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| Stratégie w 30 cnrs I LE JOUNR AL Inauguration Le Collège de France ouvre son nouvel Institut de physique. Serge Haroche1, Prix Nobel de physique 2012, nous présente ce vivier de talents. Prestigieuse pépinière accueille jeunes physiciens Propos recueillis par lau re cailo ce Dès l’été, une nouvelle structure va voir le jour au Collège de France : l’Institut de physique du Collège de France (IPCF). De quoi s’agit-il exactement ? La création de l’IPCF répond à la volonté du Collège de France de redevenir un acteur à part entière de la recherche en physique, en accueillant dans ses laboratoires des chaires de recherche expérimentale. Cela fait plusieurs années – depuis la période de Pierre-Gilles de Gennes et Marcel Froissart –, qu’on n’y faisait plus d’expériences pour cause d’installations trop vétustes. La rénovation du site historique de Marcelin- Berthelot dans le Ve arrondissement à Paris, décidée il y a quelques années, a été l’occasion de construire des laboratoires flambant neufs pouvant accueillir plusieurs centaines de chercheurs. Trois chaires existantes seront réunies au sein de l’Institut de physique : la chaire théorique d’Antoine Georges, qui traite de la physique de la matière condensée, et les chaires expérimentales de Jean Dalibard et de moi-même, qui portent sur les atomes et le rayonnement et sur la physique quantique. Mais pas question pour Jean et moi de nous couper du Laboratoire Kastler-Brossel2 auquel nous resterons rattachés. Nous en constituerons une autre antenne, comme il en existe déjà une à Jussieu. L’IPCF présente une originalité de taille : il accueille un incubateur pour jeunes chercheurs, développé en partenariat avec le CNRS… La convention de partenariat entre le Collège de France et le CNRS a été signée le 4 février, donc notre « hôtel à projets », selon le terme consacré, a désormais une existence officielle ! L’objet de cette unité de service et de recherche (USR), dirigée par Michel Brune, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Kastler-Brossel, est simple : permettre à des jeunes chercheurs de développer des recherches nouvelles, originales et indépendantes. Pour cela, nous allons mettre à leur disposition les moyens humains et techniques nécessaires. À quoi ressemblera cette structure ? Nous envisageons d’accueillir cinq jeunes chercheurs, mais pas nécessairement dans nos domaines de prédilection que sont la physique quantique et la matière condensée, car nous restons ouverts aux autres secteurs de la physique, en particulier à ceux qui sont aux interfaces avec la chimie et la biologie. Chaque chercheur bénéficiera d’une équipe de trois personnes, composée d’un post-doc et de deux étudiants en thèse. Il aura accès aux ingénieurs et techniciens et aux ateliers de l’IPCF : atelier de mécanique, d’électronique et service informatique. S’il s’agit d’un projet expérimental, il bénéficiera en plus d’un budget de démarrage de plusieurs centaines de milliers d’euros destiné à acheter les équipements qui lui seront nécessaires. Le contrat sera de quatre ans, renouvelable une fois. Mais nous espérons bien que nos recrues nous quitteront avant, preuve que leurs recherches auront intéressé des laboratoires  ! Le succès d’une entreprise comme la nôtre se mesurera à son « taux d’évaporation », si l’on peut dire. Pourquoi cet effort particulier en direction des jeunes chercheurs ? En France, il est aujourd’hui assez difficile pour les jeunes scientifiques de faire leurs preuves. Il y a ceux qui enchaînent les post-doc et les contrats courts, et ceux qui trouvent un poste stable et bénéficient de la sécurité de l’emploi, mais qui doivent patienter des années avant de pouvoir travailler sur leur propre thème de recherche. Nous proposons de créer une situation intermédiaire, qui leur permette de voler rapidement de leurs propres ailes et de libérer leur créativité. Avec cette structure, nous rapprochons la recherche française de ce qui se fait déjà à l’international  : les «  junior scientists  » de la Société Max-Planck à Munich, notamment, ou du Weizmann Institute en Israël… 01 Façade du bâtiment accueillant le nouvel Institut de physique. 02 Serge Haroche devant un bureau témoin, en cours d’aménagement. 01 02 © P. Imbert/Coll ège de Franc e


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