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Amplificateurs
moléculaires,
molécules en rotation, exploration et manipulation des
microenvironnements,
séquençages de lADN, tests immunologiques :
quel physicien
na pas rêvé un jour dobserver et de manipuler
la matière atome par atome ou molécule par
molécule,
quand les méthodes conventionnelles analysent des milliards de
milliards de molécules simultanément? Dans un dossier
publié
cette semaine dans lhebdomadaire spécialisé
Science,
deux chercheurs du CNRS font le point, en collaboration avec des
experts
étrangers, sur 10 ans de recherches en nanosciences (12 mars
1999).
A travers la microscopie à effet tunnel, pour Christian
Joachim,
chercheur au Centre délaboration des matériaux et
détudes structurales de Toulouse. Et sous le regard de la
microscopie optique pour Michel Orrit, chercheur au Centre de physique
moléculaire et hertzienne de Talence (1).
En 1952, Erwin Schrödinger, prix Nobel de physique, pensait
quaucune
expérience ne pouvait être tentée sur un
électron
unique, un atome ou même une seule molécule. Huit ans
plus
tard, Richard Feynman, également prix Nobel de physique, est
déjà
persuadé du contraire. Dans la revue Engineering and Science
(Caltech,
1960), le physicien explique alors quil nexiste pour
lui aucune
limite physique dans la nature à la manipulation datomes
un par un. Dès 1974, les Américains Arieh Aviram des
laboratoires
dIBM et Mark Ratner de lUniversité de Northwestern,
proposent alors dutiliser une seule molécule avec le
moins
datomes possible pour réaliser des dispositifs
électroniques.
Ils exposent le principe dun redresseur de courant
électrique
nutilisant quune seule molécule.
Au début des années 80, la microscopie à effet
tunnel
(STM) et, un peu plus tard, la microscopie à force atomique
(AFM),
inventées par les laboratoires dIBM, ouvrent
laccès
des mesures sur un atome ou une molécule. Une sonde, la pointe
ultrafine des instruments, est utilisée pour explorer la
surface
de lobjet par des interactions de très courtes
portées
et imager avec une résolution atomique et un positionnement
à
la surface de lordre de 0,1 nm. Elle caresse, balaie la
structure
de linvisible matière et plonge ainsi les chercheurs dans
lintimité des molécules uniques, des atomes et des
liaisons.
Dès lors, les découvertes se succèdent.
Dès
1989, ces nouvelles microscopies de contact permettent de manipuler
des
atomes à lunité et trois ans plus tard, des
petites
molécules diatomiques à très basses
températures.
Les mécanismes de transfert et de transport des
électrons
à travers une seule molécule sont de mieux en mieux
compris.
En 1993, Donald Eigler réalise la première
nanoexpérience
en assemblant en un " tambour électronique " 48
atomes
de fer disposés un à un sur une surface de cuivre de 14
nm de diamètre. En 1995, Christian Joachim réalise avec
Jim Gimzewski des laboratoires de recherche de la
société
IBM à Zürich, en Suisse, la première connection
électrique
sur une seule molécule, puis en 1996, la première
manipulation
à température ambiante de molécules polyatomiques
à lunité. La même année, Jim
Gimzewski
met au point le premier boulier moléculaire et Donald
Eigler, le
premier contact électrique sur un seul atome.En 1997, la
même
équipe franco-suisse observe le premier amplificateur
électromécanique
à une seule molécule. Il sagit du plus petit
amplificateur
connu à ce jour. La partie active, la molécule de
carbone
60, ne mesure que 0,7 nm de diamètre. Il fonctionne à
température
ambiante et présente un gain en tension de lordre de
5. Deux
chercheurs hollandais et américains, dont le prix Nobel de
chimie
1996, poursuivent le travail et réalisent le premier transistor
électronique unimoléculaire avec un nanotube de
carbone.
Au printemps 1998 encore, les mêmes chercheurs
français et
suisses libèrent la rotation dune seule et même
molécule.
Ils ouvrent ainsi la voie à la conception de roues
moléculaires
qui entreraient à terme dans la conception de moteurs
moléculaires
artificiels dont les dimensions seraient de lordre du
nanomètre.
De telles machines pourraient permettre dexplorer les
frontières
de la thermodynamique et augmenter le rendement des machines à
notre échelle.
Parallèlement, la microscopie optique à sonde locale
emboîte
le pas des nanosciences et permet disoler des
molécules uniques.
Dès 1990, une équipe de Los Alamos détecte,
via la
fluorescence, des molécules uniques en solution liquide. La
même
année, Michel Orrit et Jacky Bernard du Centre de physique
moléculaire
optique et hertzienne de Talence détectent ces mêmes
molécules
dans des solides à très basses températures.
Trois
ans plus tard, cest au tour de léquipe
américaine
de Bell Labs de détecter ces molécules uniques dans
un polymère
à température ambiante, par microscopie optique en champ
proche. Dès 1994, lutilisation de la microscopie optique
confocale ouvre la voie à de nouvelles applications
biologiques.
Par exemple, le séquençage dune seule
molécule
dADN ou des tests immunologiques. Elle recueille la
lumière
en provenance dun point unique de l'échantillon, pour une
meilleure résolution spatiale des images. Enfin, très
récemment,
en novembre 1998, Michel Orrit et trois chercheurs créaient une
source déclenchée de photons uniques, en commandant
lexcitation
dune seule molécule et donc lémission
spontanée
dun photon (2).
A linverse des autres techniques danalyse, la microscopie
optique sonde la matière à " distance " et
invite
le chercheur à pénétrer de façon
très
sensible, tout en douceur, à lintérieur dun
matériau donné, mais au prix dune perte de
résolution
spatiale. Ici, on ne visualise pas la matière. On
détecte
et on analyse la lumière émise par les molécules
après irradiation par un faisceau laser et
élimination des
photons dexcitation. Reste au spécialiste à
comparer
les signaux de fluorescence émis à différents
instants,
pour détecter les déformations des molécules non
isolées, leur structure, leur comportement, les interactions
avec
lenvironnement. Mais plus encore, la structure des groupes
fonctionnels,
des atomes, des ions ou des charges électrostatiques en
place dans
des structures cristallines, des polymères, certains
liquides ou
encore des protéines. Les experts observent ainsi " de
près
" le repliement dune protéine, les interactions
entre
différents enzymes, entre enzymes de familles
différentes,
ou la dynamique des membranes. " On peut aussi
espérer
isoler une sonde moléculaire dans une protéine
unique. Par
exemple, un canal membranaire, pour étudier son fonctionnement
en temps réel, identifier le photorécepteur ou suivre le
repliement de la protéine pendant sa synthèse,
explique
Michel Orrit. Mais on peut aussi envisager
daccélérer
de la journée à la minute la détection
despèces
rares requises pour le séquençage de lADN ou
les tests
immunologiques ". Lisolation optique permet de
supprimer
létape lente et fastidieuse de la multiplication des
molécules
avant détection.
" La molécule devient un véritable appareil
de mesure
capable de sonder un environnement, de réaliser une mesure
physique,
une réaction chimique et d'en communiquer le
résultat,
se réjouit Christian Joachim. On devrait bientôt voir
ces molécules réaliser des nanocomposants
mécanique,
optique ou électronique et pourquoi pas magnétique pour
de futurs nanomachines. L'aventure technologique de ces nanomachines,
passionnante mais difficile, ne fait que commencer ".
(1) Articles de Science et photos disponibles au bureau de presse
(2) Comptes-rendus de lAcadémie des Sciences, 2 novembre
1998
- Contacts
chercheurs :
CNRS - Département des sciences chimiques CNRS -
Département
des sciences physiques et mathématiques
Christian Joachim
Cemes, Toulouse
Tél : 05 62 25 78 35
- Mél : joachim@cemes.fr
Michel
Orrit
CPMOH, Bordeaux
Tel : 05 56 84 62 09
Mél : orrit@yak.cpmoh.u-bordeaux.fr
Contact presse :
Séverine Duparcq
Tél : 01 44 96 46 06
Mél : severine.duparcq@cnrs-dir.fr
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