|
Léquipe de
Pierre Chambon, directeur du Laboratoire de génétique
moléculaire
des eucaryotes du CNRS et professeur au Collège de France,
vient
de montrer que la production dacide rétinoïque,
un dérivé
de la vitamine A, est indispensable à la morphogenèse
précoce
et à la survie de lembryon de souris. Labsence
de synthèse
dacide rétinoïque engendre des malformations, la
mort
de lembryon, et finalement un avortement précoce.
Selon les
chercheurs, un régime alimentaire pauvre en vitamine A chez la
mère pourrait être particulièrement néfaste
au développement de lembryon humain. Les résultats
sont publiés dans le numéro davril du mensuel
britannique
Nature Genetics (1).
Lincidence de la malnutrition et de carences en vitamines
sur
les avortements spontanés est encore mal connue. De nombreuses
études ont suggéré quun
dérivé
actif de la vitamine A, lacide rétinoïque,
pouvait jouer
un rôle important dans le développement précoce
des
embryons de mammifère. Malheureusement, une carence en vitamine
A chez les rongeurs entraîne une stérilité
maternelle,
empêchant ainsi toute étude du rôle de lacide
rétinoïque pendant lembryogenèse.
Pour contourner cette difficulté, Karen Niederreither,
Vemparala
Subbarayan, Pascal Dollé et Pierre Chambon, du Laboratoire
de génétique
moléculaire des eucaryotes du CNRS à Strasbourg, ont
bloqué
la production de rétinaldéhyde
déhydrogénase-2
(Raldh2), lenzyme responsable de la synthèse de
lacide
rétinoïque, chez des embryons mutants agés de 7
jours
et demi. Ces mutants sont incapables dopérer la rotation
axiale du corps, souffrent dun raccourcissement drastique de
laxe
antéropostérieur, danomalies du système
nerveux
central, et leurs membres ne se forment pas. Leur cur
consiste en
une seule cavité dilatée, la région frontonasale
est tronquée et leurs otocystes (les vésicules auditives
embryonnaires) sont considérablement réduits.
Finalement,
les mutants meurent à mi-gestation (9 jours et demi) des suites
de ces malformations et des perturbations du développement . En
revanche, ladministration dacide rétinoïque
maternel
avant ce stade permet de compenser la quasi-totalité de ces
défauts.
Ce travail démontre ainsi sans équivoque
limportance
cruciale de lacide rétinoïque,
synthétisé
par lembryon comme signal hormonal au cours du
développement
précoce chez les mammifères. Létude des
chercheurs
strasbourgeois suggère aussi fortement que des modifications
génétiques
dans la voie de synthèse de lacide rétinoïque
pourraient être responsables, chez lhomme, de morts
embryonnaires
précoces et davortements spontanés. Ainsi, il
apparaît
quun régime alimentaire pauvre en vitamine A chez la
mère
pourrait être particulièrement néfaste au
développement
de lembryon.
Léquipe de Pierre Chambon traque aujourdhui
lorigine
du développement atypique du cerveau postérieur chez les
souris mutantes et part sur les traces dautres enzymes, des
aldéhydes
deshydrogénases, grâce à la même
méthode
dinvalidation des gènes (knock-out). Ces
protéines
seraient éventuellement capables de synthétiser
lacide
rétinoïque à un stade encore plus précoce de
la morphogenèse. Grâce à ces recherches, les
biologistes
entendent définir le rôle éventuel de lacide
rétinoïque dans la première semaine du
développement
de lembryon de la souris. Selon une étude publiée
par léquipe de Pierre Chambon en 1996, un excès
dacide
rétinoïque peut entraîner la formation de membres
supplémentaires
chez la souris mutante âgées de six jours
(2).
(1) Article de Nature Genetics et photos disponibles
auprès
du bureau de presse
(2) " Morphological and molecular characterization of retinoic
acid-induced
limb duplications in mice ", Develop. Biology, 1996.
- Contacts
Laboratoire de
génétique
moléculaire des eucaryotes
Pierre Chambon
Tél : 03 88 65 32 13 / 10
Mél : chambon@titus.u-strasbg.fr
Département des sciences de la vie
Thierry Pilorge
Tél : 01 44 96 40 26
Mél : thierry.pilorge@cnrs-dir.fr
Bureau des relations avec les médias
Séverine Duparcq
Tél : 01 44 96 46 06
Mél : severine.duparcq@cnrs-dir.fr
|