N° 271 I mars-avril 2013 Stratégie | 33 w lma a l’oeil sur les étoiles et submillimétriques, autrement dit, l’infrarouge lointain : une partie du spectre de la lumière correspondant aux phénomènes froids de l’Univers. Cet équipement exceptionnel va aussi permettre aux scientifiques d’explorer la chimie du milieu interstellaire où se forment des molécules organiques complexes, notamment précurseurs des acides aminés qui servent de briques de base au vivant. Les yeux du radiotélescope seront également précieux pour distinguer les plus anciennes galaxies, apparues alors que l’Univers n’était âgé que d’un milliard d’années. « Les processus d’apparition des galaxies sont encore très mal connus. Alma aidera à les comprendre », précise Laurent Vigroux. Enfin, l’instrument géant n’aura pas son pareil pour percer les nuages de gaz et de poussière, opaques à la lumière visible, dans lesquels naissent les étoiles et les systèmes planétaires. À dire vrai, la moisson d’Alma a déjà commencé. Ainsi, en n’utilisant que seize antennes parmi la cinquantaine déjà en place sur le plateau, les astrophysiciens ont déjà pu établir la carte la plus précise jamais obtenue de la dynamique du gaz au sein d’une galaxie : « et en particulier de la région centrale de celle-ci, où l’on peut observer comment le gaz s’effondre vers le trou noir », explique Laurent Vigroux. Les spécialistes ont aussi quantifié le contenu en gaz, l’âge et le taux de formation d’étoiles dans une vingtaine de galaxies, telles qu’elles étaient moins d’un milliard d’années après le Big Bang. « Il y a eu également d’intéressants résultats sur l’éjection de matière froide par des étoiles vieillissantes », précise l’astrophysicien. Il souligne : « On a encore du mal à imaginer le potentiel de découverte d’Alma. On sait juste que c’est quelque chose de fantastique. » Et ça commence maintenant ! 1. Unité CNRS/UPMC. Co ntact : Institut d’astrophysique de Paris Laurent Vigroux > vigroux@iap.fr La France s’engage dans le projet de télescope géant EE LT w Lors du conseil de l’Observatoire européen austral (ESO) du 4 décembre dernier, la France a voté oui à la participation au projet de télescope géant EELT (European extremely large telescope). « C’est une étape très importante, car sans la France, le projet est infaisable », explique Laurent Vigroux, directeur de l’Institut d’astrophysique de Paris. Désormais, la construction de ce télescope équipé d’un miroir de 39,3 mètres, le plus grand du monde, est assujettie à la confirmation de l’accord du Royaume-Uni et à l’adhésion du Brésil à l’ESO. Réponse probable au prochain conseil de l’ESO, en juin. Si elle est positive, la révolution astronomique de la prochaine décennie sera en route. 01 01 Alma se compose d’un réseau de 66 antennes mobiles. 02 Le radiotélescope a déjà commencé à livrer des images. Celle qui figure ci-dessous révèle une structure en spirale inédite dans la matière environnant la vieille étoile R Sculptoris. 02 © A LMA (ESO/NAO J/NRAO )/C. Padill a © A LMA (ESO/NAO J/NRAO )/M. M aercker et al.
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