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| Le grand entretien w 18 cnrs I LE JOUNR AL Nucléaire Jacques Martino, directeur de l’IN2P3, nous parle du rôle que compte tenir le CNRS lors du débat public qui s’ouvre sur le stockage des déchets radioactifs. Le CNRS et le débat public sur les déchets radioactifs propos recueill is Par fabrice impériali Du 15 mai au 15 octobre doit se tenir un débat public sur la création d’un site profond de déchets radioactifs, à Bure, dans la Meuse. Ce projet, nommé Cigéo1, prévoit à partir de 2025 le confinement à 500 mètres sous terre des déchets les plus radioactifs de l’industrie nucléaire : les déchets de haute activité (HA) et les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL)2. Une majorité de citoyens français considère la question de la gestion des déchets radioactifs comme une véritable urgence. Jacques Martino, directeur de l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3), estime que le CNRS doit participer au débat public, mais s’en tenir strictement à son rôle d’informateur scientifique. Explications. Le CNRS est l’un des acteurs français de la recherche sur le thème du stockage des déchets radioactifs. Comment ses scientifiques peuvent-ils s’inscrire dans ce débat public ? Jacques Martino : Il est important d’abord de faire savoir que le CNRS travaille sur le sujet, et nous nous y employons. Il faut clairement rappeler que nos recherches se font aussi en collaboration avec tous les organismes et établissements français impliqués, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) plus principalement. Dans ce débat public, notre organisme doit être essentiellement un pourvoyeur d’informations et d’éclairages scientifiques. Son rôle est d’apporter les connaissances acquises par ses chercheurs et non de proposer une solution, car il n’est pas dans les attributions des chercheurs de faire des choix politiques pour les citoyens. Enfin, il s’agira de contribuer à ce que ce débat public sur la question des déchets radioactifs ne soit pas le prétexte d’une discussion centrée sur la poursuite ou non du nucléaire, la question du stockage des déchets se posant dans tous les cas de figure. Mais il s’agira surtout d’affirmer la nécessité de maintenir l’avenir de la recherche scientifique ouvert dans ce domaine très important. Justement, quelles sont les compétences du CNRS sur la question des déchets radioactifs ? J. M. : Les compétences acquises par notre organisme reposent sur un engagement de plus de vingt ans dans une très large gamme de disciplines scientifiques. Le CNRS a ainsi développé des connaissances et une compétence avérée sur les nombreuses questions que pose la gestion à long terme des déchets radioactifs, qu’il s’agisse des matériaux et ouvrages pour un site de stockage en couche géologique profonde, des techniques de  transmutation, du comportement des déchets, ou encore de la capacité du milieu géologique, mise en évidence notamment au CNRS, à isoler les  radionucléides  de la biosphère sur de très longues durées. Les recherches menées au CNRS dans ces domaines se caractérisent donc par une forte interdisciplinarité : de la physique nucléaire à la chimie en passant par les géosciences, les sciences des matériaux, la métrologie ou les sciences humaines et sociales qui ont clairement des questions à faire valoir et des données à fournir sur nos responsabilités à très long terme, nombreuses sont les disciplines qui ont été impliquées dans les travaux produits sur ces questions, notamment dans le cadre du programme interdisciplinaire Needs3. Pouvez-vous nous citer des exemples d’informations scientifiques que vous pouvez porter au coeur du débat ? J. M. : Nos travaux ont montré que les verres destinés au stockage géologique pourront résister à la corrosion complète plus de 100 000 ans. En outre, nous savons que l’irradiation n’a que peu d’influence sur la capacité des verres à immobiliser les radionucléides qu’ils contiennent. Nos chercheurs ont aussi contribué à prouver que les radionucléides les plus radiotoxiques, les actinides, sont ceux qui présentent la plus faible mobilité dans la roche argileuse d’un site de stockage. D’une façon générale, le CNRS a étudié la migration de tous les types de radionucléides avec une attention accrue. Selon nos études, le milieu géologique a une capacité à les isoler de la biosphère pour plus de 100 000 ans. Nous pouvons également expliquer nos recherches sur les techniques de transmutation des actinides comme procédé de réduction de la toxicité à long terme des déchets, tout en précisant que de telles techniques ne résolvent pas la question du stockage, car il restera des quantités non négligeables de radionucléides, comme certains fragments de fission, difficiles à transmuter, du moins selon nos méthodes actuelles. Enfin, nous pouvons apporter notre expertise sur le concept même de stockage géologique profond, sur ses améliorations possibles, sur la notion de réversibilité, etc. Parlons-en. Que savons-nous sur le stockage profond ? J. M. : Ce concept est la solution de référence préconisée par la loi pour la gestion des déchets hautement radioactifs. C’est nécessairement un point qu’il nous faudra éclairer lors de la discussion publique. Les connaissances actuelles sont suffisamment abouties pour permettre à l’Andra de proposer un centre de stockage. Il s’agira donc de souligner les atouts, mais aussi les possibilités encore ouvertes de cette solution de gestion à long terme. Et, en particulier, de mettre en évidence les acquis de © n . tiget/CNRS Photothèque


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