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N° 271 I mars-avril 2013 Actualités | 9 w Au Japon, les citoyens s’inves tisse nt eux-mêmes dans l’évaluation (mairies, départements, régions…), autorités de contrôle (Autorité de sûreté nucléaire, Direction des affaires sanitaires et sociales, Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement, Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement…), professionnels utilisant des éléments radioactifs (comme les hôpitaux), ou exploitants (EDF, Andra, Areva…) et associations antinucléaires. « Le recours à la plateforme relève d’un besoin de crédibilité  », analyse le physicien. Le réseau Becquerel opère ainsi le suivi radioécologique à long terme des sept centrales nucléaires d’EDF implantées sur les bassins de la Loire et de la Garonne. « Subatech effectue les prélèvements, la spectrométrie gamma, ainsi que les mesures de tritium et des émetteurs alpha et bêta. L’Institut de physique nucléaire de Lyon dose le carbone  14. Et la spectrométrie gamma in situ est réalisée par l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien, à Strasbourg, détaille Patrick Chardon. Tout cela illustre les synergies qui s’opèrent à travers le réseau. » Autres exemples ? La réalisation de contrôles inopinés sur des installations nucléaires pour le compte de l’ASN, ou les mesures radiologiques effectuées autour de la centrale du Blayais à la demande d’une association. « De fait, nous avons constaté que la robustesse de nos mesures n’est remise en cause par personne  », se félicite Patrick Chardon. DES Te chniques de pointe Si le réseau est expert en mesures de « routine », il propose également ses services pour des missions nécessitant des développements scientifiques et techniques de haut vol. Ainsi, fin décembre 2012, plusieurs plateformes du réseau ont signé un marché-cadre avec EDF pour la réalisation de l’inventaire radiologique précis de toutes ses centrales en démantèlement. « L’histoire radiologique de l’ensemble des installations concernées est parfois mal connue, et des mesures difficiles devront être réalisées. Ce type de projets qui nécessitent le concours de plusieurs laboratoires et la capacité d’innover font tout l’intérêt du réseau », analyse le chercheur de Subatech. Réciproquement, le réseau Becquerel profite aux chercheurs de l’IN2P3. Les contrats passés avec les clients engendrent bien sûr des ressources pour les laboratoires. Mais ils sont aussi une opportunité de développer des collaborations scientifiques avec de nouveaux partenaires. « Nos prestations sont autant d’occasions de valoriser nos compétences, indique Patrick Chardon. Et peuvent par exemple déboucher sur la mise en place de thèses, en cotutelle avec des industriels. » Mieux : la « force de frappe » déployée par sept laboratoires en réseau permet de participer à des projets plus ambitieux. « Pour répondre à l’appel à projets post- Fukushima de l’ANR, nous avons mobilisé le réseau et les équipes de recherche associées. Nous avons aussi pu y intégrer un volet dans le domaine des sciences humaines et sociales, sur les thématiques de l’acceptation par les populations locales des activités  de  remédiation   », souligne  Patrick Chardon. Face à l’intérêt du réseau, ses acteurs ont décidé d’étendre son offre. Ils espèrent ainsi proposer avant la fin de l’année, en plus de l’activité de mesures, un volet analyse et interprétation. Le réseau sera alors en mesure d’instruire l’ensemble d’un dossier transmis par les autorités de sûreté. Et pourra devenir un acteur de premier plan des débats sur le nucléaire dans l’Hexagone. 1. U nité CNRS/École des mines de Nantes/ Université de Nantes. La catastrophe de Fukushima a fait naître un important mouvement de défiance de la population japonaise envers les acteurs de la filière électronucléaire et les autorités. « Dans ce contexte, les initiatives citoyennes pour l’information et la protection de la population se sont multipliées, notamment en ce qui concerne les mesures indépendantes de radioactivité », observe Cécile Asanuma-Brice, membre du Centre de recherches sur le Japon et du laboratoire international associé « Protection humaine et réponses au désastre, soin intensif en sociétés industrielles ». Ainsi, grâce aux mesures effectuées par les habitants, le professeur Koyama Ryôta, du département d’économie agricole de la faculté de Fukushima, a élaboré des cartes extrêmement précises des zones de radioactivité. Ce mouvement a contraint les autorités à fournir des données fiables de la répartition spatiale de la contamination. re médiation. Processus de réparation mené à l’aide de diverses techniques. q Les compétences du réseau Becquerel sont vastes : recherche de radioactivité dans l’environnement (01), dans des produits importés du Japon (02), mesures radiologiques à très bas seuil sur des matériaux (03), contrôle d’anciennes mines d’uranium (04), ou évaluation du milieu aquatique par prélèvement de poissons (05). 04 05 © subatech EN LI GNE. Le site du réseau : > http://reseau-becquerel.in2p3.fr © IPH C Co ntacts : Laboratoire de physique subatomique et des technologies associées, Nantes Patrick Chardon > patrick.chardon@subatech.in2p3.fr Bureau du CNRS à Tokyo Cécile Asanuma-Brice > asanuma-brice@cnrs.jp


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