n° 270I JAnVIEr-féVrIEr 2013 Portrait | 29 w tombe alors sur un prospectus de la mé- avec des étrangers ! » En 1982, on lui pro- « J’ai commencé à traduire des textes thode Assimil couvert de mystérieux pose un poste d’assistant à l’université de pour moi, afin d’être sûr de les com- idéogrammes et n’a de cesse d’en percer Provence. Un an plus tard, il soutient sa prendre intimement », précise-t-il. le secret. Son bac en poche, il part étu- thèse sur le thème de la littérature de re- Quand les commandes d’éditeurs com- dier le mandarin à l’université de portage chinoise et devient dans la fou- mencent à affluer, la traduction devient Provence – son professeur n’est autre que lée enseignant-chercheur. une aventure de couple. « Ma femme, le traducteur officiel du président de la Son nouveau statut lui ouvre grand rewriteuse et correctrice dans l’édition, République! –, puis à Paris. En 1975, il est les portes de la Chine. « À partir de là, j’ai était titulaire d’une licence de chinois. Je le troisième étudiant de France à décro- eu la chance de m’y rendre régulièrement, faisais le premier jet car j’étais meilleur cher le CAPES de chinois : il devient pro- jusqu’à trois ou quatre fois par an ! » Il qu’elle en chinois, elle repassait derrière fesseur de lycée à Bordeaux, puis à Lyon. moi car elle était meilleure en français, Mais la Chine, Noël Dutrait ne la dé- « Ce n’est pas moi qui puis nous faisions ensemble une dernière couvre vraiment que quelques années lecture à voix haute… » plus tard, grâce à un stage de deux mois ai découvert Mo Yan en 1979, et ça a été une vraie claque, se Nobel2012. En revanche, Son activité de traducteur lui permet desNrivaiéCe desNCfiaNoCaL « C’était.proposé aux jeunes professeurs souvient-il. Le pays sortait à peine de la j’ai commencé à traduire nouer des relations privilégiées avec les Révolution culturelle. L’un de nos profes- écrivains, qu’il rencontre régulièrement, seurs chinois a fondu en larmes quand Gao Xingjian Nobel2000 en France ou en Chine. « Il y a quelques la première fois qu’il était autorisé à sortir alors qu’il n’avait pas d’éditeur. » années, la ville oùnous a emmenés visiter romans. ses toussitue il Yan MoGaomi, C’était restaurant. au invité l’avons nous Lors d’une soirée arrosée, j’ai vraiment eu mène une belle carrière universitaire. Il l’impression de me retrouver dans son devient professeur des universités et as- roman Le Pays de l’alcool ! » Gao sume de nombreuses responsabilités : Xingjian, dont il a assuré la plupart des directeur du département de chinois, traductions françaises, a quant à lui in- d’UFR et même vice-président de l’uni- sisté pour que le traducteur espagnol de versité. Ses voyages lui permettent de La Montagne de l’âme travaille depuis la poursuivre simultanément ses re- version française des Dutrait… cherches sur la littérature contempo- Le sinologue ne se lasse pas des nou- raine chinoise. « À la fin de la Révolution veaux défis. Nommé il y a un an à la tête culturelle, on a assisté à une véritable ex- de l’Institut de recherche sur l’Asie, il a plosion des œuvres de fiction. Les Chinois désormais pour mission de faire travailler n’en pouvaient plus des livres de propa- ensemble littéraires, anthropologues, his- gande. Ils ont découvert les romans toriens, sociologues… Un beau chal- étrangers et se sont mis à écrire avec fré- lenge!« Je ne sais pas si je vais encore avoir nésie ! » Il hante les librairies de Chine à le temps de traduire des romans », s’in- la recherche des nouveaux talents et y quiète celui qui se verrait bien ne faire découvre des auteurs comme A Cheng plus que cela, une fois la retraite venue. ou Gao Xingjian, notamment. 1.UnitéCNRS/Aix-MarseilleUniversité. 2.Paruen2002auxÉditionsPhilippePicquier,etréédité Littérature eN vogue enversionaugmentéeen2006. En 1988, le festival « Les belles étran- gères », organisé par le ministère de la Culture, fait venir des écrivains chinois en France. L’événement marque le début d’un véritable engouement pour cette URNAL littérature dans l’Hexagone. Le sinolo- jo LE gue ne cessera plus d’enchaîner les CNRS conférences et les colloques ; il multiplie UR les articles et ouvrages de recherche, tel cOnTAcT: o P FRANCESCHI sonPetit précis à l’usage de l’amateur de Institut de recherche sur l’Asie, Marseille littérature chinoise contemporaine2, et se > noel.dutrait@univ-amu.frtutraidNoël lance avec passion dans la traduction. ©
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