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Que l'enquête commence !
La prochaine étape consiste à donner un sens à ces mots. Quelle stratégie la fillette va-t-elle développer pour deviner le sens des mots ? Comment fera-t-elle la relation entre un mot et son sens sans outil référentiel ?
Connaissez-vous la signification de « coquecigrue » ? Oui, si comme la plupart d'entre nous, vous êtes allés chercher sa définition dans un dictionnaire. Mais si celui-ci sert à caler votre box internet qui malheureusement vient de tomber en panne, comment pouvons-nous faire le lien entre sa forme, cet assemblage de sons, et son sens ? C'est impossible car le lien entre la forme d'un mot et son sens est arbitraire. Pour les curieux désireux de briller en société, « coquecigrue » signifie baliverne mais cela désigne également un oiseau imaginaire…
Pour deviner le sens d'un mot grâce à son contexte, Dorothée va procéder au repérage d'un même mot dans plusieurs situations différentes et chercher les points communs.
Pour voir à quel point c'est facile (ou difficile !), une chercheuse de l'université de Pennsylvanie, Lila Gleitman, a eu l'idée de placer des étudiants d'université dans la peau d'un bébé : ils regardaient la vidéo d'une maman qui jouait avec son bébé, tout en lui parlant. A partir de six clips vidéos dans lesquels la maman prononçait chaque fois le même mot, ils devaient deviner son sens. Le son était coupé, bien sûr (les étudiants, eux, connaissent déjà les mots de l'anglais !) mais un bip sonore leur annonçait le moment où le mot-mystère était prononcé. Les résultats sont frappants : pour les noms, qui désignent des objets concrets, les étudiants devinaient correctement environ une fois sur deux ; pour les verbes – qui désignent des actions – leur réponse n'était correcte que 10% du temps ! Par contre, si on leur donnait en plus la structure syntaxique des phrases dans lesquelles ces mots avaient été prononcés, leur performance augmentait considérablement, jusqu'à 60% de bonnes réponses.
Pour les enfants aussi, analyser la structure syntaxique des phrases dans lesquelles ils entendent un mot nouveau serait une grande aide pour deviner son sens…
Tentons l'expérience avec les camarades de Dorothée et formons deux groupes :
Une dame, une chercheuse déguisée en maman, place les enfants de chaque groupe face à un écran qui projette l'image d'une fleur qui tourne sur elle-même.
Le premier groupe entend : "regarde, elle dase ! tu la vois qui dase ? Elle dase encore là !". Nous les adultes, en entendant ce mot nouveau à la place d'un verbe, conclurions que daser signifie tourner. Qu'en pensent les enfants ?
© Claudia Balasoiu - Fotolia.com
Lorsqu'ils ont le choix entre deux fleurs, l'une qui tourne et l'autre pas, et qu'on leur demande "laquelle dase ?" ils pointent le doigt vers la fleur qui tourne – comme s'ils pensaient que daser veut dire tourner. Mais ils pourraient aussi choisir la fleur qui tourne simplement parce que c'est 'la même' que tout à l'heure.
Pour vérifier ça, le deuxième groupe entend lui aussi le mot dase, mais dans des phrases légèrement différentes : "regarde la dase ! tu la vois, la dase ? La dase est encore là !". Cette fois, nous les adultes pensons que dase (qui est un nom), veut dire fleur. Et nos jeunes observateurs, qu'en pensent-ils ? Lorsqu'on leur laisse le choix entre deux fleurs, l'une qui tourne et l'autre pas, et qu'on leur demande de pointer vers la dase, est-ce que comme les enfants du premier groupe ils choisissent la même fleur ? Pas du tout ! Les enfants de ce groupe répondent soit en montrant les deux fleurs, soit en montrant celle qui fait une action nouvelle (plus intéressante que l'autre)
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