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n° 269I nOvEmBrE-dÉcEmBrE 2012 Le grand entretien | 19 « Cela fait partie du “mythe de Gaulle” avec l’Allemagne nouvelle, ou le Bureau international de d’alléguer que tout a découlé liaison et de documentation, ils éditent des revues, organisent des conférences qui parlent du pays de l’autre. Les jumelages franco-allemands non plus n’ont pas attendu le traité de l’Ély- DR du traitésée : le premier date de 1950, et est conclu entre Montbéliard q corinedefrance, et la ville allemande de Ludwigsburg où de Gaulle fera son laboratoire Irice3. de l’Élysée. »historienne au fameux discours à la jeunesse allemande le 9 septembre 1962. Cependant, des coopérations ont été développées en matière Quelques mois plus tard, le Traité est signé. Quels d’armement ou d’exercices communs. Certaines initiatives ont domaines de coopération vise-t-il précisément ? d’ailleurs une forte charge symbolique : pour la défense, on C. D. : Le traité en lui-même est un document court. Dans une peut citer, en 1989, la création de la brigade franco-allemande première partie, il pose le principe d’une consultation régu- qui compte près de 5000 hommes. L’année 2003 marque un lière, avec l’organisation de sommets franco-allemands deux tournant, quand les deux pays expriment leur opposition à fois par an. Leur cercle sera sans cesse élargi : d’abord, il ne l’intervention en Irak. Ce rapprochement décide la France et concernera que les chefs d’État et de gouvernement, puis cer- l’Allemagne à fêter en grande pompe les 40 ans du traité de tains ministres, et enfin, les gouvernements tout entiers. La l’Élysée, cette même année : les deux Parlements français et coopération, abordée dans la deuxième partie, est limitée à allemand sont réunis à Versailles pour une session exception- trois secteurs : la politique étrangère, la défense et la sécurité, et nelle. À défaut d’une véritable diplomatie commune, on décide enfin, l’éducation et la jeunesse. Dans un premier temps, la la création du Fonds de l’Élysée, qui finance des projets cultu- jeunesse est le seul domaine dans lequel les résultats sont vi- rels communs dans des pays tiers. Bien que cela ne relève pas sibles. L’Office franco-allemand pour la jeunesse (Ofaj), créé du Traité au sens strict, il faut également mentionner le rôle lors du premier sommet de juillet 1963, fait se rencontrer plus moteur du binôme franco-allemand dans la construction eu- d’un million de jeunes en à peine cinq ans. C’est une action ropéenne à partir des années 1970. C’est à celui-ci que l’on doit énorme et massive ! À ce jour, huit millions de jeunes, issus de notamment le Système monétaire européen, initié par le tan- toutes les catégories sociales, ont profité de ces programmes. dem Giscard-Schmidt, et la création de l’euro, fortement pous- sée par le duo Mitterrand-Kohl. Pour mémoire, Mitterrand et en dehors des rencontres de jeunes ? avait fait de la monnaie commune la condition à la réunifica- C D : Après une première décennie difficile, les tandems tion de l’Allemagne. Giscard-Schmidt, et surtout Mitterrand-Kohl, inaugurent une phase de relations intenses. Ils font véritablement décoller et aujourd’hui ? Quel avenir se profile pour le couple la coopération dans l’éducation, mais aussi dans la culture, franco-allemand dans l’europe des Vingt-Sept ? initialement omise du traité. L’idée d’une chaîne franco- C D : On est face à un vrai paradoxe. D’un côté, il y a un risque EINBILD allemande, Arte, est lancée en 1986, pour une première diffu- de banalisation des relations franco-allemandes, les jeunes sion en 1992. Dans l’enseignement supérieur et la recherche, générations, pour qui cette bonne entente va de soi, ne voyant t ULLS la coopération s’accélère en 1988. Les cursus intégrés franco- pas plus de raisons de privilégier les liens avec l’Allemagne allemands se développent (ils concernent aujourd’hui 180 éta- qu’avec la Grèce ou l’Italie… De l’autre, le moteur franco-  blissements des deux pays et plus de 5 000 étudiants), et des allemand n’a jamais été aussi essentiel à la bonne marche de  © organismes de recherche communs sont fondés, comme le l’Europe. En ces temps de crise, je ne vois pas d’autres pays Centre Marc-Bloch2, à Berlin. Pour l’enseignement secondaire, susceptibles de prendre la relève. on crée au début des années 1990 les classes Abibac, dans les 1.RobertSchumanétaitalorsleministrefrançaisdesAffairesétrangères. deux pays, préparant à l’obtention simultanée du baccalau- 2. CentreMarc-Blochalestatutd’« unitémixtedesinstitutsfrançaisderecherche réat et de l’Abitur (son équivalent allemand), mais aussi les desAffairesétrangèreseteuropéennes. communeauCNRSetauministèrestructured’unes’agitil:(Umifre)l’étranger »à classes européennes où des disciplines comme l’histoire ou 3. laboratoireIdentités,relationsinternationalesetcivilisationsdel’Europe(Unité CNRS/UniversitéParis-I/UniversitéParis-Sorbonne). la géographie sont enseignées dans la langue du partenaire. Les domaines de la défense et des relations internationales semblent nettement moins actifs… cOnTAcT : Identités, relations internationales et C D : Ce démarrage laborieux est dû à des divergences de fond. civilisations de l’Europe (Irice), Paris Pendant la guerre froide, la RFA est très liée aux États-Unis et à > corine.defrance@wanadoo.freCorine Defranc l’Otan, alors que la France se montre plus indépendante.


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