N° 271 I mars-avril 2013 Le grand entretien | 19 discussions montrent, par exemple, que les gens se passionnent pour la globalisation, dont ils ont pourtant assez peur. Et qu’ils n’ont aucune confiance dans leur gouvernement. Voilà qui pourrait amorcer des études sur ces thèmes. Nous avons beaucoup travaillé sur la méthodologie, ce qui a rendu les données particulièrement riches. Nous avons ainsi spécifiquement constitué vingt-quatre groupes de six à huit personnes afin que le dialogue soit le plus fluide et le plus ouvert possible. Les groupes devaient être homogènes socialement – car les façons de parler diffèrent beaucoup d’un milieu social à l’autre – et comporter des personnes d’avis opposé sur diverses questions politiques, outre celles concernant l’UE. Vous dites que les chercheurs sont réticents à diffuser leurs entretiens et observations. Pourquoi ? Y a-t-il d’autres obstacles à la création d’un outil de partage comme BeQuali ? S.D. : Les chercheurs évoquent des questions de déontologie, considérant que les personnes se confient à eux et à personne d’autre. Sur le terrain, il semble pourtant que les personnes ont plutôt le sentiment de se confier « à la science ». Or la banque ne sera ouverte qu’aux chercheurs et assimilés, qui s’engageront à respecter l’anonymat des interviewés. L’autre réticence est liée à des questions de méthode. Tout travail de terrain est en effet une interaction entre le chercheur et le milieu où il investigue. Le contexte est capital. C’est pourquoi « Les études qualitatives montrent qu’en fait, les citoyens ne se méfient pas de l’Europe, ils s’en désintéressent. » dans BeQuali nous réalisons une « enquête sur l’enquête » – avec notamment une interview du chercheur qui explique sa démarche – pour rendre compréhensibles les documents archivés. Il existe depuis quinze ans en Angleterre un outil de partage de données qualitatives, mais sans cette approche. Aujourd’hui, les progrès dans le domaine du numérique permettent d’innover dans notre discipline. C’est l’occasion pour la France d’être moteur dans ce domaine. 1. Institut des sciences sociales du politique (Unité CNRS / U niversité Paris-Ouest- Nanterre-La Défense / ENS Cachan). 2. Réalisée en partenariat entre le CNRS, Sciences Po Paris, le FNRS, l’université catholique de L ouvain et l’université d’Oxford. 3. Citizens’ Reactions to European Integration Compared : Overlooking Europe, S. Duchesne, E. Frazer, F. Haegel et V. Van Ingelgom, éd. Palgrave Macmillan. À paraître l’été prochain, en français, aux éditions L ’Harmattan. 4. L a banque d’enquêtes qualitatives BeQuali est développée au sein du Centre de données socio-politiques (CDSP), unité mixte de service CNRS à Sciences Po, par Guillaume Garcia, Anne Both, Sarah Cadorel et Sophie Duchesne. Co ntact : Institut des sciences sociales du politique, Nanterre Sophie Duchesne > sduchesne@u-paris10.fr © T. Peter /Reuters
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