|
Communiqué de presse Comment laction détermine notre perception visuelle de lespace | |||
|
Paris, le 4 janvier 2001 |
|||
|
La perception visuelle repose-t-elle sur des mécanismes purement
passifs de traitement de l'information optique, ou prend-elle en compte
l'action volontaire de l'observateur ? Une équipe du Laboratoire
de physiologie de la perception et de laction (CNRS/Collège
de France) a étudié cette question du couplage perception/action
dans le cadre de la vision tridimensionnelle. En utilisant un dispositif
de réalité virtuelle, les chercheurs de cette équipe
ont comparé la perception d'objets tridimensionnels par un observateur
en mouvement volontaire et par un observateur passif et immobile. Bien que
dans les deux cas la stimulation visuelle ait été rigoureusement
identique, la perception qui en résulte est très différente.
Ces résultats, publiés dans le numéro du 4 janvier
2001 de la revue Nature, montrent que l'action de l'observateur contribue
de façon essentielle à la construction perceptive de l'espace
3D. Pour mettre en évidence cette contribution de laction de lobservateur sur sa propre perception visuelle, les chercheurs ont eu lidée dutiliser des fausses perspectives ou anamorphoses, des illusions visuelles découvertes par Léonard de Vinci et exploitées plus récemment par les artistes contemporains Georges Rousse et Patrick Hughes. Il sagit dobjets qui, en raison des lois de la perspective, ont la particularité de donner une impression erronée de leur forme 3D, lorsquils sont observés sous un angle de vue particulier. Quand un observateur immobile regarde un objet anamorphe en mouvement, le trompe-lil persiste, et il voit la forme trompeuse subissant des déformations au lieu de la forme et du mouvement de lobjet réel. Les chercheurs du Laboratoire de physiologie de la perception et de laction (LPPA) ont voulu savoir si cette illusion persistait encore lorsque le mouvement relatif de lobjet et de lobservateur était dû au déplacement volontaire de ce dernier et non plus au mouvement de lobjet. Grâce à un système de réalité virtuelle, couplé à des capteurs de position de la tête, les chercheurs ont pu présenter aux sujets de leurs expériences des versions virtuelles des anamorphoses décrites ci-dessus, de manière que la stimulation optique soit strictement identique pour les observateurs actifs et pour les observateurs immobiles. Ils ont pu montrer que les deux groupes voient les objets différemment : ceux qui sont actifs sillusionnent beaucoup moins avec le trompe-lil que les observateurs immobiles. Ce résultat démontre clairement leffet de laction sur la vision chez lhomme. Pour expliquer ce résultat surprenant, léquipe du laboratoire a avancé lhypothèse suivante : le système visuel réagit différemment aux objets stationnaires et à ceux qui sont en mouvement. La stationnarité est un fait objectif et non pas subjectif et comme tel, nest pas senti directement. Or, lorsque nous nous déplaçons, notre image visuelle dun objet fixe se déplace et se déforme également à cause du changement de notre angle de vue ; mais malgré ce mouvement visuel, lobjet semble être stationnaire. Pour tester cette hypothèse sur le rôle spécial de la stationnarité, lexpérience avec les objets anamorphes a été répétée, mais avec les objets en mouvement. Dans ce cas-là, la différence entre les observateurs actifs et passifs disparaît, ce qui confirme le rôle particulier des objets stationnaires pour la vision même lorsque nos propres mouvements changent leur apparence. Depuis le 19ème siècle, on sait que le système visuel humain se sert dun certain nombre da priori pour construire la perception dun monde 3D. Les chercheurs du LPPA viennent den ajouter un à cette liste, celui de la stationnarité, qui en tenant compte de laction de lobservateur se distingue toutefois par le fait quil réfère aux propriétés objectives et non pas subjectives de lenvironnement. En montrant que la perception visuelle est dépendante du mouvement volontaire de lobservateur, les chercheurs du LPPA ont confirmé que laction joue un rôle majeur dans le processus dinterprétation de limage optique qui conduit à la perception visuelle. Ces travaux ouvrent la voie à une meilleure compréhension des mécanismes qui donnent la possibilité à un observateur de distinguer les parties immobiles de lespace visuel, dont on connaît limportance dans des domaines tels que le contrôle de léquilibre et de la locomotion. Surtout, ils expliquent comment les mécanismes dintégration multi-sensorielle permettent la perception de propriétés objectives de lenvironnement quand les sens, pris isolément, se montrent vulnérables aux illusions. Référence : Self-motion and the perception of stationary objects, Mark Wexler, Francesco Panerai, Ivan Lamouret, Jacques Droulez. Nature, 4 janvier 2001, pages 85-88 Contact chercheur
: |
|||
|
|
|||