N° 269I Novembre-décembre 2012 Décryptage | 17 Géologie Certains experts, tel le géologue Bruno Goffé, souhaitent que la recherche publique poursuive l’évaluation des techniques liées à l’exploitation des gaz de schiste. Gaz de schiste : faut-il poursuivre les recherches ? Par charlINe ZeItouN œuvre de la technique, par exemple de la L14 septembre dernier, lors de la seraient pas insurmontables. commentevitesse de pompage de l’eau »,Bruno Goffé. Autrement dit, selon lui,ces risques inhérents à la fracturation neenvironnementale.chef de l’État a tranché leeconférence « Dans l’état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l’exploita- Ce quePeutLa reCherChe tion des gaz et huiles de schiste par fractu- Pour le géologue, plusieurs voies pour- ration hydraulique est exempte de risques raient être explorées.« Tout d’abord, on lourds pour la santé et l’environnement », peut remplacer les produits chimiques a déclaré François Hollande. Cette tech- utilisés pour la fracturation hydraulique nique, la seule aujourd’hui connue et uti- par des produits compatibles avec l’envi- lisée, est donc désormais interdite en ronnement, comme par exemple des gé- Pix France, et toutes les récentes demandes de C lifiants agroalimentaires.En s’inspirant permis ont été rejetées. Pour autant, au © des zéolithes, minéraux microporeux, on q couches sein de la communauté scientifique, des sédimentaires explosions destinées à percer la paroi de peut aussi imaginer de nouveaux mé- voix s’élèvent pour dire qu’il est souhai- datant de plus ce tube. On injecte ensuite à haute pres- langes qui, une fois injectés, se cristalli- table de poursuivre les recherches sur de 300 millions sion des centaines de mètres cubes d’eau sent en un matériau poreux laissant cette potentielle ressource énergétique, en d’années et recelant mélangée à du sable et à des produits passer le gaz, mais bloquant les subs- du gaz de schiste. prenant bien sûr toutes les précautions (Ici, enoklahoma). chimiques de type gélifiants, pour que se tances polluantes. »D’autres techniques nécessaires. Le but : disposer à terme créent puis se propagent dans la roche des sont potentiellement utilisables selon d’une expertise publique transparente sur fissures et qu’elles restent ouvertes.« Par lui, mais n’ont encore jamais été testées. l’étendue réelle de cette ressource, les décompression, le gaz est alors entraîné Parmi elles : la méthode thermique, qui techniques d’exploitation envisageables vers la surface, avec l’eau d’injection et consiste à chauffer la roche pour en faire et leurs risques potentiels. Le géologue l’eau de la roche »,explique le chercheur. remonter l’eau, et avec elle les fameux Bruno Goffé nous livre son point de vue gaz.« Quoi qu’il en soit, il est indispen- sur ce sujet controversé. Ce qui faitPeur sable d’améliorer dès maintenant la D’importantes pollutions de la nappe connaissance du sous-sol, en mobilisant Comment ça marChe phréatique par le gaz, les produits la recherche fondamentale. C’est le devoir « Ces gaz sont prisonniers de roches peu poreuses, appelées roches- chimiques ou des dissolvants, se sont déjà de la recherche publique. Cela permet- mères, situées à une profondeur de 2000 à 3000 mètres, et ne produites. Mais pour le chercheur, ces ac- trait d’identifier et d’anticiper les pro- remontent pas tout seuls vers la surface, à la différence du gaz cidents ne doivent pas condamnera priori blèmes, d’adapter les réglementations et naturel couramment exploité »,résume le chercheur. Pour les la technique de fracturation : « Ils résultent d’assurer la surveillance et l’observation extraire, une solution consiste à fracturer la roche-mère pour de mauvaises pratiques, notamment aux sur le long terme », poursuit Bruno qu’elle laisse échapper le gaz. Pour y parvenir, on fore celle-ci, États-Unis où les exploitants, non Goffé. Cela permettrait aussi de faire on introduit un tube dans le puits, puis on provoque de petites contraints par des normes publiques progresser la connaissance et l’estima- aussi strictes qu’en France, ont pu réaliser tion des ressources, renouvelables et non des forages mal étanchéifiés ou utiliser renouvelables, du sous-sol français. improprement des produits dangereux, Bruno GoffÉ parfois déversés directement dans les ce spécialiste des ressources géologiques cours d’eau. » Autre menace :« la fractu- est délégué scientifique à l’Institut ration a déjà causé des séismes de faible coNtact : national des sciences de l’univers (Insu) magnitude, notamment en Suisse, en centre européen de recherche ducNrS et directeur de recherche aucerege et d’enseignement des géosciences (cNrS/universitéaix-marseille/Ird/ France et en Angleterre. Je pense cepen- de l’environnement (cerege),aix-en-Provence collège de France). DR dant que ces risques sont contrôlables car > goffe@cerege.frBruno Goffé ils dépendent fortement de la mise en
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