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RA2012

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Vers une « Open science » ? Le monde de l’édition scientifique subit de profondes mutations. À l’heure d’Internet, les publications circulent souvent librement sur la toile. Cette évolution vers l’Open access, saluée par la majorité des acteurs, soulève néanmoins la question de l’évaluation par les pairs. Et oppose partisans des modèles Green et Gold. Un débat qui a marqué l’actualité 2012. «L’information scientifique est un bien commun qui doit être disponible pour tous. » Cette récente déclaration de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, qui fait écho à celle de la Commission européenne, pose la question du libre accès aux travaux des chercheurs. Le travail du chercheur passe par la nécessaire confrontation à l’avis des pairs. La diffusion des travaux par le biais des publications, de manière usuelle, et leur validation après correction ou leur invalidation par les pairs permet à la recherche d’avancer. Le système éditorial (publication, édition, secrétariat éditorial, allers et retours avec les pairs) a été pris en charge depuis des dizaines d’années par les revues scientifiques, qui revendent ce service aux bibliothèques universitaires ou de recherche par le biais d’abonnements dont le coût pèse lourd aujourd’hui sur le budget des organismes. « Pour le CNRS – au seul niveau central – ils représentent un budget annuel de l’ordre de 12 M€ ! » explique Serge Bauin, à la tête de la Direction de l’information scientifique et technique (DIST). Or, le développement du web a modifié les comportements, l’accès à l’information se veut libre et immédiat ; beaucoup de contenus circulent souvent gratuitement, souvent avant même d’avoir été publiés sous forme d’articles de revues. Davantage d’avantages La Déclaration de Berlin, datée de 2003 et signée par le CNRS dès l’origine, définit l’Open access comme la nécessité de pouvoir accéder librement en ligne aux résultats de la recherche. Aucun obstacle financier, juridique, technique ou organisationnel ne devant entraver cette liberté. « Dès le début des années 1990, le laboratoire de Los Alamos au Nouveau Mexique a ouvert un espace disque afin de permettre aux physiciens de déposer des preprints et d’offrir cette littérature en accès gratuit, se souvient Serge Bauin. Avec ArXiv, l’Open access était né. » Accélération du rythme et de l’efficacité de la recherche, visibilité accrue des auteurs, impact renforcé des contenus… Ce nouveau mode de diffusion des productions scientifiques offre de multiples atouts. Il respecte en premier lieu un principe simple : ce que la recherche publique a financé et produit doit être accessible à tous gratuitement. Il supprime également les barrières géographiques et disciplinaires : dans le schéma classique, un article sur les pollens ne serait publié que dans les revues de biologie alors qu’il intéresse principalement les archéologues et les géologues. « Le libre accès s’avère également source d’innovation : les PME qui n’ont pas les moyens de s’abonner à toutes les revues scientifiques – on en dénombre plusieurs dizaines de milliers ! – peuvent ainsi accéder à toute la littérature et valoriser les découvertes, ajoute Serge Bauin. Sans compter qu’en élargissant le lectorat, il favorise l’émergence de nouveaux talents. » Un autre aspect de la déclaration de Berlin concerne le libre accès aux données de recherche. Si on veut pouvoir reproduire une expérience, intégrer des résultats acquis à d’autres projets, encore faut-il que les données soient disponibles, ce qui est aujourd’hui encore loin d’être la règle en dehors de certaines spécialités comme l’astronomie, la physique des hautes énergies, la génétique et quelques autres. Le graal de l’Open access est atteint lorsque les publications sont parfaitement liées aux données. Il convient cependant d’ajouter un bémol : tout ne peut pas être rendu public, pour d’évidentes raisons de sécurité par exemple. « Alors que le modèle économique de l’information scientifique et technique vit une profonde mutation, le CNRS s’organise pour que ses publications continuent à refléter au mieux l’excellence de sa recherche. » Joël Bertrand, directeur général délégué à la science 70 Une année avec le CNRS 2012


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