| Actualités w 14 cnrs I LE JOUNR AL Environnement C’est une première mondiale : une équipe française a effectué la simulation complète d’un immense incendie de forêt avec une précision inégalée. Un modèle à l’épreuve du feu Par julie n bou rdet Nous sommes en juillet 2009. En trois jours seulement, plus de 3 000 hectares de forêt partent en fumée aux environs d’Aullène, en Corse. C’est ce gigantesque incendie qui vient d’être simulé en détail grâce à un supercalculateur par des chercheurs du laboratoire Sciences pour l’environnement, à Corte1. Ces derniers sont parvenus à reproduire fidèlement la progression des flammes au sol le premier jour de la catastrophe. Une première pour un feu d’une telle ampleur. À l’origine de ce succès, l’ajout par les scientifiques à leur modèle de simulation d’incendie d’un ingrédient qui ne figurait jusque-là dans aucun autre : l’influence mutuelle du feu et du vent. « On sait qu’un feu est capable de changer la météo localement, explique Jean-Baptiste Filippi, responsable du projet. La chaleur dégagée par les flammes crée en effet de grands mouvements de convection dans l’atmosphère qui peuvent modifier la direction et la force du vent à l’échelle d’une vallée. En retour, le vent modifie la progression des flammes. » Un ingrédient-clé, donc, pour décrire finement un incendie. Concrètement, pour pouvoir prendre en compte ce phénomène, baptisé vent du feu par les pompiers, nos chercheurs ont couplé deux modèles numériques. Le premier, précis à 4 mètres, reproduit la façon dont les végétaux brûlent et dégagent de la fumée, ainsi que la manière dont le feu avance dans la végéta- tion. Le second est un modèle météo2 qui décrit l’atmosphère à 50 mètres près. Il a ensuite fallu 10 heures de calcul sur Jade, le supercalculateur du Centre informatique national de l’enseignement supérieur, à Montpellier, pour simuler l’incendie d’Aullène. Résultat : non seulement l’avancée virtuelle du front de flamme corres- pond bien à la réalité, mais l’emplacement du panache de fumée a été lui aussi reproduit en détail. Dernier atout de taille si l’on veut pouvoir utiliser un jour cet outil informatique pour lutter contre les incendies : « On pourra évaluer à l’avance les zones où la visibilité sera nulle pour les pompiers et décider de les envoyer à certains endroits plutôt qu’à d’autres », précise Jean-Baptiste Filippi. Pour le moment, les chercheurs peaufinent encore leur modèle. « Nous sommes en train de simuler d’autres grands incendies, en Provence et au Portugal notamment, pour lesquels nous tentons de reproduire la composition du panache de fumée en particules toxiques et leur transport sur des dizaines de kilomètres », poursuit le chercheur. Afin de pouvoir, dans le futur, évacuer les populations en cas d’alerte majeure à la pollution. 1. Unité CNRS/Université de Corse. 2. D éveloppé conjointement par le L aboratoire d’aérologie et M étéo France à T oulouse. Co ntact : Sciences pour l’environnement, Corte Jean-Baptiste Filippi > filippi@univ-corse.fr lancement d’une pl ateforme unique à nancy À voir sur le journal en ligne : le film L’Épreuve du feu et une série d’images. 02 01 Les capteurs au premier plan analysent la propagation de ce feu, qui progresse en ligne sous l’influence d’un vent simulé par des ventilateurs. © P. BOULET/lemta/CNRS Pho tothèque 01 Depuis le 6 juin, les chercheurs disposent d’une installation unique en France pour étudier les incendies de forêt : la plateforme indoor Promethei, installée au sein du Laboratoire d’énergétique et de mécanique théorique et appliquée (Lemta)1, à Nancy. Sur 300 m2, les scientifiques peuvent allumer un feu à loisir et observer les effets d’une pente (grâce à des tables inclinables) et du vent (grâce à des ventilateurs) sur sa propagation. « L’avantage par rapport aux essais classiques effectués en extérieur, qui peuvent être perturbés par des rafales de vent par exemple, c’est que l’on maîtrise parfaitement toutes les conditions de l’expérience : vitesse du vent, pente, densité du combustible, et que l’on peut déployer des appareils de mesure extrêmement précis : caméras optiques et infrarouges, spectromètre », note Pascal Boulet, du Lemta. Ces données devraient permettre aux chercheurs de mieux comprendre les phénomènes en jeu dans un incendie et d’améliorer les codes de simulation des feux de forêt. 1. Unité CNRS/Université de L orraine. contact : Laboratoire d’énergétique et de mécanique théorique et appliquée, Vandoeuvre-lès-Nancy Pascal Boulet > pascal.boulet@univ-lorraine.fr
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