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| L’enquête w 28 cnrs I LE JOUNR AL Dépistage prénatal : la nouvelle donne Des futurs bébés en bonne santé : telle est l’une des préoccupations majeures de la médecine prédictive. Pour prendre en charge le plus tôt possible les enfants atteints de maladies, voire éviter certaines naissances dans les cas les plus graves, les examens prénataux n’ont cessé de progresser. Ainsi, en France, on dépiste actuellement près de 70 % des anomalies congénitales, contre 16 % il y a vingt ans. Et les progrès de la génétique vont sans aucun doute amplifier cette tendance. Très prochainement, on détectera la trisomie 21 chez un foetus à partir d’une simple prise de sang maternel. Le 25 avril, dans son avis n° 120, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est déclaré favorable à cette forme de dépistage qui permettra de réduire largement le recours à l’amniocentèse, potentiellement à risque de fausse couche. Dans un premier temps, ce test sera proposé uniquement aux femmes à risque élevé, puis à l’ensemble des femmes enceintes lorsque son coût aura baissé. Au-delà de la trisomie 21, cette nouvelle technique annonce l’avènement d’un dépistage prénatal bien plus large. Car, aujourd’hui, lorsque les médecins suspectent une maladie, ils vérifient uniquement la présence d’altérations d’un gène ou d’un chromosome associés à cette pathologie. En récupérant, dès la 9e semaine de grossesse, l’ADN du foetus présent dans le sang de la mère, les biologistes ont désormais son génome entier à portée de main ! Et, dans un futur proche, il sera même plus simple et moins cher de le séquencer en entier que par bribes. une interprétation délicate Une somme d’informations extrêmement précieuse, mais dont l’interprétation n’aura rien d’évident. « Même pour la mucoviscidose, dont on sait parfaitement quelles mutations génétiques sont responsables de la maladie, cela ne suffit pas pour dire si le futur enfant en développera une forme sévère ou modérée », souligne Patrick Gaudray, généticien au laboratoire Génétique, immunothérapie, chimie et cancer1, à Tours, et rapporteur de l’avis n° 120 du CCNE. Parfois, même, la présence d’une anomalie génétique ne renseignera que sur un risque potentiel de développer une maladie. C’est le cas du diabète ou de certains cancers dont la survenue est due à de multiples facteurs, parmi lesquels des facteurs génétiques. Or ces nouveaux séquençages seront disponibles très tôt au cours de la grossesse, avant même la fin du délai légal de l’interruption volontaire de grossesse. « En cas de doute, de nombreux couples pourraient être tentés de recourir à une interruption volontaire de grossesse (IVG), même lorsque le risque de maladie aura été jugé faible par les médecins, prévient le philosophe Pierre Le Coz, de l’unité de recherche Anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé2, à Marseille, et membre du CCNE de 2008 à 2012. C’est une réaction tout à fait légitime, mais qui pourrait faire augmenter le nombre d’avortements en France, au moins transitoirement. » Certains y voient même des risques de dérive  eugéniste . quell e information délivrer ? Mais alors, que faire de toutes ces données disponibles sur le patrimoine génétique d’un futur enfant ? Dans son dernier avis, le CCNE penche plutôt pour une sélection par les médecins des informations à délivrer au couple. Le génome eugénisme. Doctrine prônant une amélioration du patrimoine génétique humain par la sélection des naissances et l’interdiction de la reproduction des individus considérés comme inférieurs. 07 Au-delà de la simple échographie (ici en photo), il existe de nombreux tests portant sur les gènes qui permettent de dépister des anomalies congénitales. 07 © TIS KANANAT/Fotolia.com


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