Communiqué de presse

Jean-Claude Risset, spécialiste de l'informatique musicale,
Médaille d'Or du CNRS 1999

Paris, le 8 septembre1999

 

La direction générale du CNRS a attribué la Médaille d’Or du CNRS 1999 à Jean-Claude Risset, directeur de recherche au CNRS, Laboratoire de mécanique et d’acoustique du département des sciences pour l’ingénieur. Spécialiste de l’informatique musicale, Jean-Claude Risset se distingue par sa double appartenance aux mondes de la science et des arts. Il est l’auteur de remarquables travaux sur la caractérisation et la synthèse des sons et leur perception auditive.

Jean-Claude Risset est né le 13 mars 1938 au Puy. Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, il mène parallèlement des études scientifiques (agrégation de physique en 1961; doctorat ès sciences en 1967) et musicales (piano, écriture, composition avec André Jolivet).

Il entre au CNRS en 1961 comme attaché de recherche au Laboratoire d’électronique et de radioélectricité du Professeur Pierre Grivet. Il effectue plusieurs séjours aux Etats-Unis, notamment de 1964 à 1969, grâce à l'aide de la DGRST (Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique). Aux côtés de Max Mathews aux Bell Telephone Laboratories, il développe les ressources musicales de la synthèse des sons par ordinateur : imitations de sons instrumentaux, sons paradoxaux, processus de développement sonore. En 1969, il publie un catalogue de sons synthétisés à l’aide d’ordinateurs (catalogue réédité en 1995). L’informatique musicale en était alors à ses premiers pas, mais la publication du programme Music V avec ce catalogue a rendu accessible au plus grand nombre la “ synthèse logiciel ”.

De retour en France, Jean-Claude Risset poursuit une carrière de chercheur et d’enseignant. A Orsay, où s’est installé le laboratoire, devenu Institut d'électronique fondamentale, il met en œuvre la synthèse des sons par ordinateur (1970-1971). Devenu maître de conférences à l’unité d’enseignement et de recherche pluridisciplinaire de Marseille-Luminy, département de musique et arts plastiques (1971-1975), il compose de nombreuses œuvres, dont la plupart font appel à l’ordinateur seul ou en conjonction avec les instruments et la voix.

A Paris de 1975 à 1979, Jean-Claude Risset participe à la création de l’IRCAM (Institut de Recherche et de Création Acoustique-Musique), en collaboration avec Pierre Boulez qui lui confie la direction artistique du département “Ordinateur ". Dès lors, l'informatique va diffuser dans la plupart des recherches musicales.
Nommé professeur à l’université d’Aix-Marseille (Luminy) de 1979 à 1985, il préside la section “ Arts ” du Conseil supérieur des universités (1984-1985). A partir de 1985, il revient au CNRS en qualité de directeur de recherche au Laboratoire de mécanique et d’acoustique (CNRS-Marseille). Il devient également responsable du DEA national “ Acoustique, traitement du signal et informatique appliqués à la musique ” (Université de la Méditerranée – anciennement Aix-Marseille, Université Paris VI, IRCAM), créé en 1993.
Musicien et compositeur reconnu par la communauté artistique internationale, Jean-Claude Risset est aussi un technicien et un théoricien incontesté de l’informatique musicale. Il incarne, par l’originalité de ses activités et sa créativité, un très bel exemple de pluridisciplinarité associant la science et l’art. Cette spécificité conduit Claude Allègre, ministre de l’Education nationale, de la recherche et de la technologie, à lui confier en 1998 la rédaction d’un rapport sur “ Art-Science-Technologie ” afin de favoriser la synergie entre ces disciplines.

Utilisant les possibilités nouvelles offertes par l'informatique pour réaliser une véritable micro-chirurgie sonore, il a développé la simulation des sons instrumentaux (analyse et synthèse) et mis en évidence la complexité de la perception des sons musicaux par la réalisation d'illusions ou paradoxes acoustiques : glissandi qui montent et descendent à la fois, rythmes qui accélèrent indéfiniment, sons dont la hauteur paraît baisser lorsqu'on double leurs fréquences ... Ses recherches sur la synthèse des timbres soulignent l’importance perceptive des facteurs dynamiques dans l’évolution temporelle des évènements sonores. Ses travaux ont donné lieu à de nombreuses publications dans des ouvrages ou revues très variées.

Parmi les travaux réalisés dans son équipe à Orsay puis à Marseille, citons la distinction entre hauteur tonale et spectrale, perçues différemment par les deux hémisphères cérébraux, l'application aux sons musicaux des méthodes de traitement des signaux, les synthèses hybrides, le ralenti temporel sans transposition (suivant une méthode qui peut être appliquée à la restauration de l'intelligibilité de la voix des plongeurs en condition hyperbare), la modélisation de divers sons musicaux, l'application musicale de nombreux effets sonores audionumériques (réverbération, chorus, modulation…). Certains de ces travaux ont donné lieu à des collaborations avec les sociétés Yamaha, Digilog, Saphir et ERGI.

En tant que compositeur, Jean-Claude Risset a innové dans la synthèse des timbres : non content de composer avec des sons, il construit le son lui-même. Il a illustré cette approche dans de nombreuses œuvres électroacoustiques. Certaines pièces tirent parti d’illusions auditives et d’imitations instrumentales. Il s’est également tourné vers le traitement numérique des sons enregistrés. Au Media Lab du Massachussets Institute of Technology puis à Marseille, il a par ailleurs développé une approche originale de l’interaction temps-réel entre pianiste et ordinateur, tirant parti d'un logiciel qui saisit les gestes de l’interprète et joue en contrepoint sur le même piano acoustique comme un accompagnateur sensible. Il a composé et enregistré sur CD de nombreuses œuvres pour instruments, voix, sons d’ordinateur et œuvres mixtes.

La contribution de Jean-Claude Risset à la richesse du répertoire musical a été primée à de très nombreuses reprises : prix UFAM (1963) ; Dartmouth (1970) ; à Bourges : 1er prix de la musique numérique (1980), Euphonie d'or (1992) et Prix Magisterium (1998) ; prix SACEM (1981) ; Ars Electronica Autriche (1987) ; Grand Prix national de la musique (1990) ; Honorary Doctorate of Music, University of Edinburgh (1994) ; Musica Nova Prague (1995) ; prix EAR de la radio hongroise (1997). Ses travaux scientifiques ont également été récompensés par le prix Philips 1967 du Groupement des acousticiens de langue française ; les médailles de bronze (1971) et d’argent (1987) du CNRS et le prix LVMH (1994).

Jean-Claude Risset est Chevalier de la Légion d’Honneur et Officier des Arts et Lettres.

La médaille d'or 1999 du CNRS lui a été remise le lundi 29 novembre par Claude Allègre, ministre de l'Education nationale, de la recherche et de la technologie, en présence de Edouard Brézin, président du Conseil d'administration du CNRS et de Catherine Bréchignac, directeur général du CNRS.

Extrait musical

La médaille d’Or du CNRS récompense, chaque année, une personnalité exceptionnelle de renommée internationale qui a participé activement au rayonnement de la recherche.

Liste des Médailles d'or du CNRS depuis 1954


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