Page 36

JDC272

| Stratégie w 36 cnrs I LE JOUNR AL Mission Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), revient sur la nouvelle mission Sciences citoyennes, confiée à Marc Lipinski. Propos recueillis par Denis Del becq Quel est l’objectif de la mission Sciences citoyennes ? Dominique Wolton : Cette mission s’inscrit dans la tradition du CNRS (lire l’encadré ci-contre). Elle est rattachée à notre institut, dont deux des cinq grands domaines de recherche portent justement sur la question des relations entre les sciences et techniques et la société, ainsi que sur l’expertise et les controverses. Marc Lipinski va recenser les initiatives actuelles visant à rapprocher scientifiques et citoyens. Il s’agit de comprendre les raisons de leurs succès et de leurs échecs. Il s’agit aussi d’analyser dans quelle mesure les associations de chercheurs ou de citoyens peuvent participer à la création de connaissances. Cette question des débats et des relations entre la science et les citoyens n’est pas nouvelle, puisqu’elle remonte au xixe siècle. Mais il est vrai que la problématique a changé depuis. Pour quelle raison ? D. W. : Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la société baignait dans le positivisme avec l’horizon du progrès par la science et la technique. Mais la guerre de 1914-1918, puis celle de 1939-1945, ont provoqué une véritable fracture. Lors de ces deux conflits, science et technique ont directement servi à la guerre, et l’idée de progrès a été mise en cause. Il y a notamment eu la question de l’atome. Sont apparues depuis toutes sortes de controverses qui portent par exemple sur le génie génétique, les OGM, les nanotechnologies, les ondes électromagnétiques, le changement climatique… On assiste désormais à une remise en cause des sciences et techniques. Non pas de leurs valeurs, mais de leur responsabilité sociale. Cette contestation n’est pas limitée à la sphère scientifique. Elle concerne de nombreux autres domaines, comme la justice, la médecine ou l’enseignement. Quelles sont les racines de cette remise en cause ? D. W. : La démocratisation des sociétés fait que les citoyens n’acceptent plus que le progrès soit imposé de haut en bas. D’autant que certains progrès sont discutables. Il y a aussi les conséquences de la spécialisation des sciences qui aboutit à l’absence de vision d’ensemble. De plus, les scientifiques, depuis une cinquantaine d’années, n’ont pas toujours fourni suffisamment d’efforts pour expliquer leur travail. La vulgarisation est pourtant une vieille et belle tradition. À quelques exceptions près, ils n’ont pas fait beaucoup pour participer aux débats sciences-société. D’autant plus qu’ils assimilent, souvent, les critiques à un refus du progrès. Plus généralement, la science et la technique sont sorties des grands enjeux de la culture À lire sur le journal en ligne : l’entretien avec Marc Lipinski dans CNRS Hebdo du 1er mars. © iscc /CNRS « Légitimons le débat entre scientifiques et citoyens »


JDC272
To see the actual publication please follow the link above