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Communiqué de presse A la suite du séisme d'Izmit | |||
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Paris, le 15 mars 2000 |
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Ces dernières années, le Français Geoffrey King et l'Américain Ross Stein ont mis au point une méthode dite des " contraintes de Coulomb " qui permet, son nom l'indique, de calculer les variations de contraintes associées aux séismes qui se produisent dans les quinze premiers kilomètres de la croûte terrestre. A la suite d'un tremblement de terre, il est alors possible de localiser les zones où les augmentations de contraintes sont maximales, et où un futur séisme a de fortes chances de se produire. Les chercheurs du CNRS - du laboratoire de Tectonique et mécanique de la lithosphère de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) et de l'Observatoire des sciences de la Terre de Strasbourg - ont appliqué cette méthode à la faille nord anatolienne et aux événements de 1999, en collaboration avec leurs collègues turcs. Le séisme
d'Izmit de magnitude 7.4 et celui de Düzce de magnitude 7.2, survenu
3 mois après celui d'Izmit, sont les derniers d'une séquence
de grands séismes qui se poursuit le long de la faille Nord Anatolienne,
dont la vitesse moyenne de glissement est de 2 à 3 cm/an. Depuis
le grand tremblement de terre d'Erzincan en 1939, 6 séismes de
magnitude 6 à 7, et 3 séismes de magnitude supérieure
à 7 se sont succédés d'est en ouest, rompant la faille
sur une portion de plus de 900km. Selon les résultats des chercheurs,
le séisme d'Izmit s'est ébranlé dans la zone où
l'augmentation de contraintes due aux séismes précédents
était la plus importante. La rupture s'est propagée sur
au moins 110 km avec 4 segments principaux (portions de faille) et un
glissement atteignant 5 mètres. Ce séisme a relâché
les contraintes accumulées sur les segments de failles qui ont
rompu et augmenté les contraintes en extrémité de
la rupture (de 1 à 5 bars) à l'est. Là où
le séisme de Düzce s'est initié, et à l'ouest,
en mer de Marmara. Le fonctionnement de ce système de failles a pu être précisé en prenant en compte les séismes de magnitude supérieure à 6, survenus depuis 1700. La description des dommages permet de cerner la région épicentrale, d'estimer une magnitude probable et d'attribuer, avec plus ou moins de certitude, chaque séisme historique à un ou plusieurs segments de faille. Suite aux effets cumulés du séisme d'Izmit et des séismes qui se sont produits depuis 1700, la région où les augmentations de la contrainte de Coulomb sont les plus significatives s'étale sur 160 km en mer de Marmara. Les segments de failles dans ce bassin qui n'ont pas produit de forts séismes depuis 233 ans sont donc les plus dangereux. C'est là que les prochains séismes sont à attendre. La prise de conscience de ce risque de fort séisme dans la région de Marmara, non loin d'Istanbul a conduit le ministère français et ses partenaires Turcs à mettre en place une coopération, dont l'animation est confiée à l'Institut national des sciences de l'Univers du CNRS, afin d'intensifier les recherches tant sismologiques que tectoniques sur les risques sismiques en Turquie, et notamment en mer de Marmara. Cette région d'Europe faisait déjà l'objet de l'intérêt des chercheurs des sciences de la Terre Française. Les événements sismiques et les résultats récents conduisent la France à intensifier et coordonner les recherches dans cette région.
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La faille nord anatolienne est représentée en noir, les segments rompus en 1999 sont en blanc. Les zones rouges sont celles où les contraintes sont plus élevées que la région environnante et celles qui sont en bleu-violet, les zones où les contraintes sont relâchées. En haut, la figure montre l'état des contraintes avant le séisme d'IZMIT, en bas la situation actuelle prenant en compte la sismicité historique. |
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Contact département
des Sciences de l'Univers INSU - CNRS : |