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| Portrait w 28 cnrs I LE JOUNR AL Climatologie Spécialiste mondial de l’évolution du climat, il est le premier Français à recevoir le prix Vetlesen, la plus prestigieuse distinction pour les sciences de la Terre. Jean Jouzel, Par denis del becq Lors de ma sortie de l’École supérieure de chimie industrielle de Lyon, en 1968, un industriel m’a fait une proposition. Si j’avais accepté, je serais peut-être en train de fabriquer des savonnettes », s’amuse Jean Jouzel. Heureusement, il a préféré la recherche. Ses travaux lui valent une renommée internationale et font de lui, à 66  ans, le premier Français à décrocher le prix Vetlesen, le “Nobel” des sciences de la Terre. L’enthousiasme de ce chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE)1, à Gif-sur-Yvette, n’a jamais faibli. Ce qui l’anime depuis toujours ? Mener l’enquête afin de découvrir le climat qui régnait autrefois sur Terre, et remonter toujours plus loin. C’était justement l’objectif du projet européen Epica qu’il a dirigé entre 1995 et 2001 : en forant la calotte glaciaire jusqu’à 3 270 mètres de profondeur, il s’agissait de reconstituer quelque 800 000 ans d’histoire climatique de l’Antarctique. « C’est cette collaboration, dont les résultats ont été publiés en 2007, que la fondation Vetlesen a récompensée en me décernant son prix cette année », explique-t-il, dans un sourire radieux. la recherche des temps perdus Jean Jouzel s’était déjà illustré en la matière… Avec la complicité du glaciologue Claude Lorius, il était le scientifique qui était remonté le plus loin dans l’histoire du climat, grâce à des carottes glaciaires forées sur la base soviétique de Vostok, en Antarctique. « Alors que les précédents forages ne remontaient pas au-delà de la dernière époque glaciaire, il y a moins de 100 000 ans, nous avions en 1985 les archives de 150 000 ans de climat, étendues ensuite à 420 000 ans ! », commente-t-il. Un travail pour lequel les deux hommes ont reçu la médaille d’or du CNRS en 2002. Leur rencontre remonte au temps où Jean Jouzel venait à Saclay préparer sa thèse, consacrée à l’étude de la formation des grêlons (grâce à des mesures de différentes formes d’hydrogène). Lorsqu’en 1974, doctorat en poche, Jean Jouzel est recruté comme ingénieur de recherche au CEA de Saclay, les deux hommes commencent à travailler ensemble : « Comme Claude n’avait pas de laboratoire, il venait faire ses mesures à Saclay. » Il étudiait alors la composition en isotopes de l’oxygène et de l’hydrogène d’échantillons de glace rapportés d’Antarctique. Par la suite, Claude Lorius a rejoint le Laboratoire de glaciologie du CNRS à Grenoble, ce qui a marqué le début d’une collaboration fructueuse entre les équipes de Saclay et de Grenoble. l’as des glaces © BALTEL/SIPA


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