N° 271 I mars-avril 2013 L’événement | 7 cellules souches afin qu’elles remplacent les neurones détruits, et cela, même à un âge avancé. L’autre voie est, en comprenant les mécanismes responsables de la mort neuronale, de parvenir à les stopper, afin d’enrayer l’évolution de la maladie. Mais nous n’en sommes encore qu’au stade des manipulations cellulaires in vivo. Les protocoles cliniques restent encore à développer. Vos équipes ont contribué de façon significative à identifier de nombreux gènes impliqués dans certaines formes de la maladie de Parkinson et dans la sclérose en plaques. Avez-vous aussi développé des méthodes cliniques pour contrecarrer les effets de ces maladies ? B. Z. : Pour contrer les mouvements anormaux induits par la maladie de Parkinson, nous développons une technique appelée « stimulation cérébrale profonde ». En plaçant dans le cerveau des électrodes réglées à une certaine fréquence, on peut réduire les tremblements. Cette approche thérapeutique se développe aussi dans le domaine neuropsychiatrique et une de nos équipes a été la première à tester avec succès cette technique dans les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Plusieurs équipes travaillent par ailleurs sur la sclérose en plaques, cette maladie qui touche la myéline, c’est-à-dire la gaine entourant les axones qui permet d’accélérer la transmission de l’influx nerveux. Nos chercheurs développent des stratégies thérapeutiques visant à la reconstituer. Elles consistent notamment à stimuler la production des cellules qui synthétisent la gaine de myéline. Malgré plusieurs décennies de recherches cliniques et théoriques, le pronostic vital des patients atteints de certaines tumeurs cérébrales ne s’est pas beaucoup amélioré. Comment l’expliquez-vous ? B. Z. : C’est vrai. Les chirurgiens savent aujourd’hui très bien pratiquer une exérèse, c’est-à-dire ôter la tumeur, mais celle-ci récidive trop souvent, car on ne sait pas éradiquer les cellules souches tumorales. Dans notre centre de recherche, les équipes de neuro-oncologie expérimentale travaillent particulièrement sur ce problème. Elles étudient les mécanismes qui transforment une cellule saine en une cellule tumorale, et tentent de localiser les cellules souches tumorales. Qu’en est-il des maladies neuropsychiatriques, comme la schizophrénie par exemple ? Font-elles l’objet de recherches au CRI CM ? B. Z. : En préambule, rappelons que le « traitement moral », amorce des approches psychothérapeutiques modernes, a été introduit par Philippe Pinel, médecin chef de La Salpêtrière (1795), qui a délivré les patients psychiatriques de leurs chaînes. L’évolution a conduit, en 1968, à séparer neurologie et psychiatrie en deux disciplines, dont on sait aujourd’hui qu’elles sont intimement liées. Au CRICM, nous sommes conscients de l’importance du champ de recherche neuropsychiatrique. C’est un des défis que nous nous fixons pour l’avenir, avec les travaux expérimentaux portant sur la réalité virtuelle et aussi l’émergence d’une jeune équipe qui focalise ses recherches sur la physiopathologie des syndromes dépressifs. Un mot enfin sur les progrès de l’imagerie médicale, un enjeu transversal à toutes ces recherches ? B. Z. : Les avancées récentes de l’imagerie sont spectaculaires. Le CRICM est réputé pour la magnétoencéphalographie (MEG), une technique qui avance à pas de géant. Elle est un très bon complément de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et de l’IRM fonctionnelle, qui permet d’observer les zones du cerveau activées à la suite d’un stimulus. Si la résolution spatiale des examens par IRM est excellente, la résolution temporelle est médiocre : 1 à 2 secondes se passent entre le moment où la zone s’active et où l’on parvient à la localiser. C’est là qu’intervient la magnétoencéphalographie : elle permet de localiser, en une milliseconde (soit quasiment en temps réel), les zones stimulées grâce aux faibles champs magnétiques que génère le cerveau en activité. Développer ce genre de technique reste indispensable pour une compréhension fine de l’organisation et du fonctionnement du système nerveux. 01 Préparation d’un cerveau de souris qui sera congelé puis coupé en tranches d’une dizaine de micromètres d’épaisseur. 02 Avec pince et scalpel, d’autres coupes sont disséquées pour en extraire une région contenant des cellules souches. 03 Ces cellules sont ensuite observées au microscope à fluorescence. « Développée pour la maladie de Parkinson, la stimulation cérébrale profonde a été testée avec succès sur les TOC. » © photos : c . frésillon/CNRS P hotothèque 02 03 À voir sur le journal en ligne : la suite du reportage photo dans ce centre de recherche. Co ntact : Centre de recherche de l’institut du cerveau et de la moelle épinière, Paris Bernard Zalc > bernard.zalc@upmc.fr
JDC271
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