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Médailles d'argent du CNRS

La Médaille d'argent du CNRS distingue des chercheurs, au début de leur ascension, mais déjà reconnus sur le plan national et international pour l'originalité , la qualité et l'importance de leurs travaux.

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Les lauréats 2000

Département des Sciences physiques et mathématiques (SPM)

  • Didier Blavette, 45 ans, après dix ans de carrière au CNRS, est aujourd'hui professeur à la Faculté des Sciences de Rouen et chercheur au groupe de physique des matériaux (UMR CNRS 6634). Par son activité scientifique personnelle, Didier Blavette illustre l'interconnexion entre physique fondamentale, applications et instrumentation scientifique. La valorisation de la sonde atomique tomographique, " microscope " exceptionnel pour donner une image à 3 dimensions de la position de chaque atome identifié chimiquement, s'est faite dans un contexte international avec CAMECA. L'activité scientifique de Didier Blavette s'est exercée dans le vaste champ de la métallurgie physique comme la fragilisation des aciers des réacteurs nucléaires, la mise au point par l'ONERA de toute une série de superalliages pour haute température utilisés dans les moteurs. Sa publication dans Nature en 1993 portait sur " l'invention de la sonde atomique tomographique" tandis que celle dans Science en 1999 présente la première visualisation d'une "atmosphère de Cottrell" ségrégation dans le sillage des dislocations, prédite il y a 50 ans. Ces images permettent aussi de voir les terrasses atomiques que l'on trouve sur les surfaces de cristaux.
  • Ignatios Antoniadis, 45 ans, est directeur de recherche au CNRS, au Centre de physique théorique de l'Ecole polytechnique. Depuis cette année, il est membre permanent à la Division théorie du CERN à Genève. Ses recherches ont couvert un vaste domaine de la physique théorique des particules élémentaires, mais il doit surtout cette médaille d'argent à ses travaux sur la théorie des supercordes et à ses applications phénoménologiques. Cette théorie fascinante, apparue déjà dans les années soixante-dix, postule que les constituants élémentaires de la matière ne sont pas des particules ponctuelles mais des objets étendus, des "cordes". Elle offre aujourd'hui le seul espoir d'unifier les deux grandes découvertes du début du siècle, la relativité générale et la mécanique quantique. Les travaux de l'équipe française, dans laquelle Ignatios Antoniadis a joué un rôle très important, portent, en particulier, sur la construction des théories des cordes à quatre dimensions ainsi que sur la possibilité de leur mise à l'épreuve expérimentale. En effet, les conséquences surprenantes de ces théories pourraient conduire à une modification des forces de gravitation à courte distance et même à l'apparition de dimensions supplémentaires d'espace à l'échelle microscopique.

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Département de Physique nucléaire et corpusculaire (PNC) - Institut national de physique nucm&eauta;aire et de physique des particules (IN2P3)

  • Michel Gonin, 41 ans, est chercheur-enseignant au Laboratoire de physique nucléaire des hautes énergies à l'Ecole polytechnique. Après une thèse sur l'étude des noyaux chauds, il choisit de mener aux Etats-Unis, à Brookhaven, des travaux sur la matière nucléaire chaude. Durant cinq années, il se consacre à la production de particules étranges et de mésons qui pourraient être le signe d'un nouvel état de la matière appelé plasma de quarks et de gluons. Dès son retour en France, en 1994, il se joint à l'équipe de l'expérience NA38-NA50 du CERN qui recherche ce nouvel état de la matière. Il en devient rapidement un élément moteur. C'est largement grâce aux idées qu'il a apportées et à l'originalité de ses analyses que l'expérience NA50 a obtenu les résultats qui ont permis au CERN d'annoncer, en février 2000, la mise en évidence du déconfinement des quarks et des gluons. Après ce résultat remarquable, Michel Gonin poursuit ses recherches dans ce domaine auprès du collisionneur RHIC à Brookhaven.

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Département des Sciences pour l'ingénieur (SPI)

  • Claude Chappert, 46 ans, ancien élève de l'ENS Saint-Cloud, est actuellement directeur de recherches au CNRS. Il dirige l'équipe "Mésostructures artificielles et enregistrement magnétique de haute densité" à l'Institut d'électronique fondamentale de l'Université Paris-Sud, à Orsay. Ses travaux de recherche ont principalement porté sur le magnétisme des films ultraminces. Ces films ne comportent que quelques plans d'atomes de métaux et des mésostructures dans lesquelles la taille latérale est réduite à quelques dizaines de nanomètres. Leur taille réduite confère à ces structures des propriétés originales, d'un grand intérêt dans le cadre d'applications telles que le stockage magnétique d'informations de très haute densité. Faisant œuvre de pionnier, Claude Chappert a réalisé plusieurs premières de retentissement international telles que la mise en évidence d'une aimentation perpendiculaire des couches ultraminces de cobalt, l'interprétation théorique des couplages dans les multicouches magnétiques et la réalisation de nanostructures magnétiques par faisceau d'ions. Claude Chappert a su harmonieusement associer technologie, instrumentation de pointe, expérience et théorie, tout en nouant des collaborations fructueuses avec des industriels de l'enregistrement magnétique et magnéto-optique, domaine dans lequel ses travaux sont susceptibles d'introduire une rupture technologique. En menant cette recherche particulièrement innovante, Claude Chappert s'est affirmé comme étant l'un des leaders mondiaux du nanomagnétisme.
  • Michel Bruneau, 58 ans, est professeur à l'Université du Maine. Il est à l'origine de la création du Laboratoire d'acoustique de l'Université du Maine qui travaille sur des thèmes originaux qui lui ont valu une reconnaissance rapide par le CNRS. C'est maintenant l'un des laboratoires français des plus en vue dans le domaine de l'acoustique. Les travaux les plus significatifs de Michel Bruneau reflètent bien l'orientation stratégique du LAUM au cours des deux dernières décennies : la gyromètre acoustique, la réfrigération acoustique et les capteurs miniatures. Dans ces domaines, il a joué un rôle de précurseur en Europe. Ces recherches, à objectif appliqué, lui ont permis de développer la première théorie expliquant les phénomènes complexes qui prennent place notamment dans les couches limites, ouvrant ainsi la voie à un domaine de l'acoustique inertielle. Citons par exemple, la généralisation des résultats de Kirchhoff (1868) sur la propagation en fluide dissipatif avec prise en compte des effets visco-thermiques. Ces modèles largement reconnus, en particulier pour la modélisation des transducteurs sur puce de silicium, lui ont valu la médaille de Rayleigh de l'Institute of Acoustics (société britannique d'acoustique) en 1993.
    Michel Bruneau n'a pas non plus négligé l'aspect pédagogique. Il a su créer à l'Université du Maine un pôle d'excellence dans le domaine de l'enseignement de l'acoustique. Son cours de troisième cycle, publié en 1983, a reçu un grand succès qui ne se dément pas. Une nouvelle version vient d'être rééditée incorporant notamment ses travaux sur les fluides visco-thermiques. Michel Bruneau apparaît donc comme un pilier de l'acoustique en France.

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Département des Sciences de l'univers (SDU) - Institut national des sciences de l'Univers (INSU)

  • Philippe Vieillard, directeur de recherche au CNRS, est un thermodynamicien des systèmes naturels. Il travaille à l'UMR 6532 "Hydrasa" implantée à Poitiers. Son travail apporte à la communauté des scientifiques de la Terre des données essentielles. Il ne s'est pas limité aux calculs des grandeurs thermodynamiques concernant des composés modèles, car on lui doit aussi le code de calcul MINENT qui s'applique à tout composé naturel ou synthétique appartenant à un système de 20 oxydes. Ce code permet d'estimer l'enthalpie de formation de n'importe quel minéral uniquement à partir de sa structure cristalline et de ses propriétés cristallochimiques et optiques. Il a appliqué ses méthodes, entre autres, aux complexes de l'or, aux profils d'altération, à la pétrologie des altérations hydrothermales, à la dénitrification des eaux de nappe, à la stabilité des vitrifiats de REFIOM, aux interactions argiles fluides… Philippe Vieillard participe aux programmes internationaux comme ECOLAY, et a noué des collaborations fructueuses avec un certain nombre de partenaires industriels.
  • Yannick Ricard est directeur de recherche au CNRS et travaille au Laboratoire des sciences de la terre de l'ENS Lyon (UMR 5770). En conjuguant une approche mathématique rigoureuse et un sens aigu de la physique et de la géophysique, ce chercheur a permis des avancées remarquables dans plusieurs domaines de la dynamique du manteau. Il a démontré, en utilisant une modélisation du champ de gravité terrestre qui tient aussi compte des données de l'imagerie sismique (tomographie), que la viscosité du manteau augmente fortement avec la profondeur. Il a montré ensuite que la dérive des pôles mesurée par les paléomagnéticiens est compatible avec les variations de moments d'inertie résultants de la plongée des plaques lithosphériques au fil des temps géologiques. Yannick Ricard a ainsi contribué à démontrer que les tomographies sismiques du manteau gardent la signature des plaques plongeantes, résultat qui a stimulé les recherches sur la convection mantellique. Ces dernières années il s'est attaqué avec une grande énergie à la modélisation de divers processus concernant le manteau. Yannick Ricard occupe dans ce domaine une place de tout premier plan dans la communauté nationale et internationale.

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Département des Sciences chimiques (SC)

  • Jérôme Bibette, 40 ans, est professeur à l'Université Bordeaux 1 et chercheur au Centre de recherches Paul Pascal (CRPP, CNRS), à Pessac. Spécialiste internationalement reconnu de la physique et de la chimie des colloïdes et des émulsions, il a abordé ces systèmes complexes sous des aspects aussi variés que la synthèse, la thermodynamique et la rhéologie ou encore l'étude des instabilités. Ainsi, Jérôme Bibette a été le premier à synthétiser des émulsions monodisperses à partir desquelles il a pu établir des lois sur la coalescence, ou encore mettre en évidence, en présence de micelles, un mécanisme de dépletion, origine de l'interaction attractive entre gouttelettes. Des études sur fluides magnétiques ont permis de montrer que l'on peut mesurer directement la relation force~distance responsable de leur stabilité. Enfin, il se consacre au comportement des émulsions doubles eau / huile / eau, systèmes pour lesquels l'instabilité est principalement attribuée à la coalescence des gouttelettes internes sur la surface de ces objets. Ses travaux ont fait l'objet d'un grand nombre de publications, brevets et conférences du meilleur niveau international. Très soucieux de la valorisation de ses résultats, Jérôme Bibette entretient des liens étroits avec le monde industriel. Il est à l'origine de plusieurs contrats de licence exclusive et de la création d'une “ start-up ”, lauréate du concours national de la création d'entreprises innovantes en 1999. L'originalité et l'intérêt de ses recherches constituent enfin, une importante source d'inspiration pour l'ensemble de sa communauté scientifique.
  • Philippe Tailhades, 40 ans, est directeur de recherche au CNRS, au Centre interuniversitaire de recherche et d'ingénierie des matériaux de Toulouse (Université Toulouse 3). Il est mondialement connu dans la communauté scientifique pour ses compétences dans le domaine des matériaux solides divisés et en particulier pour ses recherches sur les ferrites. En mettant au point des procédés d'élaboration de ferrites sous forme de fines particules et en soumettant alors ces ferrites à une oxydation à température modérée, il obtient une nouvelle famille de matériaux qualifiés de “ ferrites spinelles lacunaires à valence mixte ”. Le développement de méthodes d'élaboration de poudres fines à morphologie contrôlée ou de couches minces a permis à Philippe Tailhades de révéler des détails de structure très fins conduisant à la maîtrise des propriétés magnétiques et magnéto-optiques de ces matériaux. Ceux-ci sont magnétiquement durs et se caractérisent par des champs coercitifs et de rotation Faraday élevés. Ils permettent d'envisager de nouvelles applications par exemple dans le domaine de l'enregistrement optique irréversible de haute densité (stockage de l'information de type WORM : Write Once Read Many). Il a également mis au point des conditions de synthèse et d'élaboration de poudres de fer à propriétés mécaniques inégalées, utilisées comme éléments chauffants de piles thermiques. Très soucieux d'accompagner ses découvertes jusqu'à l'application industrielle, il est co-inventeur de nombreux brevets dont plusieurs donnent lieu à exploitation illustrant ainsi la réussite de ces transferts de technologie.

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Département des Sciences de la vie (SDV)

  • Francis-André Wollman, 47 ans, est directeur de recherche au CNRS. Depuis 1996 il est responsable du Laboratoire de physiologie membranaire et moléculaire du chloroplaste du CNRS à Paris. Il étudie la régulation de l'expression génétique et de l'assemblage protéique dans le chloroplaste, en utilisant comme modèle l'algue unicellulaire Chlamydomonas reinhardtii. Dans son travail, Francis-André Wollman associe des approches aussi diverses que la génétique, la biochimie, la cytologie et la biophysique. Il est, en outre, un animateur de talent, qui a su fédérer autour de lui une équipe d'excellents chercheurs. Il s'est affirmé comme étant l'un des meilleurs représentants de l'école française de photosynthèse et a acquis dans le domaine une reconnaissance internationale de tout premier plan.
  • Geneviève Almouzni est directeur de recherche au CNRS. Elle dirige l'unité " Dynamique nucléaire et plasticité du génome " (CNRS - Institut Curie, Paris) depuis le début de l'année 2000. Elle a consacré l'essentiel de sa carrière à l'étude de la dynamique de la chromatine au cours du développement, afin d'analyser l'organisation fonctionnelle du génome en rapport avec de grandes fonctions du noyau : réplication, réparation de l'ADN, transcription. Ces travaux, effectués principalement sur le Xénope utilisé comme modèle expérimental, se sont traduits par la publication de nombreux articles dans des revues de premier plan. Après avoir débuté sa carrière scientifique dans l'équipe de Marcel Méchali à l'Institut Jacques Monod, elle a poursuivi ses recherches aux Etats-Unis, au NIH (National Institute of Health), dans le laboratoire d'Alan Wolffe. A son retour, elle a été accueillie à l'Institut Curie, dans la section de recherche dirigée par Daniel Louvard où elle a fondé une équipe ATIPE au sein de l'unité de Jean-Paul Thiéry. Autant dire qu'à 40 ans, Geneviève Almouzni présente déjà une carrière en tout point exemplaire.
  • Pierre Meyrand, 44 ans, directeur de recherche au CNRS, est responsable du Laboratoire de neurobiologie des réseaux (CNRS-Université Bordeaux 1). Portant la marque d'un perpétuel va-et-vient entre une approche de neurobiologie cellulaire et une approche de neurobiologie intégrative, ses recherches portent sur l'étude de l'organisation des réseaux de neurones chez les invertébrés et les mammifères, sur leur plasticité fonctionnelle et sur leur développement. Il a notamment mis en évidence l'existence de réseaux adultes multiples chez l'embryon, réseaux présents mais masqués. Ces résultats lui ont valu de nombreux articles dans des revues scientifiques de très haut niveau. Médaille de bronze du CNRS en 1991 et lauréat de plusieurs prix étrangers, Pierre Meyrand s'investit aussi dans l'administration de la recherche et dans l'enseignement, et a fondé, en 2000, une Ecole internationale de neurobiologie.
  • Christian Gautier, 51 ans, est professeur à l'Université Claude Bernard à Lyon. Dans le prolongement de sa thèse sur " L'analyse statistique et l'évolution des séquences d'acides nucléiques ", il a créé en 1988, dans le laboratoire dirigé par Jean-Marie Legay, une équipe de biométrie moléculaire. En 1992, il a fondé le Centre d'analyse moléculaire de la biodiversité, qu'il dirigera jusqu'en 1999. Depuis 1997, il est directeur du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (CNRS-Université Lyon 1). Il assume en outre de nombreuses responsabilités dans l'administration de la recherche et dans l'enseignement. L'ensemble de ces charges n'ont pas entamé sa production scientifique, de très haut niveau. Christian Gautier combine, en particulier, les avancées de la génomique et de l'informatique. Par ailleurs, il a su orienter ses recherches vers l'analyse de la cartographie du génome à différentes échelles en relation avec l'évolution et l'expression de l'information génétique.

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Département des Sciences de l'homme et de la société (SHS)

  • Augustin Berque, 58 ans, est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales et membre du Centre de recherches sur le Japon (CNRS - Ecole des hautes études en sciences sociales), qu'il a dirigé pendant dix-sept ans. Après des études en géographie, en chinois et en japonais, il devient l'un des premiers géographes français à se consacrer aux recherches sur le Japon. Il consacre sa thèse à la colonisation de Hokkaidô, et son premier livre porte sur effets socio-spatiaux de la haute croissance économique (Le Japon, gestion de l'espace et changement social, Flammarion, 1976). Il entame alors une approche qui, de l'espace vécu (Vivre l'espace au Japon, PUF, 1982) au rapport à la nature (Le Sauvage et l'artifice : les Japonais devant la nature, Gallimard, 1986), le conduit à construire une problématique des milieux humains centr&eacuta;e swr0le concept de médiance (Médiance, de milieux en paysages, Reclus, 1990), qu'il applique ensuite au sens de la ville (Du Geste à la cité : formes urbaines et lien social au Japon, Gallimard, 1993) et au paysage (Les Raisons du paysage, de la Chine antique aux environnements de synthèse, Hazan, 1995). Cette démarche le mène à questionner les fondements ontologiques de la question de l'environnement (Etre humains sur la Terre : principes d'éthique de l'écoumène, Gallimard, 1996). Son dernier livre (Écoumène. Introduction à l'étude des milieux humains, Belin, 2000) approfondit et synthétise, sous un éclairage onto-cosmologique, ces diverses approches de la relation des sociétés humaines à l'étendue terrestre. Les travaux d'Augustin Berque témoignent d'une démarche nouvelle, fécondant le champ de la géographie culturelle. Enrichie par la culture extrême-orientale et à la frontière de plusieurs disciplines, atteignant un large public, sa pensée répond aux questionnements premiers de la géographie et contribue ainsi à son renouvellement.
  • Brigitte Senut, 46 ans, est maître de conférences et membre du laboratoire Paléobiodiversité : histoire et dynamique (CNRS - Muséum national d'histoire naturelle), à Paris. Naturaliste et géologue de formation, elle s'est orientée très tôt vers la paléontologie humaine et la paléoprimatologie. Elle fut ainsi l'une des premières à s'intéresser au lien fonction-phylogénie dans sa thèse "L'étude de l'humérus et de ses articulations chez les Hominidés du Plio-Pléistocène". Son travail de recherche s'est inscrit dès le départ dans le vaste cadre de l'anatomie comparée et des comparaisons des structures fonctionnelles. Utilisant initialement les méthodes classiques de la paléontologie, elle a lancé le premier projet d'étude par tomodensitométrie et développé une nouvelle méthodologie pour l'analyse des morphologies osseuses. Sa thèse d'État, consacrée à l'évolution du coude des Hominoidés sous ses aspects fonctionnel, anatomique, systématique et phylogénétique, lui apporta une renommée internationale. Son approche de l'origine des Hominidés est une approche globale dans laquelle la récolte de spécimens dans un cadre environnemental et géologique précis est primordiale. Brigitte Senut est avant tout un chercheur de terrain, investi dans l'animation et l'organisation de la recherche. Elle a initié et dirigé plusieurs projets internationaux de coopération avec des pays africains, comme l'Uganda Paleontology Expedition. Elle dirige depuis 1991 le Groupement de recherche "Origines de l'homme et des grands singes en Afrique orientale et australe : étude comparative". Par ses travaux mondialement reconnus, notamment ceux portant sur le squelette post-crânien des Hominoïdes et des Primates, Brigitte Senut joue un rôle considérable dans la compréhension de la dichotomie des grands singes et de l'homme.
  • Marie-Claude Smouts, 59 ans, est directrice de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CNRS-Fondation nationale des sciences politiques), à Paris. Ses travaux de recherche en science politique portent sur les relations internationales. Son parcours scientifique a débuté par une recherche sur les organisations internationales et, en particulier, sur l'organisation des Nations Unies, travail qui mettait en évidence la complexité des mécanismes de régulation des rapports de pouvoir entre gouvernements. Elle a ensuite analysé, en termes d'enjeux, les relations Nord-Sud. Avec l'arrivée sur la scène internationale des questions environnementales liées à la thématique du développement durable, elle s'est engagée dans une réflexion théorique sur la construction des biens communaux mondiaux à partir d'une recherche empirique sur la politique internationale de gestion des forêts tropicales. Selon une méthodologie alliant travail de terrain, transdisciplinarité et conceptualisation, elle a apporté une contribution décisive aux débats sur les effets de la libéralisation à l'échelle mondiale tant à l'égard des ressources naturelles qu'au regard de l'évolution des économies du sud. Par l'élaboration de synthèses comme Les organisations internationales (Armand Colin, 1995), Marie-Claude Smouts intègre les acquis de sa pratique de terrain. Pour elle, la théorisation des relations internationales s'effectue en concertation avec d'autres disciplines historiques, juridiques, sociologiques, c'est une œuvre collective. Après avoir publié avec Bertrand Badie Le retournement du monde. Sociologie de la scène internationale (Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1992), elle a dirigé l'ouvrage collectif Les nouvelles relations internationales, pratiques et théories (FNSP, 1998 ). Très présente dans le débat scientifique international, Marie-Claude Smouts témoigne d'un sens aigu des responsabilités sociales incombant au chercheur.

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