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N° 271 I mars-avril 2013 Actualités | 11 w Biologie En réactivant chez des souris des séquences génétiques de virus présentes dans leur A DN, des chercheurs ont induit un hépatocarcinome. Cancer : les chercheurs suspectent de très vieux virus Par khei ra be ttayeb Les rétrovirus sont des types de virus capables d’intégrer leur génome à celui de la cellule qu’ils infectent, afin d’en détourner les ressources et de se multiplier. Depuis des millions d’années, les mammifères ont accumulé dans leur ADN des milliers de séquences génétiques provenant de ces virus. Appelés rétrovirus endogènes ou rétrotransposons, ces reliquats d’anciennes infections sont maintenus inactifs par nos cellules grâce à de complexes mécanismes moléculaires. Des chercheurs de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC)1, à Illkirch, viennent de faire une avancée importante concernant des rétrotransposons particuliers, de la famille des VL30. Ils ont découvert que leur réactivation chez la souris peut induire un cancer du foie (hépatocarcinome). Mieux : ils ont réussi à décrypter le processus moléculaire menant à ce dangereux réveil2. Ces travaux sont d’une importance capitale pour la recherche sur les causes des cancers : « Ils montrent qu’il ne faut plus sous-estimer la possible implication des rétrovirus endogènes  », souligne Irwin Davidson, à l’IGBMC. Le chercheur et ses collègues ont mis en évidence que deux protéines, TRIM24 et TRIM33, sont cruciales pour maintenir inactifs les gènes des VL30. « Normalement, ces deux protéines exercent cette “répression” en s’associant entre elles, puis en se fixant sur une troisième molécule, le récepteur de l’acide rétinoïque, lequel contrôle l’activation des gènes des VL30, précise Irwin Davidson. Mais si les gènes codant pour TRIM24 et TRIM33 sont inactivés par une mutation, cette répression  est levée. Alors, les éléments VL30 dans le génome sont transcrits en  ARN , puis rétrotranscrits en ADN. Cet ADN s’accumule à l’intérieur des cellules du foie. » Ces dernières se mettent alors à fabriquer des molécules immunitaires spéciales, des cytokines inflammatoires, normalement secrétées lors d’une infection virale (alors que ce n’est pas le cas ici). Les cytokines favorisent le développement d’une réaction immunitaire d’inflammation. Et c’est cette inflammation qui peut finir par favoriser le développement d’un cancer... Pour arriver à décrypter ce mécanisme, les chercheurs ont utilisé des souris modifiées génétiquement dont les gènes codants pour TRIM24 et TRIM33 sont éteints. Puis grâce à de puissantes techniques de génomique à haut débit permettant l’étude simultanée de l’ensemble des gènes du génome, ils ont évalué les effets de ces mutations sur l’expression des gènes des VL30 et des gènes induisant la production de cytokines. Ces travaux font suite à une étude publiée en 2007 par une autre équipe de l’IGBMC, celle de Régine Losson. Celle-ci avait montré que l’inactivation du gène de TRIM24 provoquait un hépatocarcinome, grâce à un processus impliquant le récepteur de l’acide rétinoïque. En 2011, une seconde étude, publiée par l’équipe d’Irwin Davidson elle-même, avait mis en évidence le même résultat, mais pour TRIM33. Voilà pourquoi dans leur nouvelle étude, les biologistes se sont focalisés dès le départ sur les protéines TRIM24 et TRIM33. L’équipe cherche maintenant à savoir si l’inactivation simultanée de TRIM24 et TRIM33 pourrait favoriser des cancers dans des organes autres que le foie. 1. U nité CNRS/Inserm/Université de S trasbourg. 2. « T rim24-repressed V L30 retrotransposons regulate gene expression by producing noncoding RNA », Nature Structural & Molecular Biology, le 3 février 2013. ARN. Acide ribonucléique. q C ellule cancéreuse du foie en train de se diviser. Co ntact : Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire, Illkirch Irwin Davidson > irwin.davidson@igbmc.fr © S . Gschmeissner/spl/cosmos


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