N° 272 I mai -iju n 2013 Le grand entretien | 19 la recherche et de préciser les thèmes qui font encore l’objet d’études. On pourra s’appuyer sur ce bilan scientifique pour questionner la manière dont le concept de stockage permet d’augmenter la sûreté des populations et des territoires, en comparaison avec les solutions temporaires d’entreposage. L’autre point à aborder est la nécessité de prendre une décision rapide concernant la construction d’un site de stockage géologique, alors qu’il n’accueillera les déchets les plus radioactifs que plusieurs dizaines d’années après son ouverture prévue en 2025, et dont l’exploitation durera une centaine d’années. Cette discussion amènera nécessairement à débattre des différentes options envisageables. La question du manque de retour d’expérience du stockage géologique sera discutée, et des stratégies différentes pourront aussi être envisagées, comme un stockage géologique de quelques décennies d’une partie des déchets couplé à un entreposage provisoire en surface. Enfin, la transmutation, thème de recherche important au CNRS, qui nécessitera également de trouver des solutions pour des déchets ultimes, pourra aussi être examinée comme une gestion complémentaire permettant l’optimisation des options de stockage. La réversibilité du stockage des déchets radioactifs sera également au centre du débat… J. M. : Effectivement, il convient de s’interroger sur l’importance à accorder au caractère réversible du stockage des déchets HA et MA-VL en profondeur et sur l’irréversibilité de fait impliquée par certaines contraintes des pratiques engagées aujourd’hui en amont du stockage géologique, liées au retraitement des combustibles irradiés et à la vitrification des déchets. Les inventaires des déchets déjà accumulés, l’évolution du milieu géologique et la chronologie des processus d’installation des déchets sont ici des paramètres également très importants. À la lumière de ces réflexions, la stratégie de retraitement et de vitrification des déchets pourrait alors évoluer dans la mesure où des solutions comme la transmutation, ou d’autres qui seraient encore à inventer, pourraient être éventuellement envisagées. Le CNRS peut-il rester neutre mais écouté dans ce type de débat forcément partisan ? J. M. : Oui, il le peut et le sera grâce à ses apports originaux sur le plan scientifique, que ce soit par exemple sur la migration des radionucléides, la technique de transmutation ou encore les enjeux sociétaux. Ses chercheurs de toutes disciplines qui entendent nourrir le débat sauront se montrer à l’écoute de la pluralité des arguments et de la diversité des compétences. Encore une fois, le rôle de l’organisme est de mettre à disposition de tous les acteurs et de tous les intéressés des éléments scientifiques, afin d’alimenter des discussions et d’améliorer la qualité des débats. Il est néanmoins clair et sain que des opinions plus personnelles soient aussi exprimées, du moment qu’elles sont étayées par des recherches. Dans un contexte de connaissances qui progressent encore, et face à une demande démocratique accrue et légitime, la science a une responsabilité vis-à-vis du public, défini comme l’ensemble de celles et ceux qui, générations présentes et futures, sont affectés par les décisions qu’elle oriente. 1. Centre industriel de stockage géologique. 2. Cette solution est proposée par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. E lle fait partie des pistes explorées pour trouver des solutions à plus long terme. Actuellement, en effet, les déchets radioactifs sont entreposés dans des installations prévues pour quelques dizaines d’années, alors qu’ils vont rester radioactifs plusieurs milliers d’années. 3. Dirigé par Bernd G rambow, Needs (Nucléaire : énergie, environnement, déchets, société) est un programme de la Mission pour l’interdisciplinarité du CNRS. Il comprend, entre autres, le projet Nucléaire, risques et société, piloté par Yannick Barthe et Romain G arcier. Co ntact : Institut national de physique nucléaire et de physique des particules, Paris Jacques Martino > jacques.martino@admin.in2p3.fr transmutation. Transformation d’un nucléide en un autre. Cette technique peut servir à réduire fortement la radiotoxicité et la charge thermique de certains déchets. radionucléide. Atome radioactif capable de se transformer en un autre. q Schéma des installations du projet Cigéo, composées de galeries d’accès et d’alvéoles de stockage pour les déchets, situées à 500 mètres de profondeur. © andra
JDC272
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