N° 272 I aim -iju n 2013 Actualités | 11 w pas été déçus ! « Nous avons découvert des cailloux dont la forme indique qu’ils ont été roulés dans l’eau, preuve que Curiosity se trouvait alors dans un lit ancien de rivière ou de torrent », explique Michel Cabane, du Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales (Latmos)2, à Paris et Guyancourt. Ce n’est pas la première fois que les scientifiques montrent que de l’eau a coulé sur Mars. Mais, comme le détaille le chercheur, « à Glenelg, nous avons la preuve que de l’eau a coulé assez longtemps avec une vitesse et un flux importants, sur une profondeur d’au moins 10 centimètres. Ce qui est incompatible avec un écoulement engendré par un simple déséquilibre momentané. » des analyses pr ometteuses Michel Cabane poursuit : « Curiosity a ensuite étudié son premier caillou insolite, précisément une roche volcanique ressemblant à celles de l’éruption du mont Saint Helens, aux États-Unis, en 1980. » Pas de quoi documenter l’habitabilité passée de Mars, mais assez pour montrer que les divers instruments peuvent fonctionner ensemble et se complètent. Un banc de sable a donné l’occasion aux spécialistes de tester la capacité de leur robot à utiliser sa Co ntacts : Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales, Paris et Guyancourt Michel Cabane > michel.cabane@latmos.ipsl.fr Institut de recherche en astrophysique et planétologie, Toulouse Sylvestre Maurice > sylvestre.maurice@cesr.fr pelle mécanique pour ramasser des échantillons avant de les distribuer aux instruments chargés d’en faire l’analyse in situ. « Ce furent les premières analyses de sol faites par SAM, histoire de tester les capacités de l’appareil », indique Michel Cabane. Développé pour une partie par le Cnes, le Latmos et le Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques3, ce laboratoire portatif dispose d’un ensemble de fours capables de séparer les différentes molécules présentes dans une gangue rocheuse, en particulier les molécules carbonées associées à la vie, avant de les expédier vers trois instruments dédiés à leur caractérisation chimique et isotopique. tous les indices convergent Mais le ravissement est venu à la fin du mois de janvier pour les scientifiques. Curiosity explore alors un site appelé Yellowknife Bay, composé de roches d’allure sédimentaire présentant des craquelures avec un dépôt blanc. « Nous avons immédiatement pensé qu’il pouvait s’agir de sels laissés par de l’eau après évaporation », se rappelle Michel Cabane. Les instruments Chemin, Chemcam et APXS, puis Chemin et SAM se mettent alors au travail, ces deux derniers analysant en particulier un échantillon issu d’un forage. Conclusion : les chercheurs sont en présence de roches composées d’un mélange de boue et d’argiles contenant des sulfates et d’autres composés. Or le type d’argiles analysées se forme en présence d’eau relativement douce, et les sulfates de calcium sont le signe d’une eau au pH neutre ou à peine basique. De plus, les minéraux observés, présentant un niveau d’oxydation bas, auraient pu être oxydés par des micro-organismes pour en tirer de l’énergie, comme le font sur Terre, par exemple, les bactéries chimiolithotrophes. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Pour les chercheurs : Curiosity apporte la preuve que Mars a présenté des conditions permettant l’émergence de la vie. Certes, depuis dix ans, les indices s’accumulaient : anciens lits fluviaux, présence de carbonates, d’argiles, possibles écoulements d’eau saumâtre intermittents dans des ravines… La mission Opportunity avait même découvert des roches formées dans un milieu aqueux. Sauf qu’elles étaient le fruit d’un milieu très acide et pauvre en énergie. Si bien que, comme l’explique Sylvestre Maurice, « c’est la première fois que l’ensemble des éléments nécessaires à l’émergence d’une chimie prébiotique qui a permis l’émergence de la vie sont observés en un même endroit sur Mars ». en route vers le mont sharp Mais attention, cela ne signifie pas encore que Mars a effectivement abrité la vie. « On a la preuve de l’habitabilité, souligne Sylvestre Maurice. Il faut désormais s’atteler à découvrir une chimie complexe du carbone. » De ce point de vue, les scientifiques placent leurs espoirs dans les mers de sulfates et d’argiles aperçues par les différentes sondes martiennes au sommet du mont Sharp, à l’assaut duquel Curiosity se lancera dans les prochains mois. « Là-bas, cela va être l’explosion, se réjouit le planétologue. Si on y découvre des molécules très complexes, voire une vie élémentaire, ce sera la cerise sur le gâteau. » En attendant, Curiosity a marqué une pause dans son exploration. La faute d’abord à des soucis informatiques, puis à une conjonction planétaire – Mars se trouvait cachée de la Terre par le Soleil en avril – qui a obligé à cesser toute communication avec le rover. Mais, dès le 1er mai, l’aventure devait reprendre. Et visiblement, elle ne fait que commencer. 1. Unité CNRS/Université Paul-Sabatier. 2. Unité CNRS/UVSQ/UPMC. 3. Unité CNRS/Upec/Université Paris-Diderot. 04 Au Fimoc (French Instrument Mars Operation Centre), à Toulouse, les données envoyées par l’instrument Chemcam sont analysées en temps réel. 04 © S. GIRARD/CNES © NASA/JPL-Cal tec h/MSSS
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