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| Stratégie w 30 cnrs I LE JOUNR AL Encadrement Le CNRS met en place un dispositif global dédié aux directeurs d’unité de recherche afin de les accompagner dans leurs nombreuses missions. Revue de détail. Directeur d’unité : l’étoffe d’un héros Par fabrice demarthon Les directeurs d’unité ont un peu le « blues », selon le mot du président du CNRS, Alain Fuchs. Lourdes responsabilités, environnement de travail de plus en plus complexe nécessitant une grande technicité, faible reconnaissance des compétences managériales dans l’évaluation de la carrière scientifique… Être à la tête d’un laboratoire n’a rien d’une sinécure, et les vocations se tarissent. « Depuis une dizaine d’années, on constate une baisse de l’attractivité de la fonction de directeur d’unité, regrette Alain Fuchs. Les candidatures sont moins nombreuses, et les mandats moins renouvelés. Certains sont parfois interrompus avant leur terme. » Pourtant, à l’heure où le rôle de l’Unité mixte de recherche (UMR) comme brique de base de la recherche française est réaffirmé, la fonction de directeur d’unité, le DU dans le jargon, apparaît stratégique. C’est pourquoi le président du CNRS a souhaité revaloriser cette fonction devenue un véritable métier. pl usieurs tutell es, un seul cap En 2012, un comité de pilotage, présidé par François-Joseph Ruggiu, directeur adjoint scientifique de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS, et composé de plusieurs groupes de travail, a construit un dispositif d’accompagnement global du DU pour redonner du sens à sa fonction et le remettre à la place essentielle qui est la sienne. « La réflexion de notre organisme s’appuie sur le constat que le pilotage d’une unité de recherche se fait moins qu’autrefois par les ressources, mais plus par l’accompagnement et la mise en cohérence du projet scienti-  fique de l’unité, indique Alain Fuchs. Nous devons aider le DU à trouver de nouvelles marges de manoeuvre. » Concrètement, les groupes de travail ont abordé quatre domaines : la détection d’un candidat potentiel, la lettre de mission du DU, son parcours professionnel et, enfin, l’évaluation et la valorisation de son mandat. 2013 est une année charnière, au cours de laquelle certains éléments de ce dispositif seront déployés pour la première fois. Dès cette année, « les DU recevront leur lettre de mission, signale Liliane Flabbée, directrice déléguée aux cadres supérieurs (DDCS) du CNRS. Même si des courriers de ce type existaient, leur systématisation et leur généralisation constituent une innovation importante renforcée par leur caractère partenarial ». Préparée par le directeur adjoint scientifique en étroite concertation avec le DU, et signée par les tutelles dont dépend l’unité, cette lettre rappelle les objectifs à atteindre. Elle marque « la reconnaissance forte de la légitimité du DU. Les tutelles lui accordent ainsi leur confiance, le confortent dans son rôle et montrent qu’elles partagent la vision scientifique de l’unité et le cap à tenir », explique Liliane Flabbée. des formations à la carte Ce cap, le directeur d’unité doit le maintenir pendant toute la durée de son mandat. Jusqu’à présent, la plupart des aides qui lui étaient proposées, telles les formations, étaient concentrées en début de mandat, puis diminuaient rapidement. Les choses vont changer avec la construction d’un parcours professionnel qui vise à « mettre en cohérence ce qui existait déjà et qui fonctionnait bien, et à inventer ce qui manquait  », indique Carole Alzapiedi, chargée d’ingénierie de formation à la DDCS. Cette année, ce parcours a débuté par deux journées d’accueil nationales, organisées les 4 et 5 février, conjointement avec la Conférence des présidents d’université et l’Agence de mutualisation des universités et établissements. Réservées aux nouveaux DU, elles ont été l’occasion de leur présenter ce qui les attend lors de leur première année d’exercice. « Nous allons ensuite privilégier des modules   de formation courts au plus près des   laboratoires, et les répartir tout au long   du mandat, informe Carole Alzapiedi. Bien sûr, la première année restera la   plus dense, mais le DU bénéficiera par   la suite d’un éventail de formations, selon ses besoins propres. » un entretien à mi-mandat Au long du mandat, le directeur pourra également participer à des séminaires de travail avec ses pairs qui permettront les échanges d’expériences et de bonnes pratiques. Et, à mi-parcours, il sera invité à un entretien avec son directeur adjoint scientifique, conduit en lien avec son homologue de l’université. « Le directeur adjoint scientifique est l’interlocuteur privilégié du directeur d’unité, précise Liliane Flabbée. Cet entretien de mi-mandat est une autre innovation. Il permettra d’aborder la question du pilotage scientifique de l’unité, et pas seulement celle des moyens alloués,   et pourra donner lieu à un avenant à la lettre de mission si les objectifs évoluent. » Que pensent les directeurs d’unité de ces changements ? Les premiers retours semblent positifs. « C’est une bonne chose que le CNRS se penche sur une fonc-  tion stratégique, passionnante mais très prenante, et dont certains sortent lessi-  vés, remarque Vincent Laudet, directeur de l’Institut de génomique fonctionnelle de Lyon1. Pour la mener à bien, nous sommes obligés de sacrifier beaucoup de temps normalement consacré à la recherche. Après quatre, voire huit ans de mandat, certains d’entre nous se retrouvent   sur le carreau. » Conscients de cette réalité, les membres du comité de pilotage ont Qu’est-ce qu’un directeur d’unité ? Le directeur d’unité est nommé pour quatre ans par les responsables des tutelles de son laboratoire (CNRS , universités, autres établissements…), en même temps que celui-ci est créé ou renouvelé. Ses missions couvrent un large périmètre. Porteur du projet scientifique de l’unité, il est aussi responsable de la gestion de son personnel (évolution de carrière, formations…) et de l’allocation des ressources à ses équipes. Garant de la bonne marche de son unité, il est entouré d’un conseil de laboratoire (dont les membres sont élus et nommés) et parfois d’un conseil scientifique ou d’un conseil des équipes.


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