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| Stratégie w 32 cnrs I LE JOUNR AL Valorisation Le laboratoire Spintec, sous l’impulsion de son directeur, Jean-Pierre Nozières, a fait de la valorisation de sa recherche un pilier de son développement. « Créer une start-up tous les trois ans » Propos recueillis par au rÉlie sobocinski L’unité Spintronique et technologie des composants (Spintec)1, dont vous êtes le directeur, se distingue par une politique active axée sur la valorisation. D’où vient cette ambition ? Jean-Pierre Nozières : La valorisation est au fondement même de la création de Spintec en 2002. En  spintronique , domaine qui vise à intégrer des éléments magnétiques dans des circuits semi-conducteurs pour réaliser des composants innovants pour le stockage de masse, les mémoires vives des ordinateurs et les télécommunications, comme en microélectronique, le facteur temps est primordial. Il faut réduire au minimum le délai entre l’invention et la démonstration de faisabilité pour être pertinent face à une concurrence féroce disposant de moyens importants. Nombre des inventions conceptuelles en spintronique sont françaises, comme celle d’Albert Fert, Nobel de physique en 2007. Mais, en matière de valorisation, les Américains et les Japonais dominent. Il fallait donc monter une équipe réunissant dans un même lieu chercheurs, technologues et experts de l’industrie, afin de couvrir efficacement tout le continuum d’une recherche fondamentale au meilleur niveau mondial jusqu’à des projets applicatifs qui fassent rêver les industriels. Pourquoi vouloir concilier à tout prix cette double vocation ? J.-P. N. : De ma trajectoire personnelle en essuie-glace entre recherche publique et industrie, j’ai appris qu’il n’y a ni bons ni mauvais endroits pour faire de la science. Et gardé une conviction  : la recherche dans nos domaines doit se doter d’une politique de valorisation agressive à partir d’une approche intégrée qui pousse les ruptures scientifiques au maximum de leur développement, potentiellement jusqu’au démonstrateur, afin d’être compétitif et attractif vis-à-vis des industriels. Dès l’origine, l’objectif a été la création de start-up. Où en êtes-vous ? J.-P. N. : Crocus, notre première spin-off, a été fondée seulement quatre ans après le laboratoire. Aujourd’hui parmi les leaders mondiaux dans le domaine des mémoires magnéto-résistives (Mram), elle a rapporté au laboratoire des moyens, mais aussi, et c’est primordial, de la crédibilité. Une deuxième pousse doit être lancée en 2014. L’objectif serait de pouvoir créer une startup tous les trois ans, le plus difficile n’étant pas d’avoir les idées et les technologies, mais de trouver, parmi nos chercheurs et nos étudiants, des entrepreneurs capables de porter les projets hors du laboratoire. Sur quelles bases s’opère votre recrutement ? J.-P. N. : Les chercheurs qui travaillent ici sont issus des concours du CNRS, de l’Université et du CEA, comme dans les autres laboratoires. Ils postulent chez nous selon des conditions aux limites clairement établies : ils sont libres, dans la mesure où ils travaillent autour des axes stratégiques définis par le laboratoire, tous articulés à une perspective de valorisation à plus ou moins long terme. En contrepartie, ils doivent parfois savoir renoncer à des sujets scientifiquement attractifs, s’insérer dans des équipes projets et surtout déposer des brevets avant toute publication. C’est “le” principe non négociable. Comment cet état d’esprit est-il vécu ? J.-P. N. : Soyons honnête : la politique de valorisation est davantage mon dada que celui des chercheurs. Reste qu’ils en ont bien compris l’intérêt : pour conserver le pilotage de notre recherche, en particulier fondamentale, et poursuivre notre croissance, il nous faut des budgets de fonctionnement que les organismes ne peuvent plus nous fournir. Dans le sport perpétuel qu’est la recherche de moyens, après avoir maximisé les guichets classiques – financements ANR et européens – en particulier par des projets en  coûts complets , nous nous tournons désormais vers les partenaires industriels par le biais des contrats bilatéraux de recherche – un premier laboratoire commun vient d’être inauguré avec Crocus – et une nouvelle piste encore peu usitée : la prestation de services. 1. Unité CNRS/CEA/UJF/INP Grenoble. sp intronique. Technologie qui utilise les propriétés magnétiques (le spin) des particules. Co ntact : Spintronique et technologie des composants, Grenoble Jean-Pierre Nozières > jean-pierre.nozieres@cea.fr coûts complets. Somme des coûts directs (achats d’équipement, embauche…) et indirects (utilisation d’équipements existants, mobilisation de personnels permanents…). q Test sous pointes de mémoires magnéto-résistives (Mram). © p . PROU


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