Conférence de presse

Neurosciences : quoi de neuf ?

Paris - 25 avril 2001

Développement des troubles affectifs : l'héritage du stress prénatal

Stefania Maccari
Laboratoire des neurosciences du comportement, Université de Lille 1, Villeneuve d'Ascq



L'origine de certains troubles affectifs fait l'objet de nombreuses recherches en neurobiologie et une nouvelle hypothèse fait aujourd'hui son chemin. Elle repose sur l'idée d'une "programmation in utero" des maladies de l'adulte, révélant ainsi l'importance déterminante des 9 mois de la grossesse pour le restant de la vie de l'enfant et de l'adulte qu'il deviendra.
Toutes sortes d'influences environnementales précoces peuvent laisser des empreintes indélébiles et influer sur le développement de la descendance. Il semble effectivement que les facteurs environnementaux influencent de manière importante l'ontogenèse cérébrale durant les périodes critiques pré et postnatale. L'impact réel de ces facteurs reste toutefois difficile à estimer.
Depuis quelques années, nous nous sommes intéressés à ce phénomène de manière plus large en nous interrogeant sur les éventuelles conséquences à long terme de modifications de l'environnement maternel sur le fœtus. Chez l'homme, ces modifications peuvent être engendrées suite à une période de stress maternel pendant la grossesse, situation reconnue responsable de retard de développement neurologique, d'hyperémotivité, de troubles du sommeil chez des enfants. Aussi, l'état psychologique de la mère, en particulier son niveau d'anxiété au cours de la grossesse, peut influencer le développement du fœtus.

L'étude de l'influence du stress prénatal chez les rongeurs repose sur le développement d'un modèle animal mis au point par mon équipe dans le laboratoire bordelais du Professeur Le Moal (unité Inserm 259 "Psychobiologie des comportements adaptatifs"). Nous avons montré que des rats stressés pendant la période prénatale présentent une plus grande vulnérabilité aux drogues à l'âge adulte et des niveaux d'anxiété plus importants (corrélés à des niveaux élevés de corticostérone) après un stress. Ces effets du stress prénatal persistent pendant le vieillissement.
Des études menées sur les rythmes circadiens indiquent une modification de l'activité de l'horloge biologique chez les rats stressés in utero, animaux chez lesquels on relève une augmentation de la durée du sommeil paradoxal.

Ces effets comportementaux résultent de modifications permanentes du fonctionnement cérébral et nous avons recherché les mécanismes neurobiologiques à l'origine de ces dysfonctionnements. Nous avons montré que le fonctionnement de l'axe corticotrope est hyperactivé suite à un stress prénatal. Ces animaux présentent également un déficit des mécanismes de rétrocontrôle de l'axe corticotrope : la sécrétion de corticostérone est prolongée et associée à une réduction de la capacité de liaison des récepteurs centraux aux glucocorticoïdes. Nos résultats récents montrent aussi que les rats stressés pendant la période prénatale présentent une avance de phase du rythme circadien de la corticostérone. Le dysfonctionnement de l'axe corticotrope peut être dû à des modifications dans la synthèse et/ou la libération de certains neurotransmetteurs comme l'acetylcholine.

L'ensemble de ces résultats montrent que le stress prénatal chez le rat induit des dysfonctionnements comportementaux et neuroendocriniens qui présentent certaines homologies avec ceux rencontrés dans la dépression chez l'homme (fragmentation du sommeil, augmentation de l'anxiété, comportement de prise de drogue, déficit de mécanismes de rétrocontrôle de l'axe corticotrope, hyperactivité du système cholinergique).

Dans le cadre du développement de nouvelles stratégies thérapeutiques de la dépression, de nombreux travaux ont mis en évidence l'importance de valider des modèles animaux. En effet, chez les sujets sains la plupart des antidépresseurs sont peu efficaces. Le modèle animal atteint du " syndrome de stress prénatal " représente un modèle intéressant de dépression en raison des perturbations comportementales, hormonales et neurobiologiques qu'il produit à long terme.
Nous avons donc étudié, grâce à différents tests comportementaux, les effets sur le stress prénatal de la tianeptine et de l'imipramine, deux antidépresseurs de référence. Ces deux antidépresseurs semblent être efficaces pour renverser les effets du stress prénatal dans un test de nage forcée (test de Porsolt). Nous avons également testé l'effet d'un agoniste de la mélatonine chez des rats stressés pendant leur développement fœtal. Cet agoniste s'est révélé aussi efficace que les antidépresseurs de référence, suggérant l'éventuelle utilité de ce type de molécule pour traiter la dépression.

Une autre voie de recherche est consacrée à l'étude des mécanismes par lesquels le stress maternel peut engendrer ces effets sur la progéniture. L'hypothèse de travail est que des modifications de l'environnement hormonal du fœtus liées au stress maternel, engendrent par l'intermédiaire des échanges placentaires et hématoencéphaliques, mais aussi via l'environnement postnatal (le lait et le comportement maternels), des altérations neurobiologiques à court et à long terme sur la progéniture. Nous avons montré que certains effets à long terme du stress prénatal semblent être secondaires à l'augmentation de la corticostérone maternelle lors du stress prénatal. Ces résultats sont en accord avec les travaux réalisés chez l'homme montrant qu'il existe une corrélation entre les niveaux de cortisol maternel et fœtal.
Le comportement maternel après la naissance semble également jouer un rôle important. Nous avons montré qu'une adoption ou un changement d'environnement maternel après la naissance réduisent les effets induits par le stress prénatal et cela en partie grâce à une "augmentation" du comportement maternel chez les mères adoptives.


Stéfania Maccari
Laboratoire des neurosciences du comportement
Université de Lille 1, Villeneuve d'Ascq
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Mél : Stefania.Maccari@univ-lille1.fr

 


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