L’œuvre de Jean-Claude Risset

 

Les travaux de Jean-Claude Risset sont à l’interface de l’Art et de la Science : praticien et théoricien incontesté de l’informatique musicale, il est aussi un musicien et compositeur reconnu par la communauté artistique internationale.

Ses premières recherches, commencées comme chercheur au CNRS à l’Institut d’électronique fondamentale, puis auprès de Max Mathews aux Bell Telephone Laboratories, poursuivies à l’IRCAM, à la Faculté des Sciences de Luminy, puis au sein du Laboratoire de Mécanique et d’Acoustique du CNRS (département des Sciences Pour l’Ingénieur), portent sur la caractérisation des sons musicaux et sur leur synthèse. Il a ainsi introduit la notion de l’analyse du timbre par synthèse, la mettant en application dans sa propre musique.

Ses recherches se situent au carrefour de l’acoustique, de l’informatique, de la psychophysique et de la musique. Elles ont apporté des résultats nouveaux sur les particularités de la perception : elles ont permis de réaliser des constructions sonores donnant lieu à des effets musicaux qui se fondent sur la particularité de la perception plutôt que sur une épure abstraite et prédéterminée de paramètres physiques, mettant en évidence des caractéristiques imprévues et parfois paradoxales. Au lieu des limitations imposées par la production mécanique du son, c’est la perception du son qui est devenue déterminante.

En comprenant et en exploitant les spécificités de l’audition, il a pu, le premier, imiter les sons cuivrés, ainsi que d’autres sons naturels, montrant l’importance, pour leur identification, de l’évolution temporelle des évènements sonores. Il a pu, surtout, produire des effets nouveaux prouvant la complexité de la perception des sons musicaux par la réalisation d’illusions ou paradoxes acoustiques : glissandi qui montent et descendent à la fois, rythmes qui accélèrent indéfiniment ou sons dont la hauteur paraît baisser lorsque l’on double leurs fréquences. Il a soigneusement documenté "les recettes" des sons produits dans un "Catalogue de sons synthétiques" qui les rend disponibles aux utilisateurs, scientifiques ou artistes. Ce catalogue de sons, joint au programme Music V, dont il est un des co-auteurs, a rendu accessible au plus grand nombre la "synthèse logiciel".

Parmi les travaux réalisés dans son équipe à Orsay, puis à Marseille, citons la distinction entre hauteur tonale et spectrale, perçues différemment par les deux hémisphères cérébraux ; la synthèse par distorsion non linéaire (DNL) ; l’application aux sons musicaux des méthodes de traitement des signaux ; les synthèses hybrides ; le ralenti temporel sans transposition (suivant une méthode qui peut être appliquée à la restauration de l’intelligibilité de la voix des plongeurs en condition hyperbare) ; la modélisation de divers sons musicaux et l’application musicale de nombreux effets sonores audionumériques (réverbération, chorus, modulation,...). Certains de ces travaux ont donné lieu à un brevet (DNL, Arfib) et à des collaborations avec les sociétés Yamaha, Digilog, Saphir et ERGI.

En tant que compositeur, Jean-Claude Risset a étendu ses investigations scientifiques à la création d’œuvres musicales, en mettant ce paramètre multiforme de la perception auditive qu’est le timbre à l’épreuve de l’expression musicale : Jean-Claude Risset a développé la synthèse du timbre - non content de composer avec des sons, il compose le son lui-même - et il a illustré cette démarche par de nombreuses œuvres électroacoustiques. En explorant le champ de l’interprétation, au Media Lab du Massachusets Institute of Technology (MIT), il a inventé une approche originale de l’interaction temps-réel entre pianiste et ordinateur, tirant parti d’un logiciel qui saisit les gestes de l’interprète et joue en contrepoint sur le même piano acoustique comme un accompagnateur sensible. Il a composé de nombreuses œuvres pour les instruments ou la voix, seuls ou en dialogue avec les sons numériques. Sa musique a fait l’objet de commandes et de récompenses nombreuses. A travers ses approches de la création, du traitement sonore et de l’interprétation interactive homme-machine, Jean-Claude Risset a enrichi, de manière remarquable, le répertoire musical international.

La passion de Jean-Claude Risset pour la recherche en informatique musicale et la composition est toujours allée de pair avec un souci pédagogique visant aussi bien la communauté scientifique que les étudiants ou un public beaucoup plus large. Il s’est attaché à expliciter et à illustrer les champs d’expérimentation de l’informatique musicale à l’occasion de concerts, de conférences, de cours d’été et de séminaires à l’étranger ; de colloques ou d’enseignements, en tant que professeur à l’Université d’Aix-Marseille ou responsable du DEA national "Acoustique, Traitement du signal et Informatique Appliqués à la Musique". L’étude qui lui a été confiée par le Ministre de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie en témoigne : le rapport "Art-Science-Technologie" (AST), remis en 1998, pose les bases d’une réflexion prospective pour les étudiants, les enseignants, les industriels, les chercheurs et les artistes.

Ses travaux de recherche sont un exemple de pluridisciplinarité. Jean-Claude Risset a ainsi créé une école de pensée et de créativité où la France occupe une place de premier plan. Il incarne, par l’originalité de ses activités et de sa créativité, un exemple remarquable de rencontre " transdisciplinaire", associant les nouvelles technologies, l’art et la science.

Biographie
Né le 13 mars 1938 au Puy
1957-1961 Ecole normale supérieure, Agrégé de sciences physiques (1961)
1967 Docteur d’Etat ès sciences physiques
Études musicales : piano, écriture, composition avec André Jolivet

Carrière
Jean-Claude Risset mène une carrière de compositeur et de chercheur en informatique musicale

1961-1964 Attaché de recherche au CNRS, au Laboratoire d’électronique et de radioélectricité qui deviendra l’Institut d’électronique fondamentale d’Orsay.
1964-1969 Chercheur (mission de la Délégation générale à la recherche scientifique et technique) et compositeur, aux Bell Telephone Laboratories (USA)
1969 Chargé de recherche au CNRS à l’Institut d’électronique fondamentale d’Orsay. Conseiller scientifique au Centre national d’études des télécommunications
1971-1975 Maître de conférences de musique à l’U.E.R expérimentale et pluridisciplinaire de Luminy (département de musique), aujourd’hui Faculté des sciences de Luminy, Université de la Méditerranée. En 1972, il crée le “ laboratoire d’informatique et d’acoustique musicale ”qui sera hébergé en 1978 au Laboratoire de mécanique et d’acoustique du CNRS (Département des sciences pour l’ingénieur)
1975-1979 Directeur artistique du département “ Ordinateur ” à l’IRCAM
1979-1985 Professeur à l’Université d’Aix-Marseille
Premier président de la section “ Arts ” du Conseil supérieur des universités (1984)
1985-1999 Directeur de recherche au CNRS, au Laboratoire de mécanique et d’acoustique (LMA) à Marseille

Docteur Honoris Causa de l’Université d’Edimbourg (1994) - Visiting Professor, Stanford University (1971, 1975, 1982, 1986, 1998) - Composer in residence, Media Lab, M.I.T. (1987, 1989) - Kennedy Lecturer, University of California in Berkeley (1993) - Member of the Acoustical Society of America - Member of the Board of Advisors, The Theremin Center for Electro-Acoustic Music, Conservatoire de musique de Moscou - Member of the International Advisory Board, IDEAMA (International Digital Electro-acoustic Music Archive, Stanford et Karlsruhe) - Membre de la section française de la Société internationale de musique contemporaine.
Membre du comité éditorial de plusieurs revues internationales telles Computer Music Journal (M.I.T Press), Interface, Journal of New Music Research (Den Hague), Music Perception (University of California Press), Organised sound (York), Musicae Scientiae (The Journal of the European Society for the Cognitive Sciences of Music).

Œuvres
Signataire de plus de cent cinquante articles scientifiques et musicologiques publiés dans des revues françaises ou étrangères, parmi lesquels :

Synthèse par ordinateur de sons de trompette (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1966) - Sur certains aspects fonctionnels de l'audition (Annales des télécommunications, 1967) - Catalogue de sons synthétisés (1969, réédition Wergo, 1995) - Analysis of instrument tones (Physics Today,1969 avec M. Mathews) - Sons (Encyclopedia Universalis, 1973, mises à jour 1983, 1995) - Computers and future music (Science 1974, avec Mathews & Moore) - Musique, calcul secret (Critique, 1977) - Musical acoustics (Handbook of perception, Academic Press, 1978) - Les illusions auditives (Encyclopedia Universalis, 1979) - Le compositeur et ses machines (Esprit, 1985) - Computer music experiments, 1964-... (Computer Music Journal, 1985) - Son musical et perception auditive (Nuova Atlantide, Biennale di Venezia, 1986) - Arte e scienzia : musica elettroacustica numerica (Journal of the Acoustical Society of America, 1986) - Pitch and rythm paradoxes (Journal of the Acoustical Society of America, 1986) - Acoustique et musique : mutation vers le son numérique (Encyclopedia Universalis, 1990) - Composer le son : expériences avec l’ordinateur (Contrechamps, Genève, 1990) - Genèse et perception des sons (Publications du LMA, 1991) - Le son numérique : une acoustique affranchie de la mécanique (Journal de Physique, 1992) - Composing sounds with computers (Companion to contemporary musical thought, Londres, 1992) - Composing sounds with computer : music, science, technology (Leonardo, 1994) - Real-time performance interaction with a computer-controlled acoustic piano (Computer Music Journal, 1996, avec Van Duyne) - Composing sounds, bridging gaps : the rôle of the computer in my music (Musik und technik, Schott, Mainz, 1996) - Art, Science, Technologie (AST) (rapport d’étude, ministère de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie, 1998, 295 p, http://www.education.gouv.fr/rapport/risset/) - Exploration of timbre by analysis and synthesis (avec Wessel, in Deutsch, The psychology of music, Academic Press, 1999).

Compositeur d’œuvres pour instruments, voix, sons d’ordinateur et œuvres mixtes, parmi lesquelles :

o Little boy (1968), Songes (1979), Passages, pour fl. et bde (1982)-(CD Wergo 2013-50-1988) o Mutations (1969), Dialogues, pour 5 instruments et bde (1975), Inharmonique, pour soprano et bde (1977), Sud (1985)-(CD INA 1003, 1987) o Contours (1983)-(CD Neuma,450-71) o L’autre face, pour soprano et bde (1983)-(CD Wergo 227-2, CD Neuma 450-73) o Filtres, pour deux pianos (1984) o Voilements, pour saxophone et bde (1987)-(CD INA C2000) o Moments newtoniens pour 7 instruments et bde (1988)-(n°3 : CD Radio -France) o Phases, pour grand orchestre (1988) o Attracteurs étranges, pour clarinette et bde (1988), Invisible, pour soprano et bde (1996)-(CD Cultures électroniques 11, IMEB/UNESCO/CIME-CD GMEM O6 o Electron-Positron (Inauguration du LEP au CERN, 1989) o Duo pour un pianiste (CD Neuma 450-87, 1989) o Rounds, pour piano (1990)-(CD Copsi 13007) o Echo for John Pierce (1990)-(CD ICMA/PRCD 1300) o Luraï, pour harpe celtique et bde (1992) o Mokee, pour basse, piano et bde (1996) o Contre nature, pour percussion et bde (1996) o Avel (1997) o Elementa (1998).

Distinctions
Science : Prix Philips du Groupement des acousticiens de langue française (1967) - Médaille de bronze du CNRS (1971) o Médaille d’argent du CNRS (1986) - Prix Science pour l’Art LVMH, mention spéciale “ Arts et Sciences ” (1994).
Musique : Premier Prix du concours de piano UFAM (1963) - Lauréat du Concours international de musique électronique de Dartmouth (1970) - Premier prix de la musique numérique au Concours international de Bourges (1980) - Grand Prix de la promotion de la musique symphonique de la SACEM (1981) - Prix Ars Electronica (Golden Nica, Autriche, 1987) - Grand prix national de la musique (1990) - Euphonie d’or (1992) - Grand Prix Musica Nova, Prague (1995) - Prix EAR de la Radio hongroise (1997) - Prix Magisterium de l’Institut international de musique électroacoustique de Bourges (1998).

Officier des Arts et Lettres (1986) - Chevalier de la Légion d’honneur (1989)