Une
équipe de chercheurs franco-allemands vient de mettre au
point une nouvelle technique d'usinage des matériaux à
l'échelle micrométrique et submicrométrique
: le micro usinage électrochimique. Elle consiste à
reproduire, directement et sans application d'un masque, la forme
d'une électrode-outil sur une pièce à usiner.
La méthode repose sur la localisation d'une réaction
électrochimique (dissolution ou dépôt) au
voisinage immédiat de l'outil par application d'impulsions
de tension ultra courtes d'une durée de quelques nanosecondes.
Un contrôle tridimensionnel de l'outil permet d'usiner tout
matériau conducteur ou semi-conducteur avec une précision
largement inférieure au µm (micromètre). Ces
travaux, auxquels a participé Philippe Allongue, directeur
de recherche au CNRS, laboratoire de Physique des Liquides et
Electrochimie (CNRS - Paris), sont publiés dans Science
le 7 juillet 2000.
L'usinage
des matériaux à l'échelle micrométrique
et sub-micrométrique est considéré comme
l'une des technologies clefs du futur pour fabriquer des dispositifs
miniaturisés en biologie, en médecine, pour les
mécanismes de commande ou les micro réacteurs chimiques.
Plusieurs
techniques d'usinage existent déjà. La lithographie
est sans aucun doute la plus connue car elle est largement employée
dans l'industrie microélectronique. Quelle que soit la
méthode employée, l'usinage consiste à répliquer
un motif à l'aide d'un masque de transfert. Cela requiert
plusieurs étapes plus ou moins complexes selon les dimensions
latérales du motif et la précision désirée.
Les techniques de lithographie sont très bien maîtrisées
puisque l'on approche une largeur de trait ~ 0.3 µm en production.
La lithographie permet cependant la réalisation de structures
qui sont essentiellement bidimensionnelles.
Dans
le cas particulier du silicium, il est possible de construire
des structures tridimensionnelles par gravure chimique anisotrope
en solution couplée à des étapes de gravure
plasma. De multiples étapes technologiques plus ou moins
complexes (masquage, implantation ionique, wafer bonding etc.)
sont néanmoins nécessaires à la réalisation
de ce type de structures. La forme des cavités reste, en
outre, largement imposée par la réactivité
du cristal vis-à-vis des solutions de gravure qui révèlent
certains plans cristallins. L'usinage tridimensionnel des métaux
ne peut actuellement être mis en uvre avec cette technique.
Le
micro usinage électrochimique est une technique entièrement
nouvelle qui repose sur une idée très simple. La
méthode consiste à appliquer des impulsions de potentiel
entre deux conducteurs immergés dans une solution électrolytique
et connectés à un potentiostat. Le courant transitoire
qui apparaît, traduit l'existence de la capacité
de double couche électrochimique (C) à chacune des
interfaces conducteur / électrolyte. Il en résulte
une distribution spatiale du potentiel entre les deux électrodes
car la constante de temps t ~ r L C dépend du chemin suivi
par les lignes de courant (r est la résistivité
de la solution, L la distance entre deux points pris sur l'une
et l'autre électrode et C la capacité de double
couche) : on voit que t augmente avec la distance L. Ainsi, avec
une résistivité de solution de r = 30 W.cm, C =
10 µF/cm2 (microfarad/cm2) pour des électrodes métalliques
et une impulsion de durée t ~ 30 ns, les électrodes
ne seront totalement polarisées que dans les régions
distantes de moins de ~ 1 µm entre l'une et l'autre électrode.
Au-delà, la double couche ne sera que partiellement déchargée
voire pas du tout.
Le
micro usinage électrochimique tient au fait que la réaction
électrochimique devient localisée sur la même
distance L ~ 1 µm, parce que la cinétique d'une réaction
électrochimique dépend exponentiellement de la chute
de tension aux bornes de la double couche. Celle-ci n'est égale
à la tension appliquée extérieurement que
lorsque la double couche est entièrement déchargée.
En d'autres termes, en régime transitoire la chute de tension
n'est établie que pour des distances L < t / r C. Au
delà de cette distance aucune réaction ne peut avoir
lieu.
Ce
nouveau procédé de micro usinage offre la possibilité
de réaliser des structures tridimensionnelles, sans application
d'un masque, sur tout métal et tout semi-conducteur. Il
doit également permettre d'atteindre une précision
d'usinage de l'ordre de 10 nm (nanomètres) avec des impulsions
de 100 ps (picosecondes) avec un électrolyte 0.3 M (molaire).
Références
: Electrochemical Micromachining, Rolf Schuster, Viola Kirchner,
Philippe Allongue, et Gerhard Ertl, Science, 7 juillet 2000.
Rolf Schuster, Viola Kirchner, Philippe Allongue, et Gerhard Ertl