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Communiqué de presse Les mystères de lanesthésie révélés | |||
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Paris, le 6 mai 1999 |
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Les anesthésiques volatils sont utilisés en clinique, dans un but chirurgical, depuis plus de 150 ans. Néanmoins, les mécanismes de lanesthésie restaient, jusquà présent, presque totalement inconnus. Une équipe de l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS à Sophia-Antipolis vient de faire avancer notre compréhension dans ce domaine de façon importante. Cette équipe est spécialiste de l'étude des canaux ioniques, des macromolécules biologiques génératrices des signaux électriques par lesquels les cellules de notre système nerveux communiquent entre elles et avec les autres organes. Dans un article publié dans le numéro de mai de Nature Neuroscience, ces chercheurs montrent que l'un de ces canaux ioniques perméable au potassium est la cible des anesthésiques généraux volatils. Si l'éther et le chloroforme ne sont plus utilisés comme anesthésiques généraux dans nos pays développés, dautres anesthésiques volatils le sont toujours. Les nouveaux anesthésiques de cette classe sont des composés fluorés (halothane, isoflurane, enflurane, sevoflurane, desflurane). Ils sont beaucoup plus efficaces et ont des effets secondaires considérablement diminués. Ces anesthésiques volatils constituent une classe pharmacologique essentielle. Leurs propriétés sont fascinantes : ils induisent une perte de conscience, ont des propriétés amnésiantes et effacent la mémoire de l'intervention. Ils provoquent une immobilité qui se traduit pas une absence de mouvement en réponse aux stimuli douloureux. L'anesthésie a fait des progrès immenses au cours de ces dernières décennies sans que l'on comprenne réellement le mécanisme des molécules utilisées. L'équipe de l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS à Sophia-Antipolis, dirigée par Michel Lazdunski et constituée d'Amanda Patel, Eric Honoré, Florian Lesage et Georges Romey, vient de soulever un pan important du voile. Spécialisée dans l'étude des canaux ioniques, elle vient de découvrir que l'un de ces canaux ioniques perméable au potassium (il existe dans notre organisme des centaines de gènes pour les canaux ioniques) est la cible des anesthésiques généraux volatils. Ces canaux perméables au potassium ont une position centrale dans le contrôle du potentiel de repos des cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière. Ils sont présents dans les neurones associés au processus de mémorisation et dans les neurones associés aux activités motrices. Leur ouverture par les anesthésiques généraux hyperpolarise les cellules nerveuses et empêche le fonctionnement normal du réseau neuronal. Cette ouverture des canaux par les anesthésiques généraux freine la génération des potentiels d'action et la communication entre neurones par la voie des neurotransmetteurs. Au-delà de la révélation du mécanisme dun phénomène physiologique demeuré jusqu'ici mystérieux, on peut espérer que cette découverte de la cible des anesthésiques permettra la création de nouveaux agents anesthésiques se rapprochant plus encore de l'anesthésique idéal, doté des propriétés suivantes : (1) la capacité d'induire rapidement l'anesthésie et de permettre une sortie d'anesthésie également rapide et agréable, (2) la capacité de se prêter à une modulation du degré de l'anesthésie, (3) la capacité à produire une relaxation musculaire adéquate, (4) une diminution du risque daccident lié à lanesthésie et (5) l'absence d'effets secondaires ou toxiques.
Un peu dhistoire L'éther a été utilisé pour la première fois en 1842 par Crawford Long à Jefferson, aux Etats-Unis, mais la première démonstration publique qui lança l'éther comme anesthésique fut faite par le dentiste William Morton en 1846 au Massachusetts General Hospital à Boston. Morton s'intéressa d'abord à l'anesthésie pour l'extraction dentaire puis, le 16 octobre 1846, utilisa l'éther pour réaliser une extraction sans douleur d'une tumeur du cou. Morton ne révéla pas immédiatement l'identité de cet agent anesthésique miraculeux quil désigna sous le nom de Letheon. Il avait l'intention de breveter cette substance. Mais la communauté médicale et scientifique découvrit bien vite qu'il s'agissait d'éther et, en quelques semaines seulement, le procédé d'anesthésie devint d'usage courant aux Etats-Unis et en Europe. Morton, quant à lui, ne put jamais faire breveter "sa" découverte. Le chloroforme fut introduit dans la pratique médicale en 1847 aux Etats-Unis. L'anesthésie fut ensuite développée comme une pratique médicale à part entière par deux Anglais, Joseph Clover et John Snow. Ce dernier devint particulièrement célèbre dans ce domaine pour avoir administré une analgésie au chloroforme à la reine Victoria en 1853 pour la naissance du prince Léopold. La célébrité de Clover fut liée à la conception d'inhalateurs, permettant de doser très précisément les proportions d'éther ou de chloroforme à administrer. L'anesthésie en tant que discipline était née. Référence : Patel A., Honoré E., Lesage F., Fink M., Romey G., Lazdunski M. Inhalational anaesthetics are activators of two pore domain background K+ channels, Nature Neuroscience, Mai 1999. Contact chercheur : Michel Lazdunski, directeur de lInstitut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (CNRS - Sophia Antipolis Valbonne) Tél :
04 93 95 77 03 Contacts presse
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