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RA2012

Vers une « Open science » ? ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- ISTEX ou la grande bibliothèque numérique du futur ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- La grande affaire de l’année écoulée aura indéniablement été le lancement en avril 2012 du projet du programme d’Investissements d’avenir nommé ISTEX pour Initiative d’excellence de l’information scientifique et technique. D’une durée de trois ans pour un budget total de soixante millions d’euros, porté par le CNRS, il consiste à acquérir des collections rétrospectives de revues auprès d’éditeurs afin de les intégrer dans une immense bibliothèque numérique spécialement élaborée à cette fin. « Il ne s’agit en aucun cas d’un énième portail d’accès ou d’une simple compilation, précise Serge Bauin, mais de la construction d’une véritable base de données organisée, riche de plusieurs millions de documents et partagée par l’ensemble de la communauté scientifique. Les chercheurs pourront en effet travailler, compléter et enrichir ce fonds documentaire unique, désormais possédé par la communauté de la recherche et de l’enseignement supérieur publics. La plateforme spécialement créée pour l’accueillir sera intégrée aux environnements numériques déjà existants. » Accès systématique vers le texte intégral du document, moteur de recherche puissant et adapté, services de traitement des données, confort de navigation entre les ressources courantes et les collections rétrospectives, accès à distance et pérenne par tous les membres des établissements d’enseignement supérieur et de la recherche… la liste est longue des applications qui seront proposées par cette plateforme, dont la mise en oeuvre est programmée pour 2014. Trois partenaires participent à cette aventure numérique aux côtés du CNRS : l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes), en charge des négociations avec les éditeurs et des acquisitions, le consortium Couperin dédié à la définition des besoins et des ressources éligibles, et l’Université de Lorraine agissant pour le compte de la Conférence des présidents d’université (CPU) pour le développement des services à valeur ajoutée. L’Institut de l’information scientifique et technique (Inist) du CNRS, quant à lui, est chargé de développer et de mettre en oeuvre la plateforme qui accueillera l’ensemble du projet. Un comité exécutif, composé des quatre partenaires, supervise l’avancée des travaux, tandis que les acquisitions sont sous le contrôle du comité de pilotage de l’infrastructure nationale « bibliothèque scientifique numérique » ou BSN. La première phase du projet – une grande enquête sur les besoins des chercheurs – s’est achevée fin 2012 et les premières négociations avec les éditeurs ont débuté. 2012 Une année avec le CNRS 71 Green ou Gold ? Depuis la création d’ArXiv, de nombreuses initiatives ont vu le jour selon divers modèles d’organisation des tâches. On les résume souvent à deux modèles : Green, où le chercheur dépose librement ses articles dans une archive ouverte à tous, financée par les institutions de recherche et Gold, où le journal offre un accès gratuit. Dans la version Gold, se pose la question du modèle économique. Par exemple, certains éditeurs demandent à l’auteur – ou plus souvent à son employeur – de payer, généralement fort cher, pour la diffusion de ses publications en ligne, à la manière de la publication à compte d’auteur. « En créant HAL en 2000, le CNRS a permis au modèle Green de trouver sa plateforme de dépôt ou de construction d’archives institutionnelles ou thématiques », souligne le directeur de la DIST. Fin 2012, cette plateforme pluridisciplinaire, développée par le Centre pour la communication scientifique directe (CCSD), une unité propre du CNRS, accueillait près de 230 000 documents en accès ouvert. Le 2 avril 2013, le CNRS, l’Agence de mutualisation des universités et établissements (Amue), la Conférence des présidents d’université (CPU), la Conférence des grandes écoles (CGE) et vingt-deux établissements ont décidé par convention d’utiliser HAL comme support commun de dépôt de leur production scientifique. Dans une optique Gold, le CNRS s’est associé avec l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Aix Marseille Université et l’Université d’Avignon dans OpenEdition, un programme innovant de publication scientifique fondé sur un modèle de plateforme d’édition de revues scientifiques en libre accès, porté par l’unité mixte Cléo (Centre pour l’édition électronique ouverte). L’établissement n’a toutefois pas arrêté définitivement sa position définitive entre Green et Gold : n’y a-t-il que des archives ouvertes d’un côté (Green), et des revues entièrement subventionnées ou encore à compte d’auteur de l’autre (Gold) ? Sans doute pas, et il convient de laisser proliférer les initiatives. Si le principe de la généralisation de l’Open access est acquis, la gratuité d’accès soulève la question de l’évaluation par les pairs (peer review). Comment contrôler les contenus et certifier les publications ? Cette question n’est pas aujourd’hui résolue. De nombreux projets existent, fondés par exemple sur l’idée d’épi-journal (overlay journal), où l’évaluation par les pairs fait suite à la publication dans une archive ouverte au lieu d’être un préalable à la publication dans un périodique. Les projets fourmillent pour le développement de l’accès ouvert. Le CNRS, via sa Direction de l’information scientifique et technique, en est un acteur majeur. Outre les actions structurantes déjà citées, comme le CCSD et le Cléo, on peut citer entre autres sa participation aux deux groupes de travail de Science Europe (qui rassemble cinquante-et-une agences de financement ou organismes de recherche) sur l’Open access aux publications d’une part et aux données de recherche d’autre part ; à COAR (Confederation of Open Access Repositories) qui regroupe près d’une centaine d’archives ouvertes du monde entier ; à MedOANet, projet européen lancé en 2011 pour une durée de deux ans qui vise à promouvoir et à harmoniser les politiques de libre accès dans le sud de l’Europe ; à OpenAire, initiative de la Commission européenne pour assurer l’accès aux publications issues des financements du programme-cadre, et à OpenAireplus, son pendant pour les données… D’autres projets démarrent, comme SCOAP3 en physique des hautes énergies, ou la Research Data Alliance, au niveau mondial, pour les données de recherche. L’information scientifique, au coeur de l’activité de recherche, est en pleine révolution, et le CNRS y occupe pleinement sa place.


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