w 38 | cnrsI LE JOUrnAL Culture Événement Edgar Morin, chapitres d’une vie existentielles que j’ai vécues auprès de la jeunesse américaine, ce moment d’ébullition, mais aussi la découverte d’auteurs qui ont véritablement changé ma pensée. La plupart de mes journaux sont comme ça : un mélange d’événe- ments de ma vie quotidienne et de ré- flexions plus ou moins profondes. Il y a aussi les épreuves personnelles, comme la maladie puis le décès de mon épouse… Je trouve très utile de prendre de la distance avec moi-même, d’objec- tiver en quelque sorte ma subjectivité. Considérez-vous que ces journaux sont un moyen plus accessible pour le lecteur de vous découvrir ? E. M. : Sûrement, même si je les ai écrits avant tout pour moi, et avec d’autant plus de plaisir que je suis quelqu’un qui aime thèque jouer avec les mots et les formules. Ainsi, même mes ouvrages « sérieux » comme O t O La Méthode5 sont pénétrés de subjectivité NRS littéraire. Je ne suis pas mécontent qu’avec c cette parution, mon aspect « écrivain » ressorte également. © ProPos rECuEillisPAr LAUrE cAILLOcE Le journal tenu par le philosophe q Permettant pendant cinquante ans est publié point sur ce qui était essentiel pour moi. penseur de plus près, 2.Le Vif du sujet,Seuil,1969,chaquetome. 1982.Seuil,Pointsréed.29,50 €Seuil,296 p.),(t. 2,1d’approcher le grandJournal 1992-2010et200 p.),1t. 1,Journal, 1962-1987 (1.dans le Midi, j’ai eu besoin de faire le aux Éditions duseuil. Quand j’ai entrepris cette réflexion, je ce texte mêle 3.Journal de Plozévet,Éd.del’Aube,2001. ces deux tomes1 rassemblent sortais de la vie végétative, je me prome- histoires 4.La Méthode,coffret6Seuil,1970. 2008.Seuil,tomes,Journal de Californie,5. des textes inédits et déjà parus. nais au soleil… Cela a donné un journal et réflexionpersonnelles de renaissance et de rencontres, publié philosophique. Avez-vous tenu des carnets sous le titreLe Vif du sujet2. Depuis, j’ai personnels toute votre vie ? continué, par intermittence, dans des Edgar Morin : J’ai commencé adolescent moments particuliers ou stimulants. pour y consigner mes états d’esprit, mes pensées, mes lectures… J’étais fils Cela vous a-t-il aidé dans votre unique, très solitaire, et ma mère est travail d’intellectuel ? morte quand j’avais 10 ans. Je me suis in- E. M. : En 1965, j’ai tenu un journal d’en- terrompu en 1942, quand je suis entré quête sociologique, le Journal de Plozévet3, dans la Résistance. Vingt années sans qui était un véritable instrument de tra- journal se sont alors écoulées. Puis, en vail. Relevant d’une autre approche, le 1962, j’ai été hospitalisé pour une grave Journal de Californie4, écrit pendant l’an- hépatite qui m’a plongé quinze jours née que j’ai passée dans cet État, en 1969- dans le coma. Pendant maconvalescence 1970, relate à la fois les expériences
JDC269
To see the actual publication please follow the link above