| Actualités w 12 cnrs I LE JOUNR AL Neurobiologie par Khei ra Bettayeb w Le cerveau ne serait pas aussi individualiste que prévu. Certes, lorsque la famine sévit, et selon la théorie du cerveau égoïste, il s’accapare en priorité les éléments nutritifs dont il a besoin, au détriment des autres organes. Mais une nouvelle étude, menée par Thomas Preat et Pierre-Yves Plaçais, du Laboratoire de neurobiologie1, à Paris, suggère qu’en cas de disette il diminuerait aussi sa propre consommation en cessant une de ses fonctions très énergivores : la capacité à mémoriser durablement, ou mémoire à long terme (MLT). Ces résultats ont été publiés dans la revue Science2 en janvier. Plus précisément, les deux scientifiques ont noté chez la mouche du vinaigre, la drosophile, que la MLT ne fonctionnait plus en cas de famine, ce qui permettait à l’insecte de rester vivant 30 % plus longtemps. Autant de temps gagné pour partir en quête de nourriture… « Notre étude indique que, dans un environnement hostile, le cerveau met en oeuvre une stratégie d’adaptation pour augmenter les chances de survie de l’individu », souligne Thomas Preat. Pour parvenir à leurs résultats, les chercheurs se sont intéressés aux neurones dopaminergiques – qui libèrent la molécule de dopamine – impliqués dans la formation de la MLT. Normalement, la formation de la MLT s’accompagne d’activations périodiques, ou oscillations, de ces neurones, comme l’a montré la même équipe en 2012. Or, chez des mouches affamées depuis vingt-quatre heures, les chercheurs ont observé que ces oscillations n’existaient plus. Ils les ont alors rétablies artificiellement. Et il est apparu que les mouches pouvaient former de nouveau de la MLT, mais au prix d’une diminution de leur durée de vie. « Il est possible que ce mécanisme, mis en évidence chez la drosophile, existe aussi chez les mammifères. Car, chez ces derniers, la MLT implique aussi des mécanismes neuronaux similaires à ceux de la drosophile », conclut Thomas Preat. 1. Unité CNRS/ESPCI ParisTech. 2. Science, 25 janvier 2013, vol. 339, n° 6118, pp. 440-442. Une amnésie bien utile Co ntact : Laboratoire de neurobiologie, Paris Thomas Preat > thomas.preat@espci.fr Cancer : les vaccins ont du nez par Élo ïse Layan w Certains vaccins anticancers seraient plus efficaces quand on les administre par le nez. C’est le résultat d’une étude menée chez la souris et publiée en février dans Science Translational Medicine1 par l’équipe d’Éric Tartour, du Paris-Centre de recherche cardiovasculaire, en collaboration avec des chercheurs du CNRS2. Les travaux portent sur les cancers dits muqueux, qui touchent le poumon ou les voies ORL (nez, oreilles, bouche). Ils ont permis de comparer deux modes d’administration : la voie intramusculaire et la voie intranasale. Résultat : vaccinés par voie intramusculaire, seuls 10 % des rongeurs ont vu leur tumeur régresser. Tandis que, par voie intranasale, ils étaient 50 % pour ceux qui avaient une tumeur pulmonaire, et même 90 % pour ceux qui avaient une tumeur ORL. Les vaccins anticancers visent à stimuler certaines cellules du système immunitaire, notam- ment les lymphocytes T-CD8, afin de faire régresser la tumeur. « Jusqu’à il y a peu, ces vaccins relevaient de l’utopie », rappelle Éric Tartour. Il y a deux ans, un vaccin efficace chez l’homme a bien été commercialisé contre le cancer de la prostate. Mais très peu d’essais concernaient les cancers muqueux, et les derniers tests, avec injection par voie intramusculaire, s’étaient soldés par un échec. Le mode d’administration apparaît ainsi comme un paramètre clé pour la réussite du vaccin. Dans leur étude prouvant l’efficacité de la voie intranasale, les chercheurs sont aussi parvenus à expliquer le mécanisme à l’oeuvre. Ils ont montré que vacciner dans la muqueuse du nez induit l’expression de certaines protéines, les intégrines CD49a. Ce sont elles qui favorisent la migration des lymphocytes T-CD8 vers la tumeur muqueuse où ils peuvent détruire les cellules cancéreuses. À l’inverse, le blocage de ces protéines réduit la pénétration des lymphocytes dans la tumeur muqueuse ainsi que leur activité antitumorale. « Nous avons aussi mis en évidence la présence de ces intégrines dans les tumeurs muqueuses de patients atteints de cancer du poumon », se réjouit le chercheur. Prochaine étape : un essai clinique sur l’homme. 1. Science Translational Medicine, 13 février 2013, vol. 5, n° 172. 2. Unité de pharmacologie chimique et génétique et d’imagerie (CNRS/Université Paris-Descartes/Inserm/Chimie ParisTech) et unité Compartimentation et dynamique cellulaires (CNRS/Institut Curie/UPMC). Biologie Co ntact : Paris-Centre de recherche cardiovasculaire Éric Tartour > eric.tartour@egp.aphp.fr Dans cet exemple, la vaccination par voie nasale (01) recrute bien plus de lymphocytes tueurs (en rose) contre les cellules tumorales (en bleu) que la vaccination intramusculaire (02). © p hotos : INSERM U970. Uni versit É Paris -Descartes vaccination par Voie intramusculaire 02 vaccination par Voie nasale 01
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