N° 271 I mars-avril 2013 Un jour avec… | 37 un jour avec… Par Gaëlle Fornet Philippe Gaucher 6 h 00 Réveillé par les singes Réveillé par le chant guttural des singes hurleurs, Philippe Gaucher quitte son hamac. Au coeur de la forêt guyanaise, sa journée commence tôt sur le camp Inselberg de la station de recherche des Nouragues. Dans l’édifice en bois recouvert d’un simple toit qui sert de pièce à vivre, deux collègues qui travaillent de nuit sur les chauves-souris, préparent le petit déjeuner. Autour de la table s’échangent les dernières nouvelles : cette fois-ci, ils sont parvenus à capturer une espèce rare, un Vampirum spectrum, prélevé dans le cadre d’un programme de suivi de populations. Le directeur technique de la station des Nouragues enrage ! Il ne pourra pas le contempler : après avoir été mesuré, le spécimen a déjà été relâché. directeur technique 8 h 00 Installer une nouvelle plateforme Remis de sa déception, Philippe Gaucher attaque son premier dossier de la journée. Aujourd’hui, il escorte Élodie Courtois, jeune ingénieure de recherche, à quelques centaines de mètres du camp, pour installer une station d’acquisition de données climatiques. Elle travaille sur le projet d’ANAEE-services qui met en réseau, au niveau national, des plateformes expérimentales afin d’étudier la biologie des écosystèmes continentaux. 10 h 00 relever les données Le scientifique rejoint maintenant une grotte où nichent les chauves-souris. Il vient effectuer des relevés de capteurs environnementaux et prélever les déjections. Des données destinées à une étude pilote dirigée par le chercheur Pierre Taberlet1, qui s’intéresse à l’identification de la biodiversité à travers les fragments d’ADN contenus dans le milieu naturel. Grâce à deux missions déjà réalisées dans la réserve naturelle des Nouragues, l’équipe française est en effet leader mondial sur cette approche. 12 h 00 Pause déjeuner C’est la collation de midi. « Les tâches ménagères font l’objet d’un tableau de service tournant entre ceux qui séjournent sur le camp, quel que soit leur statut », précise Philippe Gaucher. Ensuite, petite sieste : « quelques minutes, précise-t-il, pour compenser les effets des nuits courtes et de la chaleur écrasante en journée ». 14 h 00 Dans le nid d’un rapace Appel radio de Saut Pararé, le deuxième site de la station des Nouragues, distant de 8 km (trois heures de marche !). Philippe Gaucher est appelé « pour installer une caméra sur le nid d’un rapace, afin de suivre la nidification ». Il est en effet un expert du tir à l’arbalète, atout précieux pour arrimer aux arbres le matériel de grimpe. Quand l’opération se termine, il a juste le temps de rentrer, car il est attendu ce soir à Cayenne. Audessus de la forêt, le vrombissement de l’hélicoptère se fait déjà entendre. 19 h 00 accueillir les nouveaux Après une demi-heure de vol, Philippe Gaucher replonge au coeur de la civilisation. Il dîne avec des « missionnaires » (chercheurs en mission) arrivés de métropole. Demain, ils rejoindront les Nouragues. Lui restera à Cayenne, pour une réunion avec des industriels et un expert de l’Insu venu de Brest, sur l’équipement Copas2. Ensemble, ils vont étudier le déploiement sur site d’un système de câbles reliant trois pylônes de 45 mètres de haut. Une nouvelle mission où l’on pourra compter sur l’expérience de Philippe Gaucher, récompensé en 2012 par le Cristal du CNRS. 1. Ce chercheur du Laboratoire d’écologie alpine (CNRS/Université Joseph- Fourier/Université de Savoie) mène cette étude dans le cadre du programme Metabar financé par l’ANR. 2. Le dispositif Copas (Canopy Operating Permanent Acces System) offrira un accès aérien permanent à la canopée. Contact : CNRS Guyane, Cayenne Philippe Gaucher > philippe.gaucher@cnrs-dir.fr © photos : g. forn et sa mission Cet ingénieur de recherche au CNRS est le directeur technique de la station scientifique des Nouragues, en Guyane française. A vec son équipe, il accueille et organise les séjours de chercheurs et d’étudiants qui travaillent sur l’écologie tropicale. Il supervise l’entretien de la station et accompagne la mise en place de nouveaux équipements scientifiques.
JDC271
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