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| Rubrique w 10 Actualités cnrs I LE JOUNNR AL Égyptologie Un lot exceptionnel de papyrus et d’ancres datant de 2 600 ans avant J.-C. a été découvert à Ouadi al-Jarf, le plus vieux port de mer du monde. Les trésors du port de Chéops Par ale xandra dejea n Lors de leur dernière campagne de fouilles archéologiques en Égypte, achevée en avril, Pierre Tallet, du laboratoire Orient et Méditerranée1, à Ivry-sur-Seine, et son équipe ont mis la main sur des trésors inattendus, à Ouadi al-Jarf : les papyrus les plus anciens connus à ce jour et 99 ancres de bateaux de l’Ancien Empire. Vieux de 4 600 ans, ces vestiges attendaient là, sur le rivage de la mer Rouge, au coeur d’un site qui s’impose désormais comme le plus vieux port de mer construit du monde. Il était utilisé sous le règne de Chéops, au début de la IVe dynastie (vers 2 600 ans avant J.-C.), pour aller chercher dans le Sinaï des matériaux comme le cuivre et la turquoise nécessaires à la construction des pyramides. des papyrus en excell ent état « Ouadi al-Jarf était un port de grande envergure, comprenant divers types de constructions réparties sur 5 kilomètres. Notamment un système de galeries “maga-  sins” creusées dans la montagne, à quelques kilomètres du littoral, précise Pierre Tallet. Les navigateurs égyptiens y entreposaient les pièces de bateaux et les cordages entre deux expéditions. Nous pensions trouver du matériel, des fragments de bateaux et des informations sur le fonctionnement du port à cette époque. » Mais l’égyptologue ne s’attendait guère à dénicher « de 300 à 400 fragments de papyrus, sur lesquels figure la mention expresse du 13e recensement du pharaon, soit sa 27e et dernière année de règne, en si bon état de conservation ». Une vraie chance, car « les dates sont rares pour les rois de l’Ancien Empire », souligne-t-il, et une découverte inestimable : ces papyrus sont antérieurs d’au moins un siècle aux premiers documents comparables connus, relatifs au fonctionnement des temples funéraires des rois de la Ve dynastie. Ils contiennent une comptabilité de l’approvisionnement des équipes qui travaillaient dans le port. Ainsi qu’une belle surprise : le journal de bord d’un fonctionnaire de l’administration égyptienne du nom de Merer. « Ce journal s’étend sur trois mois, commente Pierre Tallet. Les fragments les mieux conservés livrent chacun une quinzaine de jours consécutifs de son emploi du temps, consigné avec une grande précision. Il relate notamment   les voyages que le fonctionnaire fait dans les carrières de calcaire de Tourah pour aller chercher des pierres qu’il rapporte à Gizeh. Les chercheurs ont pu en déduire avec certitude que ce chef d’équipe travaillait sur le chantier de la pyramide de Chéops, et que le port de Ouadi al-Jarf était une base arrière du chantier des pyramides, auquel toute l’activité du pays et la navigation sur la mer Rouge étaient subordonnées.  » De fait, les techniques de 01 Les papyrus découverts, tel ce fragment, servaient à consigner avec précision les livraisons de matériel et d’alimentation aux équipes qui travaillaient dans le port. © G. Pollin/IFAO 01


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