. Dans certains cas, et pour quelques empreintes de mains, les pointillés surajoutés rappellent la figuration du squelette en "rayon X". La richesse de ces représentations permet une analogie, ou tout du moins une possible filiation, avec certaines de celles observées chez les Aborigènes d'Australie. La probabilité qu'une partie des hommes ayant assuré à terme le peuplement de l'Australie au Pléistocène ait notamment fait souche à Bornéo, est envisageable. L'absence de céramiques, de même que les découvertes antérieures des chercheurs CNRS, sur l'île, confèrent à ces peintures un âge pré-austronésien, probablement supérieur à 6 000 ans. Toutefois, l'hypothèse d'un polygénétisme culturel conduisant des groupes sans aucun lien de parenté, actuel ou passé, à inventer des pratiques semblables dans leur mode d'expression, n'est pas à exclure totalement. D'autres éléments devront donc être apportés pour confirmer un éventuel parallélisme culturel entre l'Asie continentale et le sub-continent australien. A cet effet, une nouvelle expédition est prévue cette année. Contact chercheur
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