Philippe Descola porte une vision théorique de grande ampleur, comme le prouvent Rien d’étonnant à ce que cet héritier de cultures, Philippe Descola a iden- à la fois ses travaux et publications Claude Lévi-Strauss ait vu l’ensemble de tifié quatre systèmes fondamen- et l’irrigation d’une nouvelle voie de ses recherches couronné de la plus haute taux, quatre « ontologies » (voir recherche auprès de jeunes chercheurs. distinction du CNRS. Ses travaux d’ethno- encadré page 8), qui caracté- logie, menés en Équateur auprès des risent les types de sociétés et re- Françoise Héritier, professeur honoraire au Collège de France, Médaille d’argent 1978 du CNRS Indiens Jivaros Achuar, ont révolutionné mettent en question l’opposition (« le terme est un peu grandiose! », traditionnelle entre « nature » et nuance-t-il) les études sur l’Amazonie, « culture ». qui m’avait marqué par sa sensibilité, de même que les travaux menés par ses a conforté ma vocation. » Pendant ses collègues brésiliens Eduardo Viveiros de études de philosophie à l’École normale Castro et Manuela Carneiro da Cunha. UNE FORMATION supérieure de Fontenay-Saint-Cloud Philippe Descola a également renouvelé PLURIDISCIPLINAIRE (promotion 1970), féru de Jean-Jacques l’« anthropologie de la nature »: c’est « J’ai compris assez tôt que le métier Rousseau, il assiste au cours d’anthropo- d’ailleurs le titre exact de la chaire qu’il d’anthropologue était fait pour moi, même logie de l’économie de Maurice Godelier. occupe au Collège de France depuis 2000. si je ne savais pas comment le devenir! Le brillant étudiant mène de front un Au cœur de sa réflexion, une ques- À 17 ans, j’ai commencé à voyager seul, double cursus, obtenant sa licence d’eth- tion: comment les sociétés humaines sac au dos, au Canada, en Turquie, en Iran, nologie (université Paris 10, 1972) puis conçoivent-elles leurs relations avec les en Syrie, en Égypte et au Mexique. Et la son Capes de philosophie (1974), et pro- non-humains (plantes, animaux, objets)? lecture de Tristes Tropiques, la biographie pose son sujet de thèse sur l’Amazonie En étudiant ces relations dans différentes intellectuelle de Claude Lévi-Strauss, à… Claude Lévi-Strauss. « Contrairement aux sociétés africaines que l’on décryp- tait bien, l’Amazonie m’attirait par son mystère: il était impossible de saisir ce qui faisait société chez ces Amérindiens vivant en petits groupes dispersés, sans chef, sans histoire apparente, et tou- jours en guerre. » Grâce à des crédits de mission du CNRS, le jeune homme fait son terrain chez les Achuar de 1976 à 1978 avec son épouse, Anne-Christine Taylor2, elle-même anthropologue. « Ce qui m’importait, poursuit le chercheur, c’était de saisir le rapport à la « nature » de ces peuples, perçus en Europe tantôt comme de bons sauvages, tantôt comme des brutes. » Une expérience qui nourrira sa thèse soutenue en 1983. LA RENCONTRE DES ACHUAR Il conduit ainsi un minutieux travail ethno- graphique sur les Achuar. Incantations aux esprits, usages qu’ils font de leurs jardins, rêves prémonitoires de chasse… Philippe Descola étudie de façon systématique les techniques et les représentations grâce auxquelles ce peuple s’insère dans son environnement. Et ses conclusions contre- carrent les interprétations qui prévalent à l’époque, notamment aux États-Unis, Médaille d’or 2012 5
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